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Racisme, colonialisme et néocolonialisme

par Sam La Touch 11 Octobre 2013, 21:59 Racisme colonialisme et néocolonialisme Articles de Sam La Touch

Racisme, colonialisme et néocolonialisme

Il apparait désormais évident que des nations avec la caution implicite ou explicite de leurs concitoyens peuvent commettre les pires atrocités imaginables, y compris la torture, le meurtre, les massacres, les viols systématisés et les génocides sur des populations cibles jugées insuffisamment civilisées. Pour mieux comprendre de quelle manière ces horreurs peuvent se dérouler, il suffit pour cela de regarder le documentaire de la BBC en 3 parties intitulé : "Histoires de Racisme". Cette série a été diffusée par la BBC en mars 2007. Et les vidéos des émissions sont à présent disponibles sur internet. Ce documentaire permet de documenter les liens entre racisme et colonialisme. On y observe que le racisme comme le colonialisme sont associés au discours illusoire d'exception culturelle. Ce discours est souvent lié à une forme de discours culturel narcissique sur l'exceptionnalisme de la Culture légitimant ces politiques coloniales meurtrières.

En regardant ce documentaire à la BBC, "The History of Racism" on se rend compte comment dans l'histoire de l'Humanité l'exploitation économique et coloniale a été légitimée par les pires théories racistes. Ce documentaire décrit les crimes de masse d'une cruauté incroyable commis par les Européens contre les Africains. L'exemple le plus parlant est la manière dont le roi belge, Léopold II, a fait sienne la région du Congo en organisant de manière systématisée le massacre des Congolais refusant l'asservissement, le rapt des femmes dans les villages afin d'obliger les hommes à aller chercher le caoutchouc dans les forêts. La barbarie dans toute sa splendeur. La population congolaise fut asservie (alors que l'esclavage était aboli depuis la fin du XIXème siècle), mutilée et massacrée par la folie prédatrice d'un roi dans son royaume africain. Beaucoup moururent de famines et de maladies dans des conditions sanitaires terribles, d'autres furent massacrés par les troupes au service du roi belge.
Les soldats de l'armée privée de Léopold II, d'environ 90.000 hommes, devait s'assurer que les balles étaient utilisées à bonne escient (à savoir tuer les Congolais refusant cet asservissement) et de ramener une main coupée comme signe d'élimination des victimes. Une balle utilisée devait aboutir à l'obtention d'une main coupée pour s'assurer que les balles n'avaient pas été utilisées en vain. La situation s'est ensuite dégradée et les mains humaines sont devenues une monnaie d'échange quand les hommes, femmes ou enfants n'avaient pas ramené assez de parts de caoutchouc. Parfois plus de mille mains ont été rassemblées en un seul jour dans un secteur riche en caoutchouc. Pendant le règne de Léopold II, Adam Hoschild évoque le chiffre de 10 millions de morts car selon les démographes, la population diminua de moitié lors des douze ans du règne du roi des Belges, Léopold II (1896-1908).

Inutile de se focaliser sur la Belgique, la France ne fut pas en reste puisque lors de sa conquête de l'Oubangui-Chari, certains historiens rapportent une chute dramatique de la démographie aux alentours de 50% et des massacres de grande ampleur. Cette folie prédatrice dans un but de conquête des matières premières fut toujours accompagnée d'un discours racialiste de légitimation poussant la population à croire que ces peuples étaient "inférieurs" ou leurs sociétés réductibles au terme de "traditionnels" et devaient par voie de fait être civilisés par les lumières de l'Europe. C'était le devoir des Européens d'apporter la civilisation et la religion chrétienne aux peuples africains incultes. Ce sont les mêmes théories racialistes qui ont servi aussi à légitimer le premier génocide du XXème siècle (à présent bien documenté) organisé par les troupes coloniales allemandes qui planifièrent le recours à a solution finale et les camps de concentration contre les Herero résistants à l'occupation coloniale en Namibie entre 1904 et 1908. Il y eu aussi des expérimentations médicales sur les populations parquées dans ces camps. Cette expérience coloniale servira d'exemple pour les nazis qui reproduiront le même schéma à plus grande échelle en Europe lors de la seconde guerre mondiale.

Mais croire que le tribunal de Nuremberg a mis une fin définitive aux atrocités européennes envers les peuples quel qu'ils soient est un leurre. En effet, la France continua à organiser des répressions sanglantes à grande échelle dans les pays africains tandis que les médias conditionnés par le discours racialiste français ne s'indignèrent peu ou prou ou n'eurent aucune information dans le contexte d'une Vème République donnant libre cours à un exécutif débridé sans aucun contrôle parlementaire. On pourra citer les politiques criminelles du général De Gaulle en les reléguant au passé notamment ses guerres au Cameroun pour maintenir ce pays sous contrôle français (de 40.000 morts à des centaines de milliers selon les historiens), ses tentatives d'organiser la sécession de la province du Biafra au sein du Nigéria (de 1 à 2 millions de morts) ou le recours aux assassinats politiques pour éliminer les leaders indépendantistes résistants à l'occupation tels des Jean Moulin africains qui furent impitoyablement éliminés (Ruben Um Noybé assassiné par les tirailleurs franco-camerounais au Cameroun, Félix Moumié empoisonné à Genève par les services du SDECE, Sylvanius Olympio président du Togo assassiné par des tirailleurs franco-togolais, Ben Barka enlevé et assassiné en France...), ou la mise en place de dictateurs françafricains pour piloter les néocolonies pour le compte de la République française (Bokassa en Centrafrique, Eyadéma au Togo, Bongo au Gabon, Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire...). Seulement, le système français continue la même politique 50 ans plus tard. Un système que l'on nomme Françafrique mais qui n'est rien d'autre que le paravent d'un système étatique. Derrière la Françafrique, il y a l'Etat français et sa politique néocolonialiste au Rwanda (soutien politique, économique et financier français aux génocidaires rwandais en 1994), en Côte d'Ivoire en 2010, en Libye en 2011 et plus récemment au Mali en 2013 après avoir armé les rebelles islamistes en 2011 pour se débarrasser du panafricaniste Kadhafi sérieux obstacle aux stratégies de reconquête coloniale de l'Afrique. On passera sur les élections truquées soutenues par Paris dans ses néocolonies au Congo-Brazzaville, au Cameroun, au Burkina Faso, à Djibouti, en Centrafrique, au Tchad où la durée moyenne de présence au pouvoir des kleptocrates africains made in France est de l'ordre de 20 ans. On ne parlera pas du système françafricain organisé par l'Etat qui permet à des multinationales ou de simples entreprises françaises, des partis, des ONGs, des politiques, des journalistes et bien d'autres de croquer de "la fraîche" en Afrique sur le dos des Africains qui crèvent de faim. Pour faire bref, prenons l'exemple de l'énergie électrique en France : 75% de cette énergie vient du nucléaire et presque 100% de l'uranium français vient du Niger, du Centrafrique et du Gabon. On comprend mieux dans ces conditions la nécessité du discours de légitimation racialiste ayant cours au sein du magistère intellectuel et politique pour masquer la grande dépendance de Paris envers son pré-carré. Un grand dictateur mis en place par la France au Gabon disait "La France sans l'Afrique c'est comme une voiture sans carburant". Le discours en interne relève du "ces peuples ne sont pas prêts pour la démocratie". Mais comment peuvent-ils atteindre la démocratie si les présidents qui sont élus démocratiquement comme Lumumba au Congo Kinshasa, Olympio au Togo, sont systématiquement éliminés par les "anciennes" puissances coloniales ? On a aussi les classiques racialistes : "En Afrique on ne peut pas ne pas se salir les mains", "le bruit et l'odeur"... Ou le comble, un ancien ministre de la défense française déclarant à la mort de Pierre Messmer qu'il eu "un parcours sans tâche" alors qu'il fut responsable d'une terrible répression sanglante au Cameroun dans les années soixante. Une violence inouïe, un racisme et un négationnisme masqué effarant. On ne parlera pas non plus du Franc CFA qui permet à la Banque de France et surtout au Trésor public français de contrôler l'économie de ces pays et de se fournir en milliard d'euros de devises. Les "anciennes colonies" de la France, continuent à travers la BCEAO de déposer 50% de leurs réserves d'argent au trésor français, pour obtenir une garantie de convertibilité inutile. Ces dépôts sont estimés à plus de 8000 milliards de francs CFA.

Enfin, outre-atlantique, les USA ne sont pas en reste avec leur politique impérialiste en Afrique au travers de l'Africom censée permettre aux USA de capter les richesses minières de l'Afrique. Les USA, la Grande-Bretagne et Israël soutiennent une guerre terrible en RDC qui a fait des millions de morts en armant les rebelles proches du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi qui sèment le chaos dans l'est de la RDC. Un pays qui est retourné à l'époque de Léopold II, roi des belges. A présent encore en RDC, le viol des femmes est systématisé, les massacres de masse sont légions, les réfugiés se comptent par millions et on estime le nombre de morts à plusieurs millions dans ce pays dans ces grandes puissances. Inutile de dire que le discours de légitimation racialiste bat son plein envers les Africains. L'ingratitude salutaire ! Pendant ce temps là, les multinationales, les firmes de l'électronique et les filières de l'or, du diamant et de l'argent s'enrichissent de manière substantielle tandis que les médias font le service minimum. Ah, nos braves médias qu'ils soient généralistes ou alternatifs ont été beaucoup plus en verve pour des conflits moins meurtriers en Syrie, en Irak... Silence on massacre et on s'enrichit "au coeur des ténèbres" de l'âme humaine !

The History of Racism

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