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La solution aux drames de Lampedusa : la décolonisation des pays d'origine ! (La Nouvelle Tribune)

par Eugénie Dossa Quenum 19 Novembre 2013, 10:51 Lampedusa Colonialisme néocolonialisme Décolonisation

La solution aux drames de Lampedusa : la décolonisation des pays d'origine !  (La Nouvelle Tribune)
La solution aux drames de Lampedusa : la décolonisation des pays d'origine ! 

Eugénie Dossa Quenum
La nouvelle tribune

C’est la politique de domination des peuples africains et le système économique d’exploitation féroce des richesses agricoles, minières et humaines de leurs pays par les gouvernements occidentaux et américain avec la complicité des chefs d’Etat africains qui poussent les immigrés à fuir la violence des guerres engendrées par les rivalités entre multinationales, la pauvreté, la misère et la faim, pour risquer leur vie dans la Méditerranée.

Déjà 17.000 morts à Lampedusa depuis 20 ans. Des migrants qui ne cherchaient qu’à survivre hors de leurs pays transformés en enfer à cause de la convoitise de leurs immenses richesses et de leur position géostratégique.

En effet, les sols de leurs pays regorgent de Coton dont le Mali est le premier producteur, de Café, de Cacao dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur, ainsi de suite…Leurs sous-sols concentrent de manière ahurissante, les plus précieux minerais du monde. Ainsi, l’Or, dont le Mali est le troisième producteur du monde, l’Uranium, dont le Niger est le deuxième producteur du monde, le Coltan, métal recherché dans la fabrication des téléphones portables et les engins spatiaux, dont la République Démocratique du Congo (RDC) est le premier producteur avec70% de la réserve mondiale, le Diamant, le Cobalt, le Fer, sans compter le pétrole et bien d’autres produits encore.

Des produits exploités et exportés dans un échange inégal savamment organisé par des multinationales en toute opacité, aux seuls profits des pays européens et américains et au mépris des intérêts de leurs propriétaires, les peuples africains.

Celles pétrolières Elf-Congo et Agip-Recherches-Congo qui opèrent au Congo-Brazzaville par exemple, ne cèdent à ce dernier que 20% du partage de production alors que ce pourcentage est de 50% partout ;

AREVA, société française, numéro un du nucléaire civil, seule exploitante pendant longtemps a maintenu l’Uranium du Niger à 22 Dollars le Kg pendant des décennies avant de relever ce taux à 32 Dollars en 2007 sous la pression de la concurrence internationale ;

En Côte d’Ivoire, les sociétés françaises qui forment l’essentiel du tissu économique rapatrient les 90% de leurs intérêts. Cf « Billet d’Afrique et d’ailleurs. » de l’association Survie N° 198 de Janvier 2011. Et il en est ainsi dans presque tous les autres pays francophones d’Afrique.

« Le Cameroun, comme tous les pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, la C.E.M.A.C., préfère financer l’économie française aux dépends de leur propre économie à travers le mécanisme du « Compte d’opérations » », peut-on lire sur le site de Terangaweb/L’Afrique des idées. Alors que le financement de leurs Petites et Moyennes Entreprises aurait certainement permis de créer des emplois et contribué à l’amélioration des conditions de vie des salariés, et ces capitaux servi à financer la scolarisation des enfants et l’apprentissage des jeunes…

Le FMI et la Banque Mondiale quant à eux, en imposant aux pays africains l’application d’un Programme d’Ajustement Structurel « P.A.S. » depuis les années 80 ne font-ils pas preuve d’un cynisme ?. Couvrant déjà les multinationales qui opèrent dans ces pays dans leur refus d’accepter un audit sur leurs sociétés, ils exigent que ces derniers déjà affaiblis privatisent les secteurs vitaux de leur économie, tels le Port, l’Aéroport, la Poste, les Communications, les Banques etc…en les cédant aux sociétés étrangères.

Les conséquences de telles privatisations sont des licenciements massifs sans aucun plan social contrairement aux usages dans les pays occidentaux.

L’exemple des 70% de la population active adulte au chômage au Congo Brazzaville à partir de 2004, n’en est qu’une illustration. Dans les autres pays, cette situation engendre de nombreux chômeurs dont plus de la moitié ont entre 25 et 35 ans.

Les compressions de personnels exigées par le « PAS » dans les services sociales conduisent à une pénurie en ressources humaines en Santé comme dans l’Education. Ce qui pénalise lourdement les peuples victimes de cette politique d’austérité.

Dans le même temps, en préconisant de la part de ces gouvernements africains mis à genou, des efforts pour l’élaboration d’un Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP), le FMI ne fait-il pas preuve de schizophrénie ?

L’Europe s’est arrogé des privilèges et des droits historiques sur l’Afrique depuis la période de l’Esclavage, puis celle du colonialisme jusqu’à nos jours.

Cette main mise a d’abord été théorisée en 1532 par le théologien espagnol François Vittoria, puis le révérend Père Muller. En 1685, le Code Noir de Louis XIV rédigé par Colbert qui institutionnalisait l’esclavage a été réactualisé par Bonaparte qui lui avait adjoint celui de l’indigénat pour prolonger le système.

Ensuite, c’est Albert Sarrault, cet autre illustre théologien qui évoquait en 1931 pour justifier les barbaries commises par les colons, « Le droit de la colonisation à la mise en circulation des ressources que les possesseurs débiles détenaient sans profit pour eux-mêmes et pour tous… » Cf. Suret Canal dans « Afrique Noire- L’ère coloniale 1900-1945 »

Et lorsqu’en 1960, la Résolution N° 1514 de l’ONU sur la décolonisation des pays sous domination a été votée pour libérer ces derniers, la parade trouvée par la France pour maintenir le statu quo a été le pacte colonial dont la signature imposée en 1961 stipulait en son annexe II, l’obligation pour ces pays de lui réserver l’exclusivité de leurs richesses agricoles, minières et stratégiques avec interdiction formelle d’échanger entre eux.

Un système chargé de veiller à l’application stricte de ces accords de vassalisation et de garantie du pillage éhonté des anciennes colonies françaises fut également mis en place : C’est la Françafrique. Un système anachronique, hideux et barbare qui s’est excellé dans l’assassinat des premiers présidents africains, contestataires du pacte colonial. Un système de spoliation et de brimade des peuples. C’est ainsi que périt Patrice Lumumba au Congo Kinshasa par les soins des USA et de la CIA avec l’aide des colons Belges pour être remplacé par Mobutu plus servile, afin de poursuivre l’exploitation du gisement de Shinkolobwe dont l’Uranium leur avait permis de fabriquer la Bombe Atomique de Nagasaki en 1945.

Au Congo Brazzaville, ce fut Fulbert Youlou qui fut assassiné en 1963 pour avoir dénoncé à la tribune des Nations Unies les prétendus accords de coopération avec la France. Il en fut également ainsi pour Alphonse Massamba Debat et Marien Ngouabi, pour ses interrogations sur la part de pétrole qui revenait au Congo.

Le même sort fut réservé à l’Abbé Barthélémy Boganda de la République Centrafricaine et François Tombalbaye au Tchad.

Ces assassinats restés impunis, ainsi que les agissements des puissances européennes dans les pays d’Afrique font penser à la déclaration de Benjamin Walter qui écrivait en 1940 au sujet d’Hitler qui a pratiqué la loi du plus fort sur les pays européens pendant la deuxième guerre mondiale : « …La pire barbarie peut surgir de la plus haute culture. Du moins, si nous laissons aller l’histoire comme si elle ne dépendait pas de nous. ».

La françafrique encore en service aujourd’hui, pour maintenir la vassalisation des colonies, gère les « élections » grossièrement truquées au cours desquelles les candidats « élus » sont ceux choisis d’avance par les métropoles avec la validation de l’Union Européenne qui missionne des « observateurs » internationaux financés par ses soins pour faire des comptes rendus souvent en flagrante contradiction avec les réalités du terrain.

C’est cette situation d’injustice faite aux peuples africains et le piétinement du droit international qui engendrent la frustration et les violences qui enflamment ces pays .Et leurs révoltes sont régulièrement noyées dans des bains de sang avec l’aide des militaires aéroportés au cours des missions, telles « Lamantin », « Artémis », « Epervier », « Licorne », et autre « Serval », trompeusement baptisées « humanitaires ».

En 2000, réunis à Bangui lors de leur Conférence Episcopale, les Evêques de l’A.C.E.R.A.C., un organisme regroupant le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad, ont déclaré : « L’exploitation de nos ressources naturelles est devenue la source de nos souffrances.
Des Nations entières sont mises à feu et à sang dans le seul but de préserver les intérêts de l’un ou de l’autre pays étranger et des compagnies internationales.
».

Au sommet Euro-africain de Lisbonne de 2007, les Africains, portés par l’éveil des démocrates de par le monde rêvaient de voir les relations économiques entre les deux parties enfin refonder sur de nouvelles bases. Mais ce sommet échoua car les Européens préfèrent négocier séparément avec les cinq zones du continent de manière bilatérale afin de garder le statu quo grâce à la corruption active des chefs d’Etat connus pour être préoccupés par leurs intérêts personnels comme l’atteste la bataille autour des biens mal acquis.

Malgré l’immensité de leurs richesses donc, ces pays sont classés parmi les plus pauvres de la planète de par leur Produit Intérieur Brut (P.I.B.) et aucun d’eux n’atteint les 3.000 dollars par habitant et par an fixés comme seuil de pauvreté par le P.N.U.D..

Leurs peuples, privés des facteurs de développement humain élémentaires que sont l’éducation, la santé et l’eau potable d’une part, et n’ayant qu’une longévité à 40 ans en moyenne, malgré les énormes progrès de la Science pour l’Humanité, sans compter le taux exorbitant des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition grave, et le pourcentage élevé des adultes illettrés, comment ne pas faire le lien avec la facilité avec laquelle leurs jeunesses sont recrutées dans des structures extrémistes ?

La montée du terrorisme qui engendre l’insécurité dans le monde, en Afrique en particulier, avec des prises d’otages devenues récurrentes, ne sont qu’une réplique violente au terrorisme d’Etat non moins violent pratiqué par les gouvernements européens, et américain en concert avec leur instruments de domination que sont l’OTAN, le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC dans ces zones du monde, en complicité avec leurs vassaux.

« La solution n’était pas exclusivement sécuritaire, mais exigeait le développement de la sous-région, bien compris, et la lutte contre la pauvreté qui est le vivier de cette insécurité. », ont déclaré les Ministres des Affaires Etrangères du Mali, du Niger, de la Mauritanie et d’Algérie, lors de la crise post libyenne du Sahel en réponse à la proposition des services anti-terroristes sous l’égide d’Africom ou de l’OTAN, faite par les USA et les Européens.

Les assauts massifs et répétés des pays européens par les immigrés clandestins trouvent également leur racine dans ce même vivier, lorsque AREVA produit au Niger en 2012 les 37% de ses 9760 tonnes d’Uranium et rapatrie ses profits de 352 millions d’Euros sans compensation pour les populations dont une bonne partie atteinte de cancer , du fait de leur proximité avec les zones irradiées, n’ont aucun espoir de se soigner. Et les remparts, les murs, les barbelés et autres centres de rétention en Europe pour protéger son espace schengen, ne constituent en aucun cas, une solution suffisante pour épargner aux citoyens européens, cette présence trop visible de la misère des pays qu’ils croyaient lointains…Le Frontex, encore moins, même s’il « n’y a plus de place ni pour les vivants, ni pour les morts », comme l’a déclaré Mme Giusi Nicolini, Maire de Lampedusa, au sujet des 360 morts du 03 Octobre 2013 dernier.

La prétendue aide au développement dont les 95% demeurent dans les circuits mafieux des donateurs et les 5% partent en fumée juste en arrivant à destination, n’a jamais fait décoller le développement d’aucun pays africain dont les peuples s’enfoncent d’année en année dans la pauvreté, la misère et la mendicité chronique depuis plus de 50 ans.

Nous savons à présent que les transferts illicites de capitaux par les multinationales qui opèrent dans les pays d’origine des immigrés clandestins d’Afrique, s’élèvent à 1.500 Milliards de Dollars par an ! De 1960, année des indépendances de ces pays à nos jours en 2013, cela fait 79.500 Milliards de Dollars de manque à gagner pour ces peuples victimes de cette escroquerie validée par l’Union Européenne, alors que l’aide au développement est de 1.000 Milliards de Dollars entre 1960 et 2000, selon le rapport de l’Union Africaine. Cf. « Dossier :Pourquoi l’Afrique ne décolle pas ? » du 31 Janvier 2013 par « Les Afriques »

Et la Loi Dodd Franck votée en 2012 sous l’administration Obama qui oblige désormais toutes les Entreprises américaines à déclarer leurs paiements aux Etats africains au-delà des 100.000 dollars, n’est qu’une goutte d’eau dans l’immense Océan de l’hypocrisie.

Nous savons que les Résolutions de l’ONU sont souvent piétinées et violées parfois par ceux qui les ont votées.

Nous savons également que l’ONU elle-même est méprisée et régulièrement contournée dans les crises et conflits ainsi que leurs résolutions par les membres du Conseil de Sécurité censés garantir l’autorité de cette institution internationale bafouée comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, en Libye et au Mali.

C’est la raison pour laquelle il revient aux démocrates sincères du monde, Africains, Américains et Européens, femmes et hommes, épris de justice et de paix, d’oser revendiquer l’application de la Résolution N° 1514 de l’ONU en vue d’une véritable décolonisation des pays d’origine des immigrés clandestins.

Qu’ils osent soutenir la restitution des milliers de milliards de Dollars escroqués aux pays africains par les multinationales afin que cet argent serve à financer des écoles, pour l’éducation des enfants et l’apprentissage des jeunes ; des Hôpitaux pour un accès aux soins pour tous, ainsi que l’accès à l’eau potable.

Qu’ils osent enfin œuvrer pour l’arrêt des pillages de l’économie de ces pays, et l’instauration du bien-être auquel doit prétendre tout citoyen du monde, conduira naturellement non seulement les candidats à l’immigration clandestine à rester chez eux, mais également, nous assisterons à un retour de flux de ceux déjà partis comme l’ont fait des immigrés Indiens de la Silicon Valley dans la Baie de San Francisco aux Etats Unis.

Ainsi, nous ne laisserons pas l’histoire continuer d’aller, comme si elle ne dépendait pas de nous !

Eugénie Dossa Quenum in La nouvelle tribune
Chercheur indépendant en Sciences Politique et Sociale Consultante en gouvernance.
Conférencière
Ecrivain
Membre de la Ligue Internationale de Femmes pour la Paix et la Liberté
Membre de Médecins Du Monde

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