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Le Nouveau Parti Anticapitaliste et Lutte Ouvrière gardent le silence sur le scandale de la NSA (WSWS)

par Anthony Torres 23 Novembre 2013, 12:54 NSA Lutte Ouvrière Nouveau Parti Anticapitaliste

Le Nouveau Parti Anticapitaliste et Lutte Ouvrière gardent le silence sur le scandale de la NSA (WSWS)
Le Nouveau Parti Anticapitaliste et Lutte Ouvrière gardent le silence sur le scandale de la NSA

Par Anthony Torres
WSWS

Le silence des partis de la « gauche » petite-bourgeoise française sur l’espionnage massif mené par la NSA (Agence nationale de sécurité) et d’autres agences de renseignement est une indication éloquente de leur hostilité envers les droits démocratiques.

Les documents soustraits à la NSA par Edward Snowden et analysés par plusieurs publications depuis le mois d’octobre révèlent que la NSA peut interroger les bases de données des géants du Web, à la recherche de conversations téléphoniques, de documents, de courriels ou de discussions instantanées. Le tout fonctionne dans un cadre juridique qui les affranchit de la demande d'un mandat individuel. Sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA.

Cette surveillance généralisée s’étend même aux sphères dirigeantes, comme dans le cas de l’espionnage par la NSA de la chancelière allemande Angela Merkel.

Les classes dirigeantes de tous les pays de l’OTAN construisent ainsi des outils de surveillance dignes de l’état policier le plus puissant que le monde ait connu. Les données téléphoniques, GPS, et Internet permettent d’espionner et de localiser en temps réel des individus ciblés, en France et à travers le monde.

Les partis petit-bourgeois, tels Lutte ouvrière (LO) ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), ont affiché un désintérêt total envers ces révélations. LO a publié une « brève » dérisoire qui se moque des commentaires hypocrites du gouvernement du Parti socialiste (PS) dont les ministres ont tenté de canaliser la colère populaire en feignant d’être surpris ou fâchés de l’espionnage opéré par la NSA.

L’hypocrisie du PS sur ce point, dont il n’est plus besoin de convaincre la majorité des travailleurs, n’est pas la question principale soulevée par l’espionnage pratiqué par la NSA. Sur la question plus fondamentale, celle des dangers posés aux droits démocratiques, LO ment aux travailleurs.

Se gaussant des commentaires faussement indignés des ministres du PS, LO écrit : «Sans blague ? Les flics des services secrets français n’espionnent, eux, personne en Europe ? Ce n’est pas des principes moraux qui les arrêtent mais une question de moyens, c’est tout » !

LO laisse entendre que quelque chose « arrête » l’aristocratie financière française, qui manquerait de « moyens » pour développer son propre espionnage. Ceci est faux, car l’Etat français s’est doté de tous les moyens nécessaires pour espionner en temps réel la population française et internationale. Le Monde a révélé cet été que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) espionne et stocke les données Internet et téléphoniques en France, d’une manière analogue à celle pratiquée par la NSA et la CIA.

Si LO se moque du PS, c’est de mauvaise foi, car les réactions des deux partis sont, en dernière analyse, semblables. Ils visent tous deux à obscurcir les dangers posés par une surveillance permettant un suivi automatique et éventuellement une répression d’individus ou de groupes qui déplairaient à l’Etat.

La réaction du NPA est même plus révélatrice que les mensonges et les âneries de LO : son site web a gardé un silence absolu sur le torrent de révélations à propos de l’espionnage électronique paru ces dernières semaines. Ce silence paraît encore plus remarquable lorsqu’on sait que, depuis une décennie, ce parti dispose d’excellentes informations sur l’espionnage de la population européenne par les services de renseignement de Washington.

En effet, le dirigeant du NPA, Alain Krivine, a reçu des informations sur l’espionnage américain directement des services gouvernementaux européens et américains. L’ancien leader d’étudiants radicalisés en 1968, devenu député européen, a participé en 2001 à la commission d’enquête du parlement européen sur le réseau d’espionnage américain en Europe baptisé « Echelon ».

Néanmoins, Krivine et son parti ont gardé le silence pendant plus d’une décennie sur le développement d’une surveillance généralisée de la population dépassant de loin le système « Echelon » qui existait en 2001.

Cette réaction de LO et du NPA n’est pas principalement imputable au caractère indubitablement borné de leurs dirigeants et de leurs publications. Leur indifférence affichée envers les questions soulevées par l’espionnage électronique reflète plus généralement leur caractère de classe et l’évolution politique d’une couche corrompue des classes moyennes en France depuis 1968.

Une organisation ouvrière ne peut être indifférente aux armes techniques et judiciaires que se forgent les forces de l’ordre et les services de renseignement. Une organisation qui veut mener une lutte pour une revendication significative des ouvriers sur des lieux de travail doit craindre l’espionnage des agences de renseignement et des milieux patronaux qui leur sont liés. Cette observation vaut avec une force redoublée pour un parti qui veut mener une activité révolutionnaire.

LO et le NPA, par contre, se tiennent de l’autre côté de la barricade, nageant dans un milieu social privilégié regroupant les forces de l’ordre, les services de renseignement, la bureaucratie syndicale, et les milieux universitaires et estudiantins qui en sont proches. Ce ne sont pas des partis ouvriers, mais des organisations de couches réactionnaires de la petite bourgeoisie.

Ils gardent le silence sur l’espionnage parce que, d’un côté, ils n’anticipent pas d’être sérieusement inquiétés par l’Etat, étant fondus dans son appareil. Avant tout, ils craignent les travailleurs et trouvent rassurante la montée des pouvoirs répressifs de l’Etat. Depuis 2001, le NPA (et son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire) poursuit son intégration dans les milieux du renseignement et de la police.

Lors de la visite des parlementaires européens aux Etats-Unis en 2001, les autorités américaines ont pris la décision réactionnaire de bloquer le visa de Krivine, car elles l’avaient encore fiché à l’époque en tant que « dangereux communiste ».

Surpris par cette désignation, qui n’avait en fait rien à voir avec son activité politique, Krivine s’amusa de la situation en déclarant : « A la lecture de mon nom, les ordinateurs ont dû clignoter. C’est vrai qu’il y a vingt ans, j’étais interdit d’entrée sur le territoire américain ».

Arrivé aux Etats-Unis après intervention de l’Union européenne (UE), Krivine a rencontré l’ancien directeur de la CIA, Jim Woolsey et la Commission du renseignement de la chambre des représentants. Cette commission est chargée de contrôler les services d’espionnage américains en liaison directe avec le président américain, qui était George W. Bush à l’époque. Krivine a ensuite participé à la rédaction du rapport de l’UE sur le système « Echelon ».

Deux ans plus tard, Krivine a voyagé à New York pour y rencontrer Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, et Hans Blix, le responsable de la mission d’inspection en Irak. Il a aussi pu assister à la manifestation anti-guerre à Washington.

Peu de détails sont ressortis sur ses discussions avec les responsables onusiens et américains. Cependant, en 2003 Krivine a obtenu son visa sans difficulté, Washington ayant manifestement pu observer qu’il n’avait rien d’un dangereux communiste.

Dans un article du 4 mars 2003 intitulé « Alain Krivine chez l’Oncle Sam », Libération a écrit avec un brin d’humour qu’« aujourd’hui, l’administration Bush semble faire fi du ‘péril rouge’ incarné par le porte-parole de la LCR ».

Ces passages soulignent le caractère essentiellement faux et malhonnête de la politique de la pseudo-gauche. Les partis de la pseudo-gauche se nomment « anticapitalistes », « ouvriers », ou même « communistes » avant tout pour faire obstacle au développement d’organisations socialistes de la classe ouvrière. Mais aux sommets de l’Etat, personne ne prend ces prétentions au sérieux, car elles sont fausses et reconnues comme telles.

Si ces sobriquets ronflants deviennent temporairement un obstacle à la collaboration entre la pseudo-gauche et la CIA ou la DGSE que nécessite la politique bourgeoise, l’UE ou l’Etat s’occupent de clarifier le malentendu pour les officiers du renseignement. Ces sobriquets sont d’une importance capitale pour la pseudo-gauche : ils visent à donner une air de « gauche » aux politiques impérialistes que soutient la pseudo-gauche contre les travailleurs et les pays opprimés.

Ayant applaudi la tentative d’organiser une « Révolution verte » soutenue par la CIA en Iran en 2009, le NPA a soutenu l’intervention de l’OTAN pour armer les forces d’opposition islamistes lors de la guerre en Libye de 2011. Ces liens se poursuivent aujourd’hui dans le conflit syrien, où le NPA est intervenu pour insister que les états de l’OTAN arment les « rebelles » liés à Al Qaïda.

Gilbert Achcar, chargé d’affaires moyen-orientales pour le NPA, a rencontré les représentants de l’Armée syrienne libre (ASL), pilotée et armée par la CIA et les services français, que la propagande du NPA traite de « révolutionnaire ».

Si le NPA a maintenant un rôle important dans les rouages des interventions militaires de l’impérialisme français, il aide aussi à bloquer les luttes sociales en France, insistant que seule la bureaucratie syndicale peut organiser des luttes de la classe ouvrière. L’effondrement de la base ouvrière des syndicats et des cotisations d’ouvriers, suite aux trahisons des luttes contre l’austérité menée par la droite et par le PS dans les années 1970-1980, a transformé les syndicats. Ce ne sont plus des organisations ouvrières.

Dépendant financièrement des patrons et de l’Etat, avec qui ils ont négociés de multiples attaques contre les retraites et les acquis sociaux dans les années 2000, ils travaillent étroitement avec les forces de l’ordre et les services de renseignement. Leur but est d’étrangler les luttes ouvrières et d'empêcher qu’elles ne débordent de manière à nuire aux intérêts patronaux. (Voir : Les syndicats français financés par le patronat à hauteur de millions d’euros)

Dans cette mission, les syndicats et la pseudo-gauche travaillent avec les inspecteurs des Renseignements généraux (RG), qui veillent à prévoir et limiter l’impact des mouvements sociaux, notamment les mouvements de grève et les manifestations.

Un inspecteur des RG, interrogé par un journaliste et d’anciens syndicalistes qui préparaient le livre L’Argent noir des syndicats, a expliqué cette collaboration: « Nous consacrons toujours beaucoup de temps à surveiller les relations entre les syndicats et les directions des entreprises. La seule chose qui a vraiment changé, c'est que nous obtenons des confidences beaucoup plus facilement de la part des protagonistes, nous discutons plus franchement avec les acteurs, nous avons moins besoin de procéder à des écoutes, les deals nous sont plus ou moins confiés. Nous prenons un peu des garanties sur la manière dont les conflits vont se dérouler ».

En défendant le rôle des syndicats dans le « dialogue social » et pour étrangler les luttes sociales, la pseudo-gauche démontre qu’elle est du côté de la police, de l’Etat, et des banques contre les travailleurs.

C’est parce qu’elle défend ces intérêts réactionnaires que la pseudo-gauche donne aussi son aval, par son silence, à l’espionnage de la population par la NSA et les agences de renseignement européennes.

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