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Bolloré dans la tourmente ?

par Sam La Touch 19 Octobre 2013, 08:05 Articles de Sam La Touch Bolloré Françafrique

Bolloré dans la tourmente ?

Le chiffre d'affaire de "Vincent l'Africain", directeur de l'entreprise familiale Bolloré, provient pour une grande part non pas de ses filiales dans les médias, dans les télécommunications ou de ses coups financiers mais pour l'essentiel de son activité en Afrique avec le soutien des réseaux françafricains. Bolloré réalise près de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur le continent noir et y engrange la plus grosse partie de ses profits mais le groupe refuse de préciser combien (Vincent Bolloré, un prédateur si bien élevé). En moins de quinze ans, Bolloré Africa Logistics est devenu le premier réseau de logistique intégrée du continent. De port en port, il devient omniprésent. La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée (Guinée : Bolloré s'est vu confier la construction d'une ligne de chemin de fer Conakry-Kankan) à celle des ports et lignes maritimes - il en détient 15 en Afrique - pour maîtriser le coût du transport de marchandises dans toute l'Afrique francophone (Guinée, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Mali, Togo, Bénin, Madagascar...).

Un certain nombre de ces transactions se sont faites de gré à gré entre son équipe et celle des chefs d'Etat françafricains sans qu'il y ait eu de véritables appels d'offres. Mais au moment où l'on réclame aux chefs d'Etat une exemplarité et des signes de bonne gouvernance, ces contrats léonins semblent de moins en moins bien passer aux yeux de l'opinion publique, des médias tandis que les instances judiciaires lorsqu'elles sont saisies n'hésitent plus à sévir.

Ainsi, récemment Bolloré a été condamné par le tribunal de commerce de Nanterre, jeudi 10 octobre, à verser 2,1 millions d’euros au groupe NCT Necotrans dans le litige qui les opposait sur la concession du port de Conakry (Guinée: Bolloré condamné à payer 2 millions d’euros pour le port de Conakry). Ce port, seul port autonome de Guinée, est vital pour l’économie du pays. Près de quatre millions de tonnes de marchandises y transitent chaque année, des hydrocarbures aux biens de première nécessité. Après avoir été élu, Condé avait résilié le 8 mars 2011, par décret, la convention de concession du terminal à conteneurs du port de Conakry octroyée en 2008 pour une durée de vingt-cinq ans à Getma avant de confier quelques jours la gestion du port au groupe Bolloré, déclenchant une bataille judiciaire entre les deux rivaux.

En Côte d'Ivoire, Bolloré après avoir obtenu l’acquisition du deuxième Terminal à conteneurs (TC2) du port d’Abidjan, a aussi obtenu de gré à gré le très juteux marché de la construction de 3 tramways à Abidjan (Bolloré obtient le TC2 du port d'Abidjan). Certains y voient le résultat des liens politico-financiers et des réseaux françafricains activés par le groupe Bolloré dans le pré-carré francophone africain. Mais les soucis judiciaires semblent s'amonceler à l'horizon. Une plainte a été déposée auprès de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Le consortium plaignant, NCT Necotrans/Movis, candidat malheureux à l’appel d’offre relatif à l’attribution du deuxième terminal à conteneurs du port d’Abdijan remporté par Bolloré, conteste notamment un «abus de position dominante» découlant du fait que le groupe français soit déjà concessionnaire du premier terminal depuis 2004 (L’UEMOA déclare recevable une plainte de NCT Necotrans /Movis contre Bolloré). Selon, le ministre ivoirien du Commerce, Jean-Louis Billon, lui-même proche du groupe Movis par son frère qui en est le directeur, «C’est la position monopolistique [de Bolloré] qui est néfaste à notre économie ». Ce qui pose problème effectivement c'est le monopole exercé par Bolloré en Côte d'Ivoire obtenu avec la grâce des Ouattara. Joseph Stiglitz, Nobel d’Économie, critiquait Alassane Ouattara alors premier ministre, d’avoir bradé des monopoles d’État à des compagnies françaises, en privatisant l’eau, l’électricité et la téléphonie, il y a 20 ans déjà de cela.
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On se souvient aussi de cette plainte déposée auprès de l'OCDE en 2010 par quatre associations (la française Sherpa, l’allemande Misereor et les camerounaises Focarfe et CED) afin de dénoncer l'impact environnemental et les conditions de travail dans les plantations d'huile de palme de la SOCAPALM (Société camerounaise de palmerais) filiale du groupe SOCFIN détenue à 38% par Bolloré. Cette société faisait l’objet d’un montage financier complexe. Les bénéfices de l’exploitation d’huile de palme - qui pèse pour 42% du marché de l'huile brut - étaient rapatriés vers deux holdings luxembourgeoises, afin de payer moins d’impôts sur les sociétés selon Rue 89 (Socapalm au Cameroun, l'épine du groupe Bolloré).


Plus récemment, Hubert Fabri, responsable de la partie plantations du groupe, a été inculpé par la justice belge pour évasion fiscale, faux bilans et blanchiment. L’enquête judiciaire mène dans les structures cachées du Liechtenstein. La SOCFINCO, société belge dont Hubert Fabri est administrateur, serait particulièrement visée. Elle appartient à la SOCFIN Luxembourgeoise, dont le groupe Bolloré est gros actionnaire (Évasion fiscale : Hubert Fabri, homme d'affaire belge et bras droit de Bolloré, inculpé).

Bolloré, cette multinationale française qui fraye avec le tout landernau et le gratin politique ainsi qu'avec les réseaux de la Françafrique, est-elle dans la tourmente ?

  La SOCFINCO, société belge dont Hubert Fabri est administrateur, serait particulièrement visée. Elle appartient à la SOCFIN Luxembourgeoise, dont le groupe Bolloré est gros actionnaire.

La SOCFINCO, société belge dont Hubert Fabri est administrateur, serait particulièrement visée. Elle appartient à la SOCFIN Luxembourgeoise, dont le groupe Bolloré est gros actionnaire.

Lors de la visite de François Hollande à Ergué-Gabéric, avec Bernard Poignant, maire de Quimper, en septembre dernier. | MOSCHETTI-POOL/SIPA

Lors de la visite de François Hollande à Ergué-Gabéric, avec Bernard Poignant, maire de Quimper, en septembre dernier. | MOSCHETTI-POOL/SIPA

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