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Australie, l'envers du décor : apartheid, racisme et colonialisme

par John Pilger 7 Novembre 2013, 17:32 Australie Colonialisme Apartheid Racisme Articles de Sam La Touch

Australie, l'envers du décor : apartheid, racisme et colonialisme

The Guardian "In the lucky country of Australia apartheid is alive and kicking"

Par John Pilger

Résumé : voici la traduction d'un article écrit par John Pilger et publié dans The Guardian évoquant le sort dramatique des premiers indigènes, leur extermination lors des guerres de conquête coloniale par les colons puis l'apartheid qu'ils subissent et les conditions déplorables dans lesquels on les condamne à vivre en Australie. L'Australie coloniale est toujours aussi injuste avec ses premiers habitants dont elle a fait de leur pays leur propre prison les cantonnant à la marge dans une situation comparable au système d'apartheid de l'Afrique du sud. Selon Pilger, les arborigènes australiens auraient une espérance de vie particulièrement faible avoisinant les 35 ans. Australie : l'envers du décor...


Les couloirs du Parlement australien sont si blancs que vous n'en croyez pas vos yeux. Tout est étouffé et aseptisé. Le parquet brille si vertueusement qu'il reflète les portraits caricaturaux des premiers ministres contrastant avec les rangées de peintures aborigènes, suspendus sur des murs blancs, tandis que le sang et les larmes des Arborigènes demeurent invisibles.

Le Parlement se trouve à Barton, une banlieue de Canberra nommé d'après le premier Premier ministre de l'Australie , Edmund Barton, qui a rédigé la politique "raciale" de l'Australie en 1901. «La doctrine de l'égalité des droits de l'homme", selon Barton, " n'a jamais été destinée à s'appliquer « aux non Britanniques ou à ceux qui n'avaient pas la peau blanche" .

Les Chinois, connus sous le terme de "Péril Jaune", étaient la préoccupation centrale de Barton. Il n'a porté aucune attention à la présence humaine la plus ancienne sur cette terre : celle des premiers Australiens. A ses yeux, ils n'existaient pas. Leur technique sophistiquée de travail de leur terre était sans intérêt. Leur résistance épique fut forclose. Parmi ceux qui ont combattu les envahisseurs britanniques de l'Australie, le Sydney Moniteur a rapporté qu'en 1838 : « il a été décidé d'exterminer toute la race des noirs dans ce quartier" Aujourd'hui, les survivants sont un secret national honteusement gardés.

La ville de Wilcannia, en Nouvelle-Galles du Sud, s'est par deux fois distinguée. Elle est lauréate du Prix national de la ville la plus coquette tandis que sa populations autochtones ont une des plus faibles espérances de vie jamais enregistrées. Les autochtones ont généralement une espérance de vie de 35 ans. Le gouvernement cubain a un programme d'alphabétisation pour eux, comme ils le font pour les pays les plus pauvres de l'Afrique. Selon le rapport Global Wealth du Credit Suisse, l'Australie est l'endroit le plus riche au monde.

Les politiciens de Canberra sont parmi les citoyens les plus riches sur terre. Leur dotation est légendaire. L'année dernière, le ministre des affaires indigènes, Jenny Macklin, a fait rénové son bureau avec l'argent du contribuable pour la modique somme de 331 144 $ .


Macklin a récemment affirmé qu'au sein du gouvernement, elle avait fait une " énorme différence ". C'est exact. Pendant son mandat, le nombre d'Arborigènes vivant dans des taudis a augmenté de près d'un tiers et plus de la moitié de l'argent dépensé dans les logements autochtones a été empoché par des entrepreneurs blancs et une bureaucratie qu'elle a largement contribué à faire prospérer. Une maison typique dans une communauté indigène de la cambrousse doit accueillir jusqu'à 25 personnes. Les familles, les personnes âgées et les handicapés attendent des années pour obtenir des sanitaires fonctionnels.

En 2009 , le professeur James Anaya, Rapporteur respecté des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, a qualifié de raciste «l'état ​​d'urgence» australien qui a eu pour conséquence de dépouiller les communautés autochtones, de leurs droits précaires et des services auxquels ils avaient le droit, sous le prétexte que les gangs de pédophiles étaient présents en nombre «impensable» en leur sein- une affirmation considérée comme fausse par la police et la Commission australienne de la criminalité.

Le porte-parole de l'opposition de l'époque en matière d'affaires indigènes, Tony Abbott , a déclaré à Anaya de "sortir un peu" et non "d'écouter les éternelles complaintes des anciennes légions de victimes". Abbott est à présent le premier ministre de l'Australie.

Je suis entré dans le fin fond de l' Australie et j'ai demandé des précisions au Dr. Janelle Trees sur ce qu'était " l'ancienne légion de victime". Un médecin généraliste dont les patients autochtones vivent à quelques kilomètres des stations à $ 1000 la nuit désservant Uluru (Ayers Rock), elle m'a dit: «Il y a de l'amiante dans les maisons autochtones , et quand quelqu'un présente une maladie pulmonaire liée à l'amiante et développe le mésothéliome, [le gouvernement] ne s'en soucie guère".

"Quand les enfants ont des infections chroniques et finissent par gonfler les statistiques incroyables des populations autochtones qui meurent de maladie rénale, et sont vulnérables aux cardiopathies rhumatismales à un niveau record rarement égalé dans le monde, rien n'est fait. Je me suis demandé . . : pourquoi ? La malnutrition est fréquente. J'ai voulu donner à un patient un antibiotique pour une infection qui aurait pu être évitée si les conditions de vie avaient été meilleures, mais je n'ai pas pu la soigner parce qu'elle n'avait pas assez de nourriture pour manger et ne pouvait pas ingérer les comprimés. J'ai parfois l'impression de faire face à des conditions similaires à celles observées dans la classe ouvrière anglaise du début de la révolution industrielle. "


À Canberra, dans les bureaux ministériels, on m'a dit à plusieurs reprises comment les politiciens étaient «fiers» de ce que "nous avons fait pour les Australiens indigènes". Quand j'ai demandé à Warren Snowdon - le ministre de la santé des indigènes dans le gouvernement travailliste récemment remplacé par la coalition conservatrice d'Abbott - pourquoi, après presque un quart de siècle en tant que représentant des plus pauvres, des Australiens les plus malades, il n'avait pas trouvé de solution, il a dit , " Quelle question stupide . Quelle question puérile ".

A la fin du grand axe d'Anzac Parade à Canberra s'élève le Mémorial national de guerre australien, que l'historien Henry Reynolds appelle «le centre sacré du nationalisme blanc". On m'a refusé l'autorisation de filmer dans ce grand lieu public. J'avais fait l'erreur d'exprimer un intérêt pour les guerres frontalières dans lesquelles les Australiens noirs ont combattu l'invasion britannique sans armes mais avec ingéniosité et courage - l'incarnation de la «la journée de l'Anzac" . Pourtant, dans un pays jonché de monuments funéraires il n'y en a pas un seul qui commémore officiellement ceux qui sont tombés pour avoir résisté à «l'une des plus grandes appropriations de terre dans l'histoire du monde", a écrit Reynolds dans son livre remarquable intitulé "La guerre australienne oubliée". Plus d'Australiens indigènes ont été tués que d'Amérindiens en Amérique et de Maoris en Nouvelle-Zélande. L'Etat du Queensland était un abattoir. Un peuple tout entier est devenu prisonnier de guerre dans son propre pays, avec des colons appelant à leur extinction. Le secteur de l'élevage a prospéré grâce aux indigènes traités pratiquement comme des esclaves. L'industrie minière fait aujourd'hui des profits de l'ordre du milliard de dollars par semaine sur les terres des autochtones .

Supprimer cette réalité, en vénérant le rôle servile de l'Australie dans les guerres coloniales de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, a un statut presque culte à Canberra aujourd'hui. Reynolds et les rares qui s'interrogent ont été maltraités. Les premières personnes uniques de l'Australie sont ses Intermenschen. Lorsque vous visitez l'Australian War Memorial, les visages indigènes sont représentés comme des gargouilles de pierre à côté de kangourous, de reptiles, d'oiseaux et d'autres " faunes indigènes" .

When I began filming this secret Australia 30 years ago, a global campaign was under way to end apartheid in South Africa. Having reported from South Africa, I was struck by the similarity of white supremacy and the compliance and defensiveness of liberals. Yet no international opprobrium, no boycotts, disturbed the surface of "lucky" Australia. Watch security guards expel Aboriginal people from shopping malls in Alice Springs; drive the short distance from the suburban barbies of Cromwell Terrace to Whitegate camp, where the tin shacks have no reliable power and water. This is apartheid, or what Reynolds calls, "the whispering in our hearts".

Quand j'ai commencé à filmer cette Australie occulte il y a 30 ans, une campagne mondiale était en cours pour mettre fin à l'apartheid en Afrique du Sud. Ayant couvert l'actualité en Afrique du Sud, j'ai été frappé par la similitude de la suprématie blanche et la compliance et la position défensive des libéraux. Pourtant, aucun opprobre international, aucun boycott, n'a perturbé le moins du monde la "chanceuse" Australie. Regardez ces gardes de sécurité qui expulsent les Autochtones des centres commerciaux à Alice Springs ; conduire la courte distance des banlieues de Cromwell Terrasse à Whitegate camp, où les baraques en tôle n'ont pas de source d'énergie fiable ni d'eau. Ceci est de l'apartheid, ou ce que Reynolds nomme : " un chuchotement dans nos coeurs ".

Le film de John Pilger, Utopia, sortira en salles le 15 novembre et sera diffusée sur ITV en décembre. Il sortira en Australie en janvier. “Utopia” sera diffusé en Australie au Musée d’Art Contemporain de la ville de Sydney avec des audiences les 21-23 janvier et durant la fête nationale australienne le 26 janvier. Une diffusion nationale dans les salles et sur la chaîne de TV SBS s’ensuivront.

Suivez John Pilger sur twitter @ johnpilger - http://johnpilger.com

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