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Affaire Beny Steinmetz : le jour où Alpha Condé est entré en scène (JAI)

par JAI 18 Octobre 2013, 08:09 Guinée Benny Steinmetz Alpha Condé

Affaire Beny Steinmetz : le jour où Alpha Condé est entré  en scène (JAI)

JAI Affaire Beny Steinmetz : le jour où Alpha Condé est entré en scène

Rien ne va plus entre le président guinéen Alpha Condé et le milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz, accusé d'avoir acquis frauduleusement des permis miniers au mont Simandou. Pour comprendre ce bras de fer, retour en 2010, lorsqu'Alpha Condé, fraîchement élu à la tête de l'État, entre en scène.

"Au début, on était plutôt contents. On a vu le chef de la junte remettre le pouvoir avec dignité. On s’est dit que c’était un bon signal. On a été naïfs." Ainsi parle Beny Steinmetz de l’élection d’Alpha Condé. Les deux hommes ne se connaissaient pas, et le nouveau président guinéen pourrait sans doute parler du milliardaire israélien en des termes identiques : il n’a rien, au départ, contre lui.

C’est bien simple : lors de son arrivée au palais de Sékoutouréya, à Conakry, Alpha Condé n’a encore jamais rencontré aucun minier ni aucun pétrolier et il ne dispose au sein du cercle très restreint de ses hommes de confiance d’aucun spécialiste de la question. Heureusement pour lui, "le camarade Alpha" a quelques amis très connectés. Parmi eux, le Français Bernard Kouchner, ancien condisciple de lycée, tout prêt à lui rendre service.

L'enquête

Kouchner, dont le carnet d’adresses d’ex-ministre français des Affaires étrangères est loin d’être négligeable, sensibilise le milliardaire philanthrope américain George Soros aux préoccupations de son ami Alpha. Séduit par le personnage, qu’il rencontre à Conakry, Soros met aussitôt à sa disposition un redoutable duo d’ONG habituées à traquer et à débusquer les flux d’argent sale, dont il est l’un des principaux financiers, Global Witness et Revenue Watch, ainsi que l’un des plus gros réseaux de juristes au monde, DLA Piper. Le précieux Kouchner introduit également le nouveau président guinéen auprès de l’économiste britannique Paul Collier, universitaire reconnu, spécialiste du développement et auteur à succès de The Bottom Billion (un livre sur l’aide et la pauvreté en Afrique), lequel à son tour présente Alpha Condé à son ami Tony Blair. Début 2011, l’ancien Premier ministre britannique envoie à Conakry une équipe de l’organisation qu’il a fondée, Africa Governance Initiative, chargée, comme elle l’a déjà fait au Rwanda et au Liberia, de structurer et de former le staff présidentiel.

Pendant toute l’année 2011, cette brigade de choc élabore un nouveau code minier nettement plus favorable aux intérêts guinéens que les précédents, commence à éplucher un à un les principaux accords conclus entre les ministres des Mines des régimes militaires (précédant l’élection d’Alpha Condé) et les opérateurs du secteur, puis met en place une structure ad hoc : le Comité technique de revue des titres et conventions miniers. Ce CTRTCM, qui compte 18 membres, a pour ­président un professionnel des mines et de l’énergie réputé incorruptible, Nava Touré, 66 ans.

C’est l’enquête, menée pour le compte du comité de Nava Touré par deux hommes de George Soros, deux Américains, l’avocat Scott Horton de DLA Piper et l’ancien agent de la CIA Steven Fox de Veracity Worldwide (un cabinet d’étude de risques), qui fera changer d’avis le nouveau président guinéen sur l’homme d’affaires israélien. En quelques mois, les deux limiers vont remonter toute la filière des relations entre BSGR, Mamadie Touré, Mahmoud Thiam, Lansana Conté et Dadis Camara et aboutir à la conviction que le contrat d’attribution des blocs 1 et 2 de Simandou à Beny Steinmetz est fortement entaché de corruption. Donc illégal et réversible.

En septembre 2011, le président reçoit l’homme d’affaires pour une explication qui ne donnera rien. Selon le New Yorker, Steinmetz aurait, dès le début de l’entretien, posé la question suivante à Condé : "Pourquoi êtes-vous contre nous ?" Réponse du président : "Je n’ai rien de personnel contre vous, mais je dois défendre les intérêts de la Guinée."...

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