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Niger. Areva ébranlé sur son piedestal ?

par Elisabeth Studer 14 Octobre 2013, 12:37 Areva Niger France Françafrique

Niger. Areva ébranlé sur son piedestal ?

Niger. Areva ébranlé sur son piedestal ? par Elisabeth Studer

Des milliers de personnes ont manifesté samedi dans la cité minière d’Arlit dans le nord du Niger contre le géant nucléaire français. Ce mouvement - regroupant élus locaux, membres de la société civile et habitants - voit le jour une semaine après des propos du Premier ministre laissant entendre que le Niger allait « passer au peigne fin ses contrats miniers ». Ce dernier jugeant « déséquilibré » le partenariat liant son pays à Areva, lequel exploite depuis près d’un demi siècle l’uranium nigérien.

« L’objet de la manifestation qui a regroupé quelque 5 000 personnes est de soutenir le gouvernement dans ses prochaines discussions avec Areva au sujet de notre uranium », a indiqué quant à lui Azaoua Mamane, l’un des organisateurs.

Les manifestants accusent tout à la fois le géant nucléaire français de « polluer » leur environnement, de « provoquer la radioactivité » et « de ne s’être guère soucié des préoccupations quotidiennes des habitants ». Rassemblant ses griefs en une synthèse accablante. Selon lui, « la population a hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs stockés à Arlit et Areva continue de pomper gratuitement 20 millions de mètres cubes d’eau par an pendant que la population meurt de soif. Les rues et les habitations d’Arlit sont construits à l’aide de résidus radioactifs et la nappe phréatique usée et contaminée s’assèche par la faute d’Areva ».

Dimanche 6 octobre, le chef du gouvernement nigérien avait annoncé son intention « de discuter avec ce partenaire traditionnel qu’est Areva sur les questions d’uranium ». Indiquant que le gouvernement préparait d’ores et déjà la relecture des contrats liant les deux parties.

Selon le premier Ministre, Brigi Rafini, les contrats de deux sites d’Areva basés dans le nord et qui arriveront à terme à la fin 2013, doivent être révisés. Il s’agit de ceux de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr) et de la Compagnie minière d’Akokan (Cominak).

Une première depuis plusieurs décennies, alors que jusqu’à maintenant les conventions ont été renouvelées automatiquement. Mais désormais, le Niger souhaite les « mettre sur la table » afin d’y « trouver son compte ». Le pays estime en effet qu’il ne tire pas assez de recettes de ses gisements d’uranium. Niamey veut ainsi profiter des discussions sur le renouvellement du contrat pour notamment augmenter ses recettes fiscales et obtenir du groupe français des engagements en terme d’investissement dans les infrastructures. Lesquels pourraient concerner la construction d’une nouvelle route reliant Tahoua à la région minière d’Arlit, à plus de 1.000 kilomètres au nord de la capitale.

Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, élu en 2011, a affiché quant à lui à plusieurs reprises sa volonté d’augmenter fortement les recettes tirées de l’uranium, lesquelles n’ont représenté l’an dernier qu’environ 5% du budget de l’Etat.

« Il y a des dispositions pratiques dans ces conventions où nous considérons que le Niger n’est pas dans son droit. Il s’agit de (les) revoir sans complaisance et de mettre en place de (nouvelles) conventions que nous jugerons satisfaisantes pour assurer l’intérêt de notre pays », avait par ailleurs insisté M. Rafini. Annonçant que des audits des sociétés d’uranium étaient en cours, sans toutefois fournir de plus amples précisions.

Parallèlement, l’ambassadeur de France à Niamey indiquait que l’audit entrepris au Niger sur les mines d’uranium exploitées par le groupe français Areva - « décidé d’un commun accord entre le Niger et Areva dans le cadre des discussions pour le renouvellement des conventions minières de Somaïr et Cominak » serait achevé avant la fin du mois d’octobre.

Ajoutant que les conclusions de l’audit serviraient « de base pour alimenter les discussions en cours entre Areva et le Niger pour la renégociation des conventions », notamment pour établir « les conditions financières des nouvelles conventions et la fiscalité applicable ».

Rappelons que les deux coentreprises entre Areva et l’Etat nigérien, Somaïr et Cominak, produisent environ un tiers du combustible utilisé par le parc nucléaire français.

En mai dernier, Luc Oursel, le président du directoire du géant nucléaire français Areva a réaffirmé la volonté de son groupe à demeurer au Niger. Des propos qui intervenaient à la suite de l’attentat-suicide qui avait frappé la mine d’uranium Somaïr à Arlit.

« Si j’ai quelque chose à dire après cette attaque scandaleuse, c’est que nous allons rester au Niger », avait ainsi tenu à préciser Luc Oursel lors d’une rencontre avec des journalistes à Madrid.

S’exprimant sur l’éventualité d’un virage stratégique du groupe en Afrique à la suite des récents événements, le président du directoire n’avait laissé aucune ambiguïté. Si Areva s’avérait alors « évidemment très triste » de la mort d’un de ses employés, et condamnait cet attentat, Luc Oursel avait clairement indiqué que le géant du nucléaire ne céderait pas à la pression. Un départ du groupe signifiant pour lui une victoire des « commanditaires de l’attentat », lesquels souhaitent via de tels actes pousser Areva hors du Niger ... et loin de ses ressources stratégiques.

Suite à l’attaque, le président du directoire d’Areva s’était rendu dans le pays hautement stratégique, tant en terme d’uranium … qu’en terme de présence des forces militaires US en Afrique que constitue le Niger. L’un et l’autre pouvant être fortement liés, ne soyons pas naïfs … Plus de 300 personnels de l’Africom (commandement américain pour l’Afrique) ayant récemment prévu de s’installer dans la région du Sahel, voire plus précisément au Niger. Des autorités nigériennes ayant préalablement confirmé que leur pays venait de donner son accord pour l’implantation d’une base aérienne américaine sur son territoire.

Exprimant sa solidarité envers les blessés et rendant hommage au « collègue qui a perdu la vie à Somaïr » , Luc Oursel avait par ailleurs tenu à saluer le courage et le professionnalisme de tous ses collaborateurs qui « font vivre la coopération entre la France et le Niger ». Souhaitant par ailleurs par sa présence « témoigner de la force » de l’« engagement au Niger » d’Areva. Un porte-parole du groupe assurant par ailleurs aux agences de presse présentes sur place la pérennité de la présence du géant du nucléaire français au Niger.

Précisons également qu’à la suite de l’attaque, la production du site a été mise à l’arrêt. Elément non négligeable, alors que les mines nigériennes permettent à l’heure actuelle à Areva d’être le deuxième producteur mondial d’uranium.

Sources : AFP, Allafrica.com, Reuters, La Tribune (Algérie)

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