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Comment la France a soutenu la Séléka et contribué au chaos en Centrafrique

par Ira Kumaran 24 Octobre 2013, 21:09 Françafrique Articles de Sam La Touch Centrafrique Séléka Bozizé Djotodia Afrique

Comment la France a soutenu la Séléka et contribué au chaos en Centrafrique

Voici un article d'Ira Kumaran publié sur World Socialist Web Site et intitulé France to intensify military intervention in Central African Republic et entièrement traduit par SLT.



La France va intensifier son action militaire en Centrafrique
par Ira Kumaran

Lors de sa visite à Bangui, la capitale de la République de Centrafrique (RCA), le 13 octobre dernier, le Ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius a annoncé que la France déploierait des troupes supplémentaires en RCA à la fin de cette année.

La décision prise par l'impérialisme français et états-unien de soutenir le mouvement rebelle de la Séléka et de renverser le président Françaois Bozizé en mars 2013 a entraîné un désastre. On a assisté à la montée des combats interethniques entre Chrétiens et Musulmans dans ce pays appauvri, où la France, l'ancienne puissance coloniale, a présidé à l'installation de régimes corrompus depuis l'octroi de l'indépendance formelle de 1960.

Les bandits armés de la Séléka, provenant pour la majorté d'entre eux du Tchad et du Soudan, ont été accusés à plusieurs reprises de profaner les églises et de terroriser les communautés chrétiennes.

Le 9 octobre, "environ 60 personnes ont été tuées dans des heurts interethniques en Centrafrique entre milices locales et anciens rebelles" a déclaré un officiel local à Reuters.

Plus de 440.000 personnes se sont enfuies de leurs maisons et il y a seulement sept chirurgiens, dans un pays de 4,6 millions de personnes, pour soigner les blessures par balles ou par machettes.

Des milices d'autodéfense locales, connues sous le nom "d'anti-blaka" ou antimachettes, ont attaqué une position de la Seleka dans le village minier de Gaga, au nord-ouest de Bangui, le 7 octobre, tuant quatre ex-rebelles avant d'attaquer des civils musulmans. Les combattants de la Séléka ont alors exercé des représailles sur des civils chrétiens, selon des témoins.


Le 18 octobre, Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) déclare "le renouvellement des tensions intercommunautaires dans les principales villes du pays est particulièrement préoccupant...Des dizaines de milliers de personnes se cachent toujours dans la forêt. Leur situation s'empire de jour en jour. Ils vivent dans la terreur, privés de nourriture, d'eau et de soins médicaux".

La réponse de Paris à cette situation fut de renforcer son intervention militaire dans le pays pour soutenir le gouvernement transitoire dominé par la Séléka. L'Etat français a été à l'origine d'une résolution devant le conseil de sécurité de l'ONU adoptée le 10 octobre, proposant de soutenir une nouvelle force multinationale de l'Union africaine. Une deuxième résolution est en cours de préparation pour donner à cette force et à la France un mandat plus large.

Fabius a déclaré que la France enverrait des troupes supplémentaires et prendrait une part plus active dans les opérations de sécurité conformément aux décisions de conseil de sécurité de l'ONU. Les pays jouxtant la RCA ont déployé environ 2,100 soldats dans le pays et Fabius envisage qu'elle puise bientôt parvenir à 3500.

Il a déclaré que cette force régionale "devait avoir la capacité d'agir et que la France devait aider". Il a aussi dit que la France avait actuellement 410 soldats en RCA et que ces troupes "étaient principalement chargées de la protection de l'aéroport et d'assurer des patrouilles dans Bangui". Il envisage que selon les prochaines résolutions de l'ONU, "ces différentes forces puissent intervenir plus rapidement et efficacement".

Il est encore difficile de déterminer combien de soldats français seront déployés, mais selon la presse, Paris envisage de déployer entre 750 et 1200 hommes sur le terrain.
Le plan de Paris pour renforcer son soutien à la Séléka - présenté sous les prétextes habituels de motivations purement humanitaires - visent à recoloniser son ancienne colonie, une des plus pauvres dans le monde et à piller ses ressources naturelles inexploitées. Celles-ci incluent des diamants, de l'or, de l'uranium, du bois de construction et du pétrole.


Cette stratégie fait écho à une multiplication des interventions militaires françaises dans toute l'Afrique, visant à sécuriser les intérêts stratégiques de l'impérialisme français et contenir l'influence grandissante de la Chine sur le continent. En moins de trois ans, la France a mené trois guerres en Afrique : en Libye, en Côte d'Ivoire et la guerre en cours au Mali.

En août le président français François Hollande a demandé une intervention des Nations unies afin de résoudre la crise en Centrafrique, dans lequel Paris cherche à jouer un rôle prépondérant. "Il est temps d'agir en République centrafricaine" a déclaré Hollande lors d'une réunion annuelle des ambassadeurs français à Paris. "Ce pays est hélas au bord de la somalisation".

En décembre 2012, les forces rebelles de la Seleka ("union" dans la langue nationale Sango) se sont mobilisées contre les forces de l'ex-président François Bozizé et ont progressé au travers du pays du nord à l'est faisant tomber villes après villes. La Seleka a justifié la reprise des hostilités en accusant le gouvernement de renier les accords de paix de 2007-2008,accords promettant le paiement et l'intégration des rebelles dans l'armée nationale.


Cependant, l'intervention du Tchad et de la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEEAO) pour la consolidation de la paix en RCA les a obligés à arrêter leur avancée et à négocier avec le gouvernement de Bozizé. Le 11 janvier 2013, les accords de Libreville imposés par la CEEAO ont temporairement empêché un coup d'Etat et ont débouché sur le partage du pouvoir pendant trois ans entre les différents protagonistes.

Cependant, l'accord n'a été respecté par les forces rebelles de la Séléka que pendant une période relativement courte ; les forces rebelles ont ensuite avec l'assistance tacite des pouvoirs impérialistes, lancé une offensive contre les forces de Bozizé. Bozizé a été renversé le 24 mars et le chef des rebelles Michel Djotodia s'est déclaré le nouveau président. (Voir "Seleka les rebelles saisissent le capitale de la République centrafricaine").

Bozizé a lui-même pris le pouvoir suite à un coup d'Etat en 2003, pendant que le président Ange-Félix Patassé était en déplacement à l'étranger. Il reçu le soutien de Paris, durant la guerre civile (guerre des "Bush") centrafricaine (2004-2007) contre l'Union Démocratique des Forces pour le Rassemblement (UFDR) dans le nord-est du Centrafrique conduit par Djotodia.


Néanmoins, par la suite, Paris s'est retourné contre Bozizé quand celui-ci a commencé à se tourner vers la Chine pour renforcer les échanges économiques et les accords bilatéraux dans le cadre d'affaires, de commerces et de développement d'infrastructures. C'est dans ces conditions que Paris a soutenu la coalition de la Séléka.

Le mouvement de la Séléka est constitué de factions dissidentes en provenance du nord-est majoritairement musulman, comme l'UFDR et la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP). Il a compté sur le support intermittent d'autres mouvements comme l'Union des Forces Républicaines (UFR) et l'Alliance pour la Refondation (A2R).

La décision de Paris de déployer des forces supplémentaires souligne la fragilité du gouvernement transitoire de la Séléka, qui est affaibli par la montée des conflits politiques internes. Selon les rapports de l'ONU, l'administration d'Etat s'est effondrée.

En juin, L'ONG belge international Intenational Crisis Group (ICG) a rapporté : "les désaccords au sein de la Séléka apparaissent au grand jour. Le mouvement semble instable : quelques généraux ne cachent plus leur profond mécontentement au sujet des décisions prises par le leadership politique...Contrairement aux crises précédentes, qui ont seulement affecté quelques régions, le trouble actuel représente un changement de paradigme politique et affecte le pays entier le rendant impossible à gouverner".

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