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Centrafrique pourquoi la France a intérêt à intervenir (Nouvel Obs.com)

par Vincent Jauvert 4 Décembre 2013, 10:48 Centrafrique France Françafrique

Centrafrique pourquoi la France a intérêt à intervenir (Nouvel Obs.com)
Centrafrique pourquoi la France a intérêt à intervenir
Nouvel Observateur
Par  Vincent Jauvert

 

Les raisons qui poussent Paris à intervenir ne sont pas forcément celles que l'on croit. L’intervention française en Centrafrique a déjà commencé, mezzo voce. Ce week-end, 200 militaires ont rejoint à Bangui les 400 paras déjà présents dans le cadre de l’opération Boali destinée à sécuriser l’aéroport et son unique piste. La semaine dernière, le 25ème régiment du génie de l’armée de l’Air est arrivé à Bangui à bord d’un gigantesque Antonov 124, plein comme un oeuf. Sa mission : agrandir l’aéroport afin qu’il puisse, dans les jours qui viennent, accueillir d’autres très gros chargements. Jeudi, le Dixmude, bâtiment de commandement et de projection dernier cri, est arrivé dans le port de Douala, au Cameroun. Il a débarqué 350 hommes, qui ont été, selon le ministère de la Défense, casernés non loin de là, en attendant d’être envoyés en Centrafrique. Enfin, d’après différentes sources, des forces spéciales ont été déployées sur le terrain afin de mener des missions de renseignement et de reconnaissance. Le feu vert des Nations-Unies devrait arriver très vite. En début de semaine, le Conseil de Sécurité – présidé en décembre par le représentant français à l’ONU, Gérard Araud – devrait voter une résolution présentée par Paris qui autorise notre pays à intervenir en soutien de la force africaine, la Micopax, déjà sur place – et d’en prendre de fait le commandement. L’opération ("un millier d’hommes", a dit Jean Yves Le Drian) devrait être officiellement lancée dans la foulée, probablement juste après le sommet sur la sécurité en Afrique qui se tiendra à l’Elysée les 6 et 7 décembre.

Quels sont les vrais intérêts de la France dans cette affaire ?...

 

Mais d’autres éléments, plus stratégiques, ont emporté la décision :

- La Centrafrique se situe aux confins de plusieurs pays où la France a beaucoup de ressortissants et des intérêts économiques importants, notamment le Cameroun, le Tchad et le Congo. Le Gabon, terre de Total, n’est pas très loin, non plus.

- Située, comme son nom l’indique, au centre de l’Afrique, ce pays pourrait, si l’anarchie s’y installe, devenir un hub pour les groupes djihadistes venus du Nord et de l’Est de l’Afrique – groupes qui ont déjà menacé la France et l’Europe.

- La crise humanitaire qui a commencé en Centrafrique menace de se transformer en génocide. "Le risque d’atrocités de masse est là", a déclaré la semaine dernière l’ambassadeur Araud. Or le précédent du Rwanda hante la classe politique française, qui, dans son ensemble, est favorable à l’intervention. Si la France n’agit pas, elle redoute d’être un jour montrée une nouvelle fois du doigt par la communauté internationale et notamment les Africains.

- Si riche en ressources, le continent africain, dont la croissance économique est très rapide, est l’objet de toutes les convoitises. La preuve : plusieurs pays (la Chine, la Turquie, le Brésil….) organisent désormais chacun leur sommet avec l’Afrique. Et les Etats-Unis vont faire de même en été 2014. En affirmant une présence militaire forte, la France espère rester dans la course.

- Paris est obsédé par son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité, que de plus en plus de pays émergents considèrent comme anachronique. En matière de rétablissement de la paix et de la sécurité dans sa zone d’influence, la France se doit donc d’être exemplaire.

 

Par Vincent Jauvert

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