Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Au Congo-Brazzaville, la paix des cimetières règne. Vidéo de l'arrestation de Marcel Ntsourou (Mwinda)

29 Décembre 2013, 07:34 Marcel Ntsourou Congo-Brazzaville Sassou Nguesso Arrestation Crimes

Au Congo-Brazzaville, la paix des cimetières règne. Vidéo de l'arrestation de Marcel Ntsourou
Mwinda

Après l’assaut mené à la résidence du colonel Ntsourou quelques jours avant les fêtes de Noël et du Nouvel An, la paix règne dans la capitale du Congo. Il faut dire que les Congolais qui ne pensaient plus vivre le traumatisme du bruit des armes et autres détonations sont servis depuis deux ans. En 2012, c’étaient les terribles explosions de Mpila, un incendie des dépôts de munitions et d’armes de guerre de l’armée congolaise dû à la négligence des plus hauts dirigeants militaires maquillé en un complot contre le régime.

Il y a quelques jours donc, c’était l’opération « chasse au Ntsourou », du nom d’un colonel de l’armée membre du clan au pouvoir mais tombé en disgrâce. Un règlement de comptes en pleine ville qui s’est terminé, selon « La Semaine Africaine », bihebdomadaire catholique, en un « un effroyable bain de sang ayant entraîné plusieurs morts ».

Il faut dire que le pouvoir de M. Sassou n’y est pas allé de main morte dans sa tentative d’élimination d’un homme qui n’hésitait pas à traîner le chef de l'Etat dans la boue par médias interposés et, péché suprême, à menacer de révéler à un juge français ce qu’il savait au sujet du massacre des « Disparus du Beach ».

Notre confrère « La Semaine Africaine » a révélé au sujet de cette prétendue " opération de police " (sic) destinée à neutraliser l’officier qu’elle a été « menée par les policiers du G.r.b (Groupement de répression du banditisme) et un détachement militaire du G.p.c (Groupement para-commando), le corps d’élite des F.a.c (Forces armées congolaises), avec l’appui d’un hélicoptère ». Bref, Sassou n’a pas hésité à utiliser un bazooka… pour chasser des mouches. Cette disproportion des moyens déployés peut être interprétée de deux manières : soit il s’agit d’une marque de faiblesse et d’un manque de confiance en ses propres forces - car il n’est pas besoin d’asséner un marteau sur une fourmi pour l’écraser - soit Sassou a voulu de cette manière terroriser à la fois la population et d’autres officiers qui seraient tentés de menacer son pouvoir.

Quoiqu’il en soit, l’opération est en tout cas réussie de ce point de vue : certes la population de Brazzaville vaque de nouveau à ses occupations en cette fin d’année mais le cœur n’y est pas : « Laissez-le mourir au pouvoir si c'est la condition pour nous de vivre en paix », entend-on ici et là dans la rue. Des paroles qui confirment que l’objectif de la conservation du pouvoir par la terreur est une option qui marche.

Paradoxalement les officiers de l'armée, qui envisageraient un jour d'en découdre, savent à présent, s'il en était besoin, ce qu'il convient de ne pas faire...

Pour le reste, le Procureur Oko Ngakala, que l’on a vu exhiber Ntsourou à la presse s’est dorénavant tu. Peut-être est-il occupé, c’est humain, à se préparer à passer les fêtes de fin d'année en famille mais l’on ignore si Ntsourou, qui n’est plus depuis longtemps en garde à vue, a été présenté devant un juge, mis en examen et sous quels chefs d’inculpation. Ce que l’on sait en revanche c’est qu’il n'a pas été vu par ses avocats (1), ce qui est pourtant le moins dans un pays qui respecte un tant soit peu les droits de l’homme. Mais les droits de la défense, ça n’intéresse personne au sein du clan. Ntsourou est neutralisé, avec femme et enfants, les secrets du massacre des " Disparus du Beach " sont bien gardés, c’est cela l'essentiel. Pour le reste, la paix des cimetières règne dans la ville. On dit merci qui ?

Voir des images tournées juste après l'arrestation de Ntsourou

Suivre un débat consacré sur TV5 à cette affaire

(1) Maître Malonga, seul des avocats à avoir assisté Ntsourou lors du procès des explosions du 4 mars à être monté au créneau dans cette affaire, a déclaré : « Depuis cette date [le 16 décembre dernier, ndlr], je n’ai jamais obtenu le permis de visite (sic), je n’ai pu voir mon client. Mais par des personnes interposées, j’ai pu me faire une idée de ce qu’il était devenu. J’ai appris qu’il avait reçu une balle au pied. » Puis d'ajouter : « Nous avons ratifié des engagements internationaux. Au niveau de l’Assemblée, les députés devraient réagir devant cet état de fait. Dans un pays qui se dit un pays de droit, peu importe ce que vous reprochez à quelqu’un, la personne a le droit de choisir un avocat, la personne a le droit de parler à son avocat. »

De fait, le Procureur Oko Ngakala aurait convoqué Me Malonga le 31 décembre 2013, le sommant de se présenter à son bureau avec en main... le mandat le désignant comme conseil de Ntsourou.

Chacun l'aura remarqué : une dizaine de jours après l'interpellation musclée de Ntsourou, nul n'a entendu prononcer le mot de " juge ". Bizarre.

Vidéo de propagande du pouvoir après l'arrestation de Marcel Ntsourou

commentaires

Haut de page