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Centrafrique. Les leaders politiques de la Séléka impliqués dans un "génocide" seront reçus à l'Elysée

par Sam La Touch 23 Novembre 2013, 16:42 Centrafrique Séléka Djotodia France Nicolas Tiangaye Crimes contre l'humanité Articles de Sam La Touch

Centrafrique. Les leaders politiques de la Séléka impliqués dans un "génocide" seront reçus à l'Elysée

"Le pays est au bord du génocide". Ces mots lourds ont été prononcés jeudi par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en évoquant la situation en République centrafricaine (RCA) sur France 2. Le patron du Quai d'Orsay emboîte ainsi le pas au Congrès américain, qui mardi évoquait une situation "pré-génocidaire". C'est dire si la situation en Centrafrique, qui ne cesse depuis des mois de s'enfoncer dans le chaos, est devenue alarmante. Tout est parti du renversement, en mars dernier, du régime de François Bozizé par la Séléka. Cette coalition hétéroclite de mouvements rebelles a multiplié les exactions au cours de sa marche vers Bangui. Avant d'installer, une fois la capitale sous son contrôle, un président auto-proclamé : Michel Djotodia. Depuis lors, les violences n'ont pas cessé dans le pays. Et alors que 400.000 personnes y sont déjà déplacées et que la disette menace 20% de la population, elles ont pris au fil des mois un tour religieux." Metronews La Centrafrique est "au bord du génocide", alerte Laurent Fabius

Alors que le Ministre français des Affaires étrangères vient de déclarer que le Centrafrique était au bord du "génocide" perpétré par les troupes de la Séléka - celles-là même qui ont porté au pouvoir l'actuel dictateur Michel Djotodia sous protection passive (?) de l'armée française et avec le soutien actif de l'armée du Tchad - Paris vient d'inviter l'actuel Premier Ministre centrafricain au sommet de l'Elysée.

"Sans l'aide de N'Djamena, Djotodia ne serait jamais rentré dans Bangui" à la tête des rebelles de la Séléka, le 24 mars, rappelle un diplomate africain. Des combattants d'origine tchadienne fournissent un bonne part des forces de Michel Djotodia. Et l'armée tchadienne apporte le contingent le plus nombreux de la force africaine déployée à Bangui". (La Centrafrique, une affaire de sécurité nationale pour N'Djamena, AFP)


Selon Roland Marchal. chercheur au Ceri-Sciences-Po et spécialiste de la Centrafrique, François Bozizé avait lui-même conquis le pouvoir grâce à l’appui explicite d’Idriss Déby (et de la France, ndlr). "De la même façon, la Seleka est parvenue au pouvoir parce que les forces tchadiennes parties prenantes de la force régionale, la Micopax, ont levé le pied, laissant ses combattants entrer dans Bangui. Les relations entre Déby et Bozizé s’étaient déjà fortement dégradées en 2012, après des années de tensions. Mais le départ de Bozizé n’est pas simplement dû à Déby. Il est dû à un accord régional pour s’en débarrasser. Déby a suscité la Seleka et l’a sans doute aidée officieusement. Certains estiment qu’il a joué cette partition dans le but de se débarrasser de rebelles tchadiens, dont certains ont disparu depuis. Une autre interprétation prête à Déby la volonté de sécuriser l’accès aux champs pétroliers transfrontaliers et d’écarter les compagnies chinoises qui auraient pu opérer dans le nord de la Centrafrique si la situation avait été stable". Centrafrique : Le dictateur Idriss Déby soutenu par la France a officieusement aidé les rebelles de la Seleka (L'Humanité)

Et pour poursuivre leur soutien diplomatique et politique au nouveau dictateur béni du "warlord" français "les autorités françaises ont décidé d'inviter le Premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, au sommet de l'Élysée pour la paix et la sécurité qui se tiendra à Paris, les 6 et 7 décembre. Une invitation officielle lui a été transmise, jeudi." JAI Afrique - France : le Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye invité au sommet de l'Élysée
Bachir el Assad en Syrie n'a malheureusement pas eu cette chance. Mais la politique de la France dans son pré-carré a des raisons que la raison et la morale ignorent.


Tout en proposant une lecture ethniciste du conflit en République Centrafricaine (RCA), des médias racialistes français se taisent sur l'implication française dans le pré-carré centrafricain, les troupes hétéroclites de la Séléka ont été rebaptisées "ex-Séléka" alors qu'elles continuent à sévir et constituent le principal des forces armées sur lesquelles s'appuient le nouveau pouvoir usurpé du dictateur Djotodia.

Pour preuve du rôle de protection de la Séléka auprès de son leader politique Djotodia, il suffit de consulter cette information de la BBC évoquant la manière dont les ex-rebelles de la Séléka ont tiré sur la foule à Bangui après que leur président Michel Djotodia, venu lancer des travaux publics à proximité "a essuyé des jets de pierre des manifestants. Une fois reparti, les éléments de l'ex-Séléka sont revenus et se sont mis à tirer" faisant fuir les habitants. BBC Afrique Violences à Bangui, Djotodia caillassé

Quant au soutien français il est connu de tous mais caché par nombre de médias et de chercheurs français racialistes. Pour jeter une lumière drue sur ce monde obscur de la Françafrique, l'association Survie a révélé une part des soutiens français apportés aux leaders politiques actuels portés par la Séléka.

Survie Centrafrique : retour sur une non intervention  
A l’heure où François Hollande tente de convaincre les Nations Unis d’intervenir massivement en Centrafrique, il est primordial de revenir sur le rôle trouble que joue la France dans la crise qui ravage le pays...

Revoilà les affreux
Ceci n’empêche pas quelques Français bien connu du monde françafricain, de venir fouiner dans ce pays en crise, à l’affût de toute opportunité de prédation. Claude Guéant a ainsi rencontré en juin Michel Djotodia, sur fond de négociation pétrolière, l’ancien ministre de l’intérieur ayant voyagé en jet privé avec Laurent Foucher, un collaborateur du groupe pétrolier français Maurel et Prom (Jeune Afrique JA, 5/07).

Autre figure emblématique, Jean Christophe Mitterrand, condamné dans l’affaire de l’Angolagate, venu le 17 juillet pour proposer ses services en matière de sécurité (JA, 25/07). Une vingtaine de mercenaires français l’ont précédé, emmenés par Jérôme Gomboc, un ancien du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa) assureront désormais la sécurité du président Djotodia (JA, 17/07). Un classique en Centrafrique : Bozizé était déjà conseillé sur les questions militaires par la société EHC [2], enregistrée dans un paradis fiscal, le Delaware (EtatsUnis), et dirigée par le général français JeanPierre Perez (qui avait déjà servi au même poste… pour le compte du Ministère des Affaires Etrangères).

A Bangui, les opérations du groupe étaient sous la conduite de Francis Fauchard, un ancien commando-marine, connu pour avoir été le patron de l’unité de protection rapprochée du Président Omar Bongo à la Garde Républicaine gabonaise [3]. Un changement de régime ne change pas les habitudes..

Intervention à retardement
Face à l’offensive de la Séléka, la France reste passive, se contentant de protéger l’aéroport et ce, aussi bien lors de la première que de la deuxième offensive. Lors de celle-ci l’armée française, déployée dans le cadre de l’opération BOALI visant à soutenir les troupes de la Force Multinationale d’Afrique Centrale (Fomac), s’est principalement illustrée en ouvrant le feu sur des véhicules tentant d’accéder à l’aéroport, tuant deux Indiens, en blessant cinq autres ainsi que quatre policiers tchadiens de… la Fomac !
Cette "inaction" est une sorte d'adoubement de la rébellion...


Pendant ce temps-là, l'Elysée apporte un traitement de faveur aux leaders politique de ceux qu'ils accusent de "génocide" et qui leur serviront bientôt d'alibi pour renforcer le contingent militaire français en RCA. En effet, le "warlord" ou "chef de guerre" (au Mali, en Syrie), François Hollande, n'avait pas jugé nécessaire de faire intervenir le contingent militaire français déjà sur place lorsque l'Etat français avait lâché son ex-dictateur François Bozizé pour un nouveau dictateur plus commode en matière de commerce avec les multinationales françaises.

Une vague médiatique néocoloniale risque de déferler sur l'Hexagone pour cette fois-ci légitimer le renforcement du porte-avions français en RCA (JAI La France envisage d'envoyer jusque 800 soldats supplémentaires, faisant passer ses effectifs en RCA à 1200 hommes.) dans un contexte où Paris a une part de responsabilité dans ce qui se passe en Centrafrique.

"Plus de 500 soldats français sont déployés à Bangui, en République Centrafricaine, pour soutenir le nouveau régime dirigé par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka qui a évincé dernièrement le président de la RCA, François Bozizé. Djotodia a annoncé vouloir dissoudre le parlement et suspendre la constitution de 2004. « Nous nous engageons à conduire désormais la destinée du peuple centrafricain pendant cette période de transition consensuelle de trois ans… Pendant cette période de transition qui nous conduira à des élections libres, crédibles et transparentes, je vais légiférer par ordonnances, » a-t-il dit. Djotodia a déjà annoncé vouloir revoir les contrats miniers et pétroliers conclus entre la RCA et la Chine et signés par le gouvernement Bozizé, pour voir « si les choses ont été mal faites et essayer d'y mettre de l’ordre. » De plus, Djotodia a déclaré qu’il inviterait en RCA la France, son ancienne puissance coloniale, aux côtés des Etats-Unis, afin de former à nouveau l’armée officielle qui a été vaincue par la Séléka le week-end dernier..." WSWS Les dirigeants pro-français du coup d’Etat en Centrafrique jettent au rebut les accords pétroliers avec la Chine. (3 avril 2013).

On comprend mieux à présent pourquoi, contrairement à Assad, les dirigeants centrafricains sont reçus à l'Elysée et choyés par Paris. Pendant le "génocide", il semble que les affaires tournent ! On notera toutefois que tant la France que les USA tiennent à présent le même discours alarmant sur le Centrafrique dans le but de déployer leurs troupes chez leurs nouveaux dictateurs qu'ils ont contribué à installer dans une stratégie criminelle néocoloniale classique (Libye en 2011, Libéria en 1989 à 1995, Congo-Brazzaville en 1997...Lire : Les nouveaux barbares : comment la France et les USA pillent l'Afrique).


"La prise de contrôle de Bangui par les rebelles de la Séléka, avec le soutien de la France et des Etats-Unis, représente la toute dernière étape d’une recolonisation qui est en cours en Afrique de la part des puissances impérialistes qui sont arrivées sur le devant de la scène grâce à la guerre en Libye. Ceci témoigne du caractère réactionnaire de la politique fondée sur l’ethnie de certaines factions bourgeoises et petites bourgeoises en Afrique et qui sont en permanence manipulées par les puissances impérialistes dans un contexte d’appauvrissement des travailleurs et des masses rurales."((Pourquoi l’impérialisme français a lâché Bozizé, son dictateur du Centrafrique, son homme de paille ? ).


Lire aussi sur Agoravox juin 2011Le « chef de guerre » Hollande va de Mali en pis...en Centrafrique

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