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Centrafrique : Séléka, dégage ! (JAI)

par François Soudan 2 Décembre 2013, 17:38 Centrafrique Séléka Djotodia

Centrafrique : Séléka, dégage ! (JAI)
Centrafrique : Séléka, dégage !
JAI
François Soudan



Du chaos qui s'est installé en Centrafrique, Michel Djotodia et la coalition qui l'a porté au pouvoir en mars sont directement responsables. Une seule solution : les faire partir, et vite.

Confrontés, si l'on en croit le secrétaire général de l'ONU, le Département d'État américain et la porte-parole du gouvernement français, à une situation "prégénocidaire", et "extrêmement grave", 4,5 millions de Centrafricains dorment la nuit du plus paisible des sommeils... "C'est avec gravité", souligne en effet un communiqué surréaliste de la présidence en date du 19 novembre, que le chef de l'État "suit la courbe de la situation sécuritaire tant à Bangui qu'en province", et "avec fermeté" qu'il tient à assurer son peuple de sa "détermination à lutter" contre ceux qui veulent "recouvrir la Centrafrique du manteau noir de l'obscurantisme". Autant dire que Michel Djotodia, 64 ans, président autoproclamé et intérimaire, compte les morts dont son propre pouvoir est coupable et dont lui-même est, en définitive, le principal responsable.

Depuis huit mois, les soudards de la Séléka, coalition qui n'a été dissoute que sur le papier, ont méthodiquement mis à sac la Centrafrique et martyrisé son peuple sous le regard débonnaire, à la fois complaisant et impuissant, de cet étrange personnage entré par effraction dans l'histoire tragique de son pays, et qui ne peut plus circuler dans les rues de Bangui sans que son cortège soit criblé de cailloux.

Enlèvements nocturnes, assassinats ciblés, rafles de jeunes, rackets, pillage à l'échelle nationale, viols, expéditions punitives, razzias...

Enlèvements nocturnes, assassinats ciblés (comme celui du haut magistrat gbaya Modeste Martineau Bria, le 16 novembre), rafles de jeunes dans les quartiers réputés hostiles (c'est-à-dire non musulmans) de la capitale, rackets, pillage d'anthologie à l'échelle nationale, viols, expéditions punitives, razzias jusque dans les villages frontaliers du Cameroun voisin... La liste des exactions auxquelles les miliciens tchadiens, darfouris et centrafricains de la Séléka se livrent sur ce territoire de non-droit, où il n'y a ni armée, ni police, ni gendarmerie, ni administration, est proprement effarante. Dans sa villa du camp de Roux, entouré de spadassins et d'une poignée de sycophantes goulas et yakomas, Djotodia joue au chef de l'État, encouragé par son épouse béninoise Chantal, 32 ans, qui se rêve en première dame fréquentable et qui a déjà lancé sa propre fondation caritative.

Les relations de Djotodia avec Nicolas Tiangaye, chef - visiblement épuisé - d'un gouvernement pléthorique sans moyens ni programme, relèvent de la cohabitation imposée. Avocat, ancien militant des droits de l'homme, Tiangaye assume son poste comme un sacerdoce. Il est vrai que lui-même et son ami Martin Ziguélé, l'un des principaux leaders politiques de la place, tout comme le président du Conseil national de transition, Alexandre Nguendet, portent une part de responsabilité dans ce naufrage : n'ont-ils pas cautionné et accompagné le monstre Séléka et son caudillo jusqu'au coeur de Bangui ? À chaque incartade, à chaque communiqué critique de leur part, ce dernier se fait d'ailleurs un malin plaisir de le leur rappeler : "Je ne voulais pas du pouvoir, c'est vous qui m'avez encouragé." Ces trois personnalités connues des Centrafricains ne sont certes comptables d'aucune exaction, mais ce compagnonnage risque de se payer cher aux yeux de l'opinion.

L'activité de Djotodia : scruter "la courbe sécuritaire"

Si Michel Djotodia, qui est loin d'être dénué de culture et s'exprime avec nettement plus d'aisance que son prédécesseur, François Bozizé, multiplie les audiences avec des investisseurs douteux venus lui proposer des contrats qui ne le sont pas moins (les recettes de l'État ont chuté de moitié depuis mars, et la fonction publique survit sous perfusion congolaise), l'essentiel de son activité est effectivement, comme le dit son porte-parole, de scruter "la courbe sécuritaire". La psychose d'une improbable contre-offensive des fidèles de Bozizé est ainsi la source directe de la plupart des dérapages, meurtres et disparitions relevés par les ONG et par l'Église catholique, le tout sur fond de déchirures intercommunautaires.

Un homme s'illustre particulièrement en ce domaine : le "général" Noureddine Adam, un Rounga de Ndélé formé au Soudan, en Égypte, en Israël, et qui servit pendant cinq ans au sein de la garde rapprochée de Cheikh Zayed, à Abou Dhabi. Numéro deux de la Séléka et un temps ministre de la Sécurité après la chute de Bangui, ce professionnel impénétrable, arabisant et qui ne se sépare jamais de sa canne de commandement dirige aujourd'hui le Comité extraordinaire de défense des acquis démocratiques (Cedad), la police politique du nouveau régime.

Le 22 octobre, sa villa, sise à quelques mètres de l'agence Air France, en plein Bangui, résonnait si fort des cris des suppliciés que les voisins ont appelé le contingent congolais de la Force multinationale de l'Afrique centrale (Fomac), lequel s'est aussitôt heurté aux miliciens sélékistes. La situation risquant de dégénérer, Djotodia s'est précipité sur les lieux pour séparer les belligérants. Non sans avoir désigné au passage les coupables : la Fomac, "qui ne nous laisse pas travailler en paix". Réponse d'un capitaine congolais présent sur les lieux : "Vous avez tort, monsieur le président. Si les Banguissois mangent encore, c'est grâce à votre frère Denis Sassou Nguesso."

Noureddine Adam est pratiquement le seul à exercer un semblant d'autorité sur les commandants de zones qui écument l'hinterland.

L'anecdote est significative des relations plus que tendues entre la Séléka et la Fomac, mais aussi des rapports de force entre Djotodia et Noureddine Adam. Ce dernier est pratiquement le seul à exercer un semblant d'autorité sur les commandants de zones qui écument l'hinterland, le seul aussi à pouvoir les contraindre à reverser à la présidence une partie de leurs recettes. "Il est intouchable, confie un diplomate. C'est comme s'il avait pointé une kalach dans le dos de Djotodia en lui disant : avance ou je tire !"..

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