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Dieudonné : « Je veux aller en prison » (Femmes de Chambre)

par Olivier Mukuna 31 Décembre 2013, 22:32 Dieudonné Interdiction Manuel Valls

Dieudonné : « Je veux aller en prison » (Femmes de Chambre)
Dieudonné : « Je veux aller en prison »
Par Olivier Mukuna, 31 décembre 2013
Femmes de CHambre

Des médias au gouvernement français, en passant par une partie de l’opinion, on fustige ou nazifie « la quenelle » … Depuis plus de trois mois, ce geste est reproduit dans toute la France par des citoyens de tous âges et de toutes catégories sociales. Phénomène d’essence subversive ou « bras d’honneur » revisité sur fond de crise et de ravages socioéconomiques ? Manuel Valls et les médias mainstream ne répondront pas à cette question. Obsédé par la loi non écrite du « deux poids deux mesures », le ministre de l’Intérieur français a choisit de s’illustrer dans l’irrationnel en voulant interdire les spectacles de l’inventeur du geste : Dieudonné M’Bala M’Bala. Humoriste antisioniste franco-camerounais. Provocateur et diabolisé depuis dix ans par les médias et la sphère politique francophones ; condamné en justice à plusieurs reprises pour « antisémitisme et incitation à la haine raciale » sur plaintes des associations pro-israéliennes ; illégalement interdit de se produire en spectacle à Bruxelles. Depuis 2012, l’artiste controversé, dont la popularité dérange le pouvoir, refuse toute interview à la presse subventionnée. Hors la scène, il s’exprime via son site et ses vidéos dont deux ont été visionnées plus de deux millions de fois. En exclusivité, Dieudonné a accepté de répondre aux questions de FDC.

Femmesdechambre.be : Quel est votre sentiment face à l’agression récente d’un citoyen par un groupe d’individus « anti-quenelles » à Lyon ?

Dieudonné : J’attends de voir la réponse de la justice face à ces actes criminels et de séquestration. Je m’étonne également de voir que les six coupables présumés ont directement été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Je pense rencontrer la semaine prochaine la victime de ces agressions et voir comment l’aider à organiser sa défense. Parce qu’on est tous visés par ces agressions…

FDC : S’appuyant sur un extrait de Complément d’enquête (France 2) diffusé le 19 décembre, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a annoncé vouloir interdire vos spectacles qu’il qualifie de « réunion publiques »…

D. : Tout d’abord : je pars bientôt en tournée à travers la France. La seule possibilité pour le gouvernement d’interdire mes spectacles, c’est de faire passer une loi … une loi qui porterait peut-être mon nom : bon courage ! Je ne vois pas comment on interdirait à un citoyen de travailler ?! Après le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, qui m’a soumis à une imposition fiscale démentielle et tenté de faire saisir mon bien immobilier, c’est désormais Manuel Valls qui veut m’interdire de travailler. Soit me condamner à une peine de mort sociale! On verra … Soit ils interdisent ma tournée et on fera, comme d’habitude, casser cette interdiction avec un arrêté, à la suite duquel ils devront me rembourser. Avec l’argent public, celui des Français. Je ne crois pas qu’en temps de crise, cette perspective soit très judicieuse…

Le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls étudie « tous les moyens juridiques » pour interdire les spectacles de Dieudonné.

FDC : Valls et les médias vous accusent à nouveau d’antisémitisme pour vous être attaqué, dans votre dernier spectacle, au journaliste Patrick Cohen en évoquant les chambres à gaz

D. : Ici aussi, on attend la nature de la plainte… En réalité, il n’y a pas « d’affaire Cohen ». Juste un énorme bruit médiatique nourri par un amoncellement de mensonges. L’extrait de France 2 sur lequel se base cette histoire est frauduleux. L’objet du « délit » est un vol revendiqué d’images auquel ils font dire ce qu’ils veulent. J’ai confié l’affaire à mes avocats et ne vois pas comment je pourrais être condamné pour ça.

Nicolas Anelka « assume totalement son geste » en solidarité avec l’humoriste et s’estime « ni antisémite, ni raciste ».

FDC : Samedi passé, Nicolas Anelka a fait « une quenelle » après avoir marqué un but en championnat d’Angleterre, provoquant la colère de la ministre française des Sports comme la possibilité d’une sévère sanction à son encontre. Votre réaction ?

D. : Avant cela, il y a eu Jean-Marie Bigard qui a fait une quenelle. Dans un moment où il ne faut pas en faire. Ça m’a touché parce que, comme moi, c’est un laborieux, un agriculteur de l’humour. Mais cela faisait des années que j’attendais notre «Mohammed Ali français ». Le voilà : il s’appelle Nicolas Anelka … Il a dit qu’il avait fait cela par amitié à mon égard. Or, pour moi, Nicolas n’est pas un ami : c’est un frère ! Ce panache est aussi lié à son histoire antillaise. Ses arrières grands-parents doivent être très fiers de lui. Faire ce geste, en ce moment très précis, c’est tout simplement héroïque. Nicolas a toujours été un nègre marron et il a rendu leur fierté à ses ancêtres. C’est notre champion !

FDC : Pensiez-vous que la quenelle prendrait, à la fois, la tournure d’un phénomène populaire et serait désigné par les élites comme un « salut nazi inversé » ?

D. : Non, pas du tout. Au départ, en 2005, c’est un geste dans un sketch… Puis, la définition a évolué (rires) … Glisser une petite quenelle, c’est une sorte de bras d’honneur au système avec une dimension, heu … dans le cul, quoi ; carotte dans le cul. Bon, on parle d’une quenelle, donc c’est un peu mou, moins violent : le truc en lui-même n’est pas très agressif. Puis, il y a une première évolution où j’ai repris le geste durant la campagne de la liste antisioniste aux élections européennes de 2009. Ce n’était pas un signe de ralliement des antisionistes à ce moment-là, mais disons que c’était une virgule supplémentaire dans cette démarche antisioniste. Et puis, selon moi, il y a eu Romain … Je parle de ce jeune garçon de 17 ans atteint d’un cancer qui nous a quitté, il y a un an. Selon moi, c’est lui qui a donné la dimension qu’il fallait à ce geste de la quenelle. Avant de mourir, Romain a été approché par l’association Make a wish (« Fais un vœu », ndlr) censée réaliser le vœu d’enfants très malades. Romain leur a demandé à pouvoir me rencontrer et l’association a refusé. La mère de Romain a donc entrepris la démarche et j’ai rencontré son fils. Le peu de temps où nous avons communiqué ensemble et partagé des moments sur scène restent gravés dans mon esprit. Lorsqu’il a fait cette quenelle devant le scanner de l’hôpital à l’adresse de l’Institution médicale, pour moi, c’était vraiment le panache. Il a apporté à la quenelle une dimension héroïque. Face à la mort et face à la peur, eh bien : quenelle !

FDC : Ce temps passé avec Romain intervient donc avant « la diffusion virale » de la quenelle, pour reprendre l’expression médicale des médias ?

D. : Oui, tout à fait. A l’époque je l’expliquais déjà comme cela : de mon esprit est sortie une expression et la meilleure définition que l’on peut en donner, c’est celle qu’en a donné Romain.

FDC : Il y a plusieurs facteurs d’explication à l’apparition d’un phénomène. Est-ce la crise socioéconomique qui radicalise une partie croissante des citoyens ou l’incompétence moralisatrice des gouvernants actuels qui explique le succès de la quenelle ?

D : Bon, moi, je suis un humoriste … On essaye de politiser à outrance mon discours alors que l’essentiel de mon temps, je le passe à faire rire les autres. Je vais donc essayer de limiter mon analyse à ce que je connais : c’est-à-dire que je prends le pouls de cette société dans les salles de spectacle. Je vois les sujets sur lesquels le public réagit, aime rebondir, les tabous qui sont en train de sauter. Nous sommes dans une société qui se libère d’un poids et, effectivement, la crise pousse l’opinion publique à une sorte d’appétit pour la subversion. Il y a un esprit subversif très vivant en ce moment. Et puis, cette vie qui est difficile, dans le travail, dans l’économie, fait que les gens ont besoin d’espace, d’oxygène, de sensations de liberté. Je pense que la quenelle leur apporte ça : c’est un acte subversif qui libère. C’est un peu l’émancipation de l’esclave qui veut sortir du jeu.

Au-delà même de la crise économique, je pense que les dirigeants n’avaient pas vu la gravité de la crise de confiance. A partir du moment où vous persistez à jouer un jeu auquel les gens ne veulent plus jouer, ils n’y croient plus. Il faut inventer un autre jeu. La République et la démocratie se sont construites avec le temps. Il a fallu y croire, partager avec un maximum de gens cette utopie qu’était la démocratie. Pour un petit nombre, elle est devenue réalité mais pour beaucoup, elle ne l’a jamais été. Aujourd’hui, ce système est en crise. Personnellement, je pense que la démocratie n’a jamais existé mais ceux qui en profitent grassement n’arrivent plus à nous faire croire que ce projet est réalisable tel quel …

FDC : Dans le film « Est-il permis de débattre avec Dieudonné ? » (2009), vous espériez « une révolution » : s’en approche-t-on aujourd’hui ?

D. : Oui, mais cette révolution ne viendra pas de ce système qui est complètement fermé. Prenons simplement le vote électronique que vous avez aussi en Belgique : il faut avoir une foi indestructible dans le ministère de l’Intérieur pour croire en la démocratie, puisque c’est ce ministère qui se charge du dépouillement virtuel. Cela n’a plus aucun sens ! Il faudrait avoir confiance. Or, nous sommes dans une période de doute absolu … Donc, cette histoire de vote électronique, il faut arrêter ça et revenir au moins au dépouillement manuel. Pour que les gens raccrochent un peu… Je pense que malheureusement ce n’est pas l’objectif. L’objectif de ceux qui nous dirigent, c’est de tenir en force ou peut-être ont-ils anticipé ce qui est train de se passer et que, finalement, cette crise sert une sorte de « guerre civile » qui leur profiterait ? En fait, la révolution, c’est Internet ! Lorsque Roger Cukierman (président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France, ndlr) essaye de m’interdire de communiquer sur Internet, on sent bien que c’est par là que ça se passe. C’est par la toile que des millions de gens vont se rassembler et puis vont mener des actions de résistance. La révolution ? Oui, on s’en rapproche… J’ignore si on peut les qualifier de « révolutionnaires », mais on a vu qu’au départ des printemps arabes, il y avait les réseaux sociaux. La France et l’Europe n’échapperont pas à cette libération-là. En tout cas, j’y crois !

FDC : Dans le même film, vous estimiez que « les médias travaillent à leur propre disparition ». Vous persistez aujourd’hui ?

D. : Oui, il n’étaient déjà pas en forme en 2009, mais alors aujourd’hui … Je suis certainement un élément révélateur : il y a quelques années mes vidéos postées sur Youtube faisaient 100.000 ou 200.000 vues ; aujourd’hui, on dépasse le million voire plus de deux millions. En termes de visibilité, je dépasse donc certaines émissions du service public. Ce qui est amusant d’ailleurs, car les responsables de ces émissions viennent désormais me voir pour me proposer de faire des choses (rire). Encore dernièrement, c’était Complément d’enquête (France 2). Je leur ai répondu ceci : « Venez avec vos caméras et moi, j’aurais les miennes. Vous me posez les questions que vous voulez ; moi, je vous pose les questions que je veux et puis : chacun fait son programme !». Évidemment, ils ont refusé. En conséquence, j’ai décliné toute interview et leur ai interdit l’accès à mon théâtre. Mais les responsables de ce média traditionnel ont quand même envoyé leurs journalistes filmer mon spectacle en cachette. Ils se sont fait passer pour des spectateurs, ont payé leur billet pour mieux voler des images et les recéler. Donc, j’ai mis mes avocats sur le coup et j’ai déposé plainte … Non seulement ces médias de l’ancien système s’effondrent mais en plus, ils sont fiers de leurs méthodes de voyous. Si je faisais la moitié du quart de ce que fait France 2 en volant des images, j’aurais déjà le parquet de Paris sur le dos !

A l’instar d’un sondage de l’hebdo Le Point, les résultats du quotidien Le Parisien dégage une nette majorité désapprouvant l’éventuelle interdiction des spectacles de Dieudonné.

FDC : De 2003 à 2012, vous acceptiez les demandes d’interviews des médias traditionnels: désormais, vous refusez de parler aux journalistes français ?

D. : Oui, je n’ai plus aucun intérêt à les aider dans leur entreprise. Mes salles de spectacle sont pleines ; je communique avec des millions de personnes grâce à d’autres réseaux. Pour moi, ils n’existent plus : je n’ai aucune raison de collaborer avec eux. Donc, quand ils viennent me voir, ils passent au guichet comme les autres. C’est 35 € la place ou moins, ça dépend s’ils ont une réduction : à priori, ils ne sont pas encore chômeurs, mais ils pourraient le devenir assez rapidement …

C’est vrai qu’ils n’apprécient pas trop ma façon de voir le journalisme parce que, selon moi, le seul journalisme qui vaille aujourd’hui est celui d’Internet. Il faut évidemment le professionnaliser pour qu’il devienne une activité normale et rentable pour ceux qui fournissent ce travail. C’est en train de se mettre en place même si c’est un peu long. Lorsque cet objectif sera atteint, je pense que ça va libérer beaucoup de journalistes du joug de ces rédacteurs en chef qui ne sont que des marionnettes du système en place.

A l’image de Benoît Duquesne, le rédacteur en chef de Complément d’enquête. Je l’ai eu au téléphone pendant environ 30 minutes, avant la diffusion de son émission (le 19 décembre, ndlr). Il m’a dit qu’il voulait bien m’inviter en plateau. Ce à quoi j’ai répondu : « Tout ce qui est montage ne m’intéresse pas ». Si ce n’est pas en direct, je n’y vais pas ! Ou alors, c’est la réciprocité : ils me filment ; mes caméras les filment et puis chacun fait son émission. Duquesne m’a alors dispensé « une leçon de journalisme, d’honnêteté et d’intégrité ». A la fin, je lui demande quel est mon intérêt de passer dans son émission ? Là, il me répond : « Eh bien, vous passerez dans une émission de qualité. C’est vrai que vous n’avez pas besoin de nous, Dieudonné – j’en suis parfaitement conscient ! -, mais il s’agit quand même d’une émission qui possède une aura de prestige et de sérieux dans sa réalisation » …

Il a donc essayé de se faire le commercial de son imposture. Non seulement, cet homme est un menteur mais il ignore qu’il appartient à un système en train de disparaître. Il est obligé, pour exister, d’envoyer une de ses équipes dans mon théâtre afin de voler des images parce que l’opinion publique se trouve là ! Elle ne le regarde plus ! En me mentant de manière outrancière au téléphone, en venant chaparder quelques images, l’attitude de cet homme est hallucinante.

Sans doute que Duquesne a l’impression d’avoir fabriqué un message, d’avoir répondu à une commande, mais comme d’habitude, ça va se retourner contre eux. Sur le propre site de l’émission, la plupart des internautes l’insultent, lui et ses journalistes … Ils ont tellement quitté le sens de la réalité ; ils sont sur le terrain du mensonge et ne retrouvent plus leur chemin.

Après la représentation de Foxtrot à Saint-Etienne, le quotidien Le Progrès a vu dans ce spectacle « un résultat d’une richesse incontestable, portée par une maîtrise du rythme, des mots et de la scène ».

FDC : En parlant d’insultes : avez-vous des nouvelles de notre compatriote Myriam Leroy?

D. : Pour ce qui est du spectacle humoristique, le public est derrière moi. Sans publicité, sans promotion, je remplis autant que les stars du système du show-business. Sur un plan purement professionnel, c’est se tirer une balle dans le pied que de m’en mettre une. Alors, la pauvre Myriam Leroy… La « stagiaire » qu’on envoie au front : je ne lui ai rien demandé. Bon, j’ai tenté d’être le plus délicat possible, même si … je devais lui balancer une petite crotte de nez dans sa face parce qu’elle s’était lâchée. Elle a voulu se frotter au jeu de l’humour et c’est un métier qui est quand même difficile. Cela fait presque trois dizaines d’années que je le pratique et je dois dire qu’elle aurait dû être plus prudente dans son approche. La scène, jouer dans des autocars, dans des champs, pendant des années, c’est une expérience qu’elle n’a pas … Parce qu’elle avait intégré une enseigne, Canal +, elle a cru qu’elle pouvait se permettre un tas de choses : elle a été rattrapée par la réalité ! Elle s’est aperçue qu’elle n’avait pas le niveau nécessaire pour pouvoir amuser sur un sujet qui est drôle, certes, mais il faut aussi avoir le talent pour le mettre en scène. C’était très très lamentable ce qu’elle a pu faire et je crois qu’elle doit le regretter aujourd’hui.

FDC : Estimez-vous être un « pionnier » dans votre secteur : soit un artiste qui, par son travail et Internet, peut vivre de son art sans passer par la médiatisation positive des médias ?

D : Je m’aperçois de cela … Le système avait organisé quelques défenses qui aboutissaient, d’une certaine façon, à une séparation entre le monde du sérieux et celui de la dérision. Il y a d’abord eu Coluche qui a fait un peu trembler le premier monde. De par son investissement dans le champ politique qui a suscité un engouement. Malgré qu’il était complètement encadré par le système, Coluche a eu envie de s’amuser à un moment donné et il leur a fait peur… Après lui, se sont ouvertes les vannes du one-man-show, du spectacle humoristique et d’autres artistes ont pu s’exprimer. La grande différence avec Coluche et Desproges, c’est que je n’aurais pas « leur distanciation ». C’est ce que m’a reproché le dernier juge que j’ai vu. Ce magistrat à qui je faisais visiblement peur me parlait ensuite de « distanciation » (rire). Oui, au plus profond de lui-même, cet homme a peur de ce qui est en train de se passer et, effectivement, certaines personnes ont peur de moi…

Mais pour revenir à votre question, les tenants du système n’avaient pas vu que la sacralité du sérieux allait fondre comme neige au soleil, qu’allait apparaître une expression de la vérité qu’ils ne maîtrisaient absolument pas : l’humour. Drapés dans une posture historique, scientifique, professorale, ils nous expliquent qu’ils ont raison, que ce sont des gens sérieux et que le reste n’est que bouffonnerie. En fait, Ils n’ont pas vu que par la bouffonnerie arrivait l’expression de la vérité. Contre laquelle ils n’ont pas d’armes parce qu’ils ne sont pas drôles et n’arrivent pas à l’être. Souvent , certains disent : « la quenelle, ce n’est pas drôle : c’est vulgaire ! ». Or, d’une part, la vulgarité n’est pas le problème, d’autre part, pour certains comme Romain, la quenelle, c’est quelque chose de fort, de mystique. Contre ça, ils n’ont pas d’armes.

La grossièreté, c’est eux. La vraie vulgarité, aujourd’hui, elle est en cols blancs et cravates. Elle parle bien, avec des mots ampoulés, parfaitement ciselés, mais il n’y a que du caca qui sort de ces idées. C’est-à-dire la supercherie, le mensonge, le vol, l’escroquerie. Ils ont un Dieu : l’argent. Et leur objectif est d’intégrer une sphère, une élite richissime, vivre entre eux tout en continuant à exploiter une partie de la population. Mais ils n’avaient pas anticipé la force du rire : la quenelle est un phénomène qui vient du rire, de la bouffonnerie. Même si c’est « je te la mets dans le cul », la quenelle ne sera jamais plus vulgaire que le discours de François Hollande, de Nicolas Sarkozy ou de ceux d’avant et de ceux d’après. La vraie vulgarité est démasquée par cette vulgarité potache et ils sont piégés.

FDC : Dans votre dernier spectacle, vous déconseillez pourtant à votre fils d’entreprendre une carrière d’humoriste ; vous dites que « l’humour n’a plus d’avenir » et que vous vous « y employez tous les jours » …

D. : Je pense qu’à un moment donné lorsque le rire se rapproche du soleil de la vérité, eh bien, celui-ci illumine … Je parlais de Coluche, qui a carrément amené l’humour aux élections présidentielles ; moi, dans ce bâton de relais qu’on se donne, j’amène le rire jusqu’aux portes de la raison. C’est-à-dire que « nous » sommes la raison et « le sérieux » n’était pas raisonnable. Ceux qui le représentent n’étaient pas raisonnables, regardez où ils nous ont conduit ; avec leurs règles et leurs dogmes extrêmement sérieux, regardez ce qu’ils ont fait de nous … Tout se recoupe, notamment lorsqu’on discute avec des gens qui ont la foi, je pense que Jésus comme le Prophète de l’Islam avaient de l’humour. C’était des hommes qui souriaient. Des personnes qui avaient une paix intérieure qui leur permettait d’avoir un sourire permanent sur la vie et sur les gens. Ce sourire est l’origine du rire. Même si le rire est une outrance, une forme un peu excessive du sourire. Quand je dis à mon fils que « c’est bientôt fini », j’estime qu’on va passer du rire au sourire. Et on va enfin, tous ensemble, sourire sur ce qui est vrai et ce qui est faux.

FDC : Depuis dix ans, vous avez connu divers détracteurs, y compris violents, qui vous ont agressé ainsi que certains de vos spectateurs et récemment votre régisseur Jacky. Aujourd’hui, des hackers ont piraté votre site, divulgué l’identité et les coordonnées des abonnés comme des personnes qui vous ont envoyé leurs photos de « quenelles » … Votre sentiment là-dessus ?

D. : J’ai effectivement eu droit à tout l’éventail des pressions possibles. On s’en est pris à moi verbalement, physiquement, médiatiquement, politiquement, judiciairement et fiscalement. Ici, avec ces hackers, l’idée est de faire peur aux gens qui pourraient adhérer au mouvement de pensées que je sers, qui m’anime et pour lequel je travaille. Je crois qu’ils se trompent. Après m’avoir diabolisé, ils vont tenter de diaboliser les gens qui, comme moi, ont décidé de se libérer. Puisque, sur le terrain du raisonnement, ils n’ont plus aucun argument : ils ressortent les fouets ! En fait, les esclavagistes et leurs sbires retrouvent leur nature. Ils étaient parvenus à nous faire croire que l’esclavage n’existait plus : on étaient devenus de sages consommateurs. Puis, on s’est dit : « on va rire, quand même ». Ils nous ont répondu : « Non, on ne peut plus rire ! ». Alors, on s’est dit : « la vie ne mérite pas d’être vécue sans le rire » et donc, nous, on va continuer à rire. La quenelle est devenu notre signe de ralliement et on s’évade de notre « champs de cannes à sucre »; à savoir, ce champs de la pensée dans lequel on nous avait enfermé. Alors, évidemment, ils vont rattraper quelques esclaves et les punir. Comme ils m’ont puni. Je leur ai craché à la gueule et continuerai à le faire. D’autres feront pareil, d’autres abandonneront et il y en a qui diront : « pardon, maître ! »…

Même en Suisse, deux pompiers genevois ont fait l’objet d’une enquête pour avoir effectuer « la provoc qui ne passe pas ».

FDC : Que dites-vous à ces citoyens qui ont peur, à ceux qui ont déjà perdu leur travail pour avoir été pris en photo en train de faire « une quenelle » ?

D. : Vous êtes des héros ! Voilà ce que je leur dis. Vous êtes en train d’écrire l’Histoire et cela ne se fait pas sans certaines pressions. Les résistants français ont éprouvé les mêmes techniques de délation et, pour eux, ça pouvait se terminer de façon beaucoup plus dramatique … Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, nous a prévenu de ce qu’il allait mettre en œuvre. On essaye de nous faire croire que nous avons affaire à de petits pirates. Or, un hacker isolé n’a pas accès à France Info et n’y parle pas avec une voix cryptée ! Si les Autorités, notamment le parquet de Paris, faisaient réellement leur travail, ce délinquant serait déjà intercepté pour avoir commis un acte totalement illégal. Le hacking, c’est du cambriolage, du vol de données ! Mais non, on voit que c’est tout le contraire qui se passe … Attendons un petit peu : on va voir si ce hacker ne va pas être invité chez Drucker, se présenter aux élections ou encore devenir ministre de la Communication (rire). En réalité, c’est la politique israélienne qui donne le « la ». On est dans une société qui se cale sur un racisme officiel et revendiqué issu de « la seule démocratie du Moyen-Orient ». On l’a bien vu avec François Hollande qui est allé se prosterner et s’agenouiller là-bas… A partir du moment où Israël définit une « démocratie » plus dure, plus violente, avec un peuple qui doit rester sur cette terre et un autre qui doit disparaître, cela doit s’appliquer ici, en France…

FDC : Vous avez récemment déposé la marque de « la quenelle » et…

D. : Non, c’est une déformation mensongère relayée partout, encore une fois à dessein. A l’origine, la quenelle est un plat traditionnel français. Déposer ce terme n’a donc pas plus de sens que de déposer les mots « crêpes » ou « choucroute ». Par contre, lorsque vous voulez déposer un projet à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle, ndlr) ce qui est effectivement mon cas, vous avez une liste d’une trentaine de catégories. Notre équipe a déposé deux projets bien précis sous deux de ces catégories. Et si vous ne faites pas ce dépôt vous ne pouvez pas réaliser votre projet… Mais le mot « quenelle » n’ a pas été déposé comme marque : c’est impossible, ça n’a pas sens et ne veut rien dire.

FDC : Dans une de vos vidéos, vous avez affirmé : « La quenelle me dépasse ; elle ne m’appartient plus ». Ensuite, la presse annonce que vous auriez déposé le mot dans un but commercial : aucun démenti de votre part. Beaucoup y ont vu une contradiction sinon un double discours …

D. : Non, non, il y aura une belle surprise… Mais on attend début 2014. Là, vous en saurez plus. Bon, on a déposé les termes « Quenelle + ». Ce sera le titre d’une émission que je vais animer et vous aurez la surprise de découvrir où et sur quel support. Pour le second projet, c’est également très drôle, ça devrait bien fonctionner et plaire à pas mal de gens. Patience : en 2014, vous en saurez plus …

En réalité, autour de ce dépôt, il y a eu une volonté d’essayer de ternir la dynamique de la quenelle. En n’en réduisant les motivations à une question d’argent. Là-dessus, je suis assez à l’aise : si j’avais vraiment voulu gagner beaucoup d’argent, j’aurais fait comme Gad Elmaleh ou Dany Boon

L’argent n’a jamais été le moteur de mon travail. C’est amusant de voir les marchands du temple essayer de me discréditer ou de me salir en parlant d’argent, de leur argent … C’est un problème schizophrénique : Dieudonné est comme eux : « Il aime l’argent !» et à la fois : « Il vaut casser la société et le système !» … Faudrait savoir (rire) ?! Si je voulais être un chef d’entreprise, spéculer au Cac 40 et être un « fou du fric », je serais alors « respectable », me semble-t-il ? Non, si je ne suis pas respectable à leurs yeux – ce que je peux tout à fait comprendre -, c’est justement parce que l’argent n’a aucune valeur pour moi. Attention : je ne suis pas stupide et sais m’en servir ! Mais je n’ai jamais été le serviteur de cette chose.

Le fameux « mur des cons » épinglant des personnalités (dont l’humoriste entouré en rouge) dans le hall du Syndicat de la magistrature de Paris.

FDC : Vous en êtes à six condamnations judiciaires. Le Monde estime que vous ne payerez probablement pas vos amendes, car vous voulez aller en prison : vous confirmez ?

D. : Oui, je veux y aller ! Ces procès n’ont pas de sens de toute façon … Je me souviens d’une phrase d’Alain Jakubowicz (président de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme, ndlr) qui avait dit lors d’un de mes procès : « De toute façon, les médias l’ont condamné : la justice devra suivre ! ». Pour lui, c’est clair : ce sont les médias qui jugent et déterminent. La pression qui est mise sur les magistrats est énorme. En outre, tous ceux qui me jugent à Paris appartiennent au Syndicat de la magistrature. Or, l’année dernière, un journaliste a divulgué que dans le hall de ce Syndicat existait un « mur des cons » où, entre autres, il y avait ma photo dessus ! Je suis donc jugé par des personnes qui appartiennent à un Syndicat où ma photo est épinglée sur un « mur des cons » : c’est un peu étonnant en termes d’objectivité et de neutralité…

FDC : Depuis dix ans, vous êtes accusé de racisme anti-juifs : où en êtes-vous aujourd’hui avec le racisme ? Voulez-vous encore le combattre ou seulement en rire ?

D. : Le racisme est aujourd’hui un argument politique. Moi, j’ai une mère bretonne, un père camerounais, une femme blanche et des enfants de toutes les couleurs. Le concept de races m’est quand même particulièrement étranger. Mais d’accord : je peux être considéré comme « raciste » par certaines personnes. Alors, envers qui serais-je « raciste » ? En fait, selon ces gens, je serais plutôt antisémite, j’aurais une haine particulière envers des gens qui seraient adeptes du Judaïsme, je serais donc très critique à l’endroit d’une religion ? C’est vrai que je suis très critique sur la notion de « peuple élu » mais je n’en veux pas aux adeptes de cette religion. Je dis simplement que je suis très critique sur cette façon de voir : c’est une très mauvaise façon d’avancer ensemble ! Et le communautarisme exacerbé me paraît dangereux. Lorsque ces deux notions mises bout à bout donnent le Crif (Conseil Représentatif des Institutions juives de France, ndlr), on a une France qui … Je pense que c’est important de combattre le communautarisme ! Et si l’on vous considère comme « raciste » parce que vous vous attaquez au communautarisme, eh bien, tant pis ! Ce qui ne signifie pas que je développe des raisonnements fondés sur une crainte des personnes qui ont les yeux plissés, le nez pointu ou les cheveux roux. Non, profondément ! Je ne raisonne pas comme ça.

FDC : Beaucoup – dont votre ex-collaborateur Ahmed Moualek – s’interrogent ou fustigent votre compagnonnage avec Alain Soral, polémiste racialiste : que fait Dieudonné avec Soral ?

D. : Oui, on a fait un bout de chemin ensemble et nous sommes encore côte à côte. C’est une rencontre qui date d’une dizaine d’années. Il ne m’a personnellement jamais déçu et a toujours été un homme de parole, d’honneur. Nous venons d’univers très différents, comme il l’a dit récemment dans une vidéo (BFMTV – ERTV). Nous ne sommes pas « amis » au sens où on va manger chez l’un ou chez l’autre. Néanmoins, nous participons chacun à écrire une page de l’histoire de ce pays…

FDC : Dans cette vidéo, Soral s’estime « Français de souche » et vous qualifie de « Français de branche »: ça ne vous dérange pas ?

D. : Tout se discute et je pense que le soleil passe par les branches… On est complémentaire et ça ne me dérange pas d’être vu comme un Français de branche.

FDC : Lorsque Soral fait cette distinction, il établit aussi une hiérarchisation…

D. : Si, dans son esprit, il y a une hiérarchisation, si c’est plus important d’être « de souche » que « de branche », c’est son problème ! Pour moi, ce n’est pas le cas : nous sommes complémentaires. Mais je dois dire que je suis aussi Camerounais. C’est comme ça. Mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père sont enterrés là-bas. J’ai la moitié de ma famille qui vit au Cameroun; j’aime y aller et m’y sens chez moi. Donc, cela ne me dérange pas de discuter avec des personnes qui me disent que je suis « Français de branche ». J’ai également des racines françaises profondes, bretonnes par ma mère. J’ai aussi des « souches » bretonnes…

FDC : Vous êtes donc Français « de souche » et « de branche » : pourquoi reprenez-vous ces qualificatifs inutiles, sauf pour ceux qui veulent établir une hiérarchie ?

D. : Oui, je suis de souche et de branche. Et je pense que cette expression de Soral amène effectivement un débat. Il serait là, on pourrait en parler… Je comprends en même temps : l’un de mes deux parents n’est pas Français et ce n’est pas un problème pour moi : c’est une grande richesse ! Sans cela, je n’aurais pas eu accès à ce peuple extraordinaire et merveilleux qu’est le peuple béti dont je suis l’enfant. Alors, quand Soral me qualifie de cette expression, il me rappelle que, oui, je suis : « Evratang enam M’Bala » ! Et ça me fait très plaisir.

FDC : Comment voulez-vous faire croire que vous n’êtes pas raciste en vous associant à un leader d’opinion qui a tenu des propos anti-juifs et négrophobes ?

D : En fait, sur Soral, il est important d’accepter l’idée qu’il est bon de ne plus s’opposer. Que ce soit « la souche » ou « la branche », ce qui compte, c’est l’arbre, c’est la France ! Avec ce que nous avons construit chacun dans notre spécialité, on a rassemblé un spectre plus large. Il est beaucoup plus compliqué de détruire ce que nous avons construit tous les deux que d’anéantir un individu, seul, avec une histoire. Tout est fait pour que chacun reste « chez soi » et il était plus facile de mettre Soral dans la case du « nazi » et moi dans celle de « l’islamo-bamboula ». Notre association nous a rendu plus forts contre cela. Et l’un et l’autre. Et a contribué à rendre plus forte cette révolution qui se met en marche… Il y a des gens qui continueront à penser qu’Alain est un raciste ou un racialiste. Comme du côté de Soral, il y a des personnes qui continueront à penser que je suis anti-blancs. Peu importe. Je crois qu’on a réussi à mettre en marche quelque chose. Dans un combat aussi important, il faut parvenir à faire abstraction de certaines différences et nous, on a réussi à le faire, à montrer que c’était possible.

FDC : Soral est aussi qualifié de « girouette ». Avant-hier, marxiste, hier au FN, antisioniste sur votre liste en 2009, il se dit aujourd’hui « national-socialiste », puis déclare que vous et lui êtes « la France Black-Blancs-Beurs » ; il a récupéré la quenelle durant des années mais veut aujourd’hui labelliser à son compte le « bras d’honneur », un geste « très français sans ambiguïté », pour « ne pas effrayer les juifs honnêtes du quotidien » … Difficile à suivre, non ?

D. : Une aventure est faite de rebondissements, de doutes, d’hésitations, mais on peut juger une personne sur l’entièreté du parcours. Et je pense qu’Alain fait partie de ces rares « Français de souche », comme il dit, à être monté sur la liste antisioniste de manière aussi frontale. Je n’en connais pas d’autres. Il a une histoire, certes, et a eu dans son environnement des gens qui pensent qu’il existe « une race noire inférieure » ; comme j’ai eu aussi dans mon environnement des gens qui pensent que « tous les blancs sont finalement des esclavagistes en puissance ». Or, il faut que tout le monde comprenne bien que notre émancipation, on la réalisera tous ensemble. C’est dans cette division que l’Empire et nos élites existent et perdurent. Il est donc très important de se rassembler. Malgré toutes les différences et les choses qui passent, ce qu’on a réussi à faire avec Alain, c’est quelque chose qui marquera l’Histoire. Parce que ce n’était pas dans le programme. Qu’on puisse se rencontrer, se parler et faire ce qu’on a fait : ce n’était pas écrit et on a réussi à le faire.

En avril 2013, à Rennes, 3000 personnes étaient venues acclamer l’humoriste controversé.

FDC : Que vous inspire le fait que Marine Le Pen (FN) a jugé que la quenelle n’était pas « une chose sérieuse » ?

D. : Je pense qu’elle répond de manière politique. Elle dirige une entreprise politique, c’est son activité professionnelle. Néanmoins, elle a fait les choses relativement proprement : c’est le « service minimum ». D’ailleurs, ça lui a été reproché, car il est de bon ton de condamner la quenelle, de manière claire et instantanée. Alors, remettre la quenelle dans le champ du burlesque et de l’humour, bon, c’est finalement l’origine du geste. Maintenant, je pourrais lui répondre : « Vous parlez de sérieux, Marine Le Pen, croyez-vous vraiment que les gens pensent que la politique est exercée par des gens sérieux ? Vous prennent-ils au sérieux ? Ou est le sérieux dans la société dans laquelle nous vivons ? ». Nous dire que la quenelle, ça n’est pas sérieux, certes, mais c’est assumé ! Mais vous, Marine Le Pen, votre parti et ce que vous faites, c’est sérieux ?

FDC : Par contre, avec certaines réserves, Tariq Ramadan soutient le geste qui, selon lui, signifie : « Cessez de nous prendre pour des imbéciles, nous ne nous laisserons ni manipuler ni faire ! »…

D. : Cela ne m’étonne pas. J’ai toujours eu un rapport très fraternel avec Tariq Ramadan. Il y a un lien qui dépasse le champ politique. Chez lui, il y a une compréhension de cette société qui est … Depuis toujours, il fait partie de ces personnes avec qui j’ai un excellent rapport, sans trop se parler, et même si les années passent avant qu’on ne se revoie. J’ai adoré sa définition de la quenelle qui, en même temps, lui correspond bien. Je vous parlais de celle de Romain, celle de Tariq me va. Mais ce n’est même plus à moi d’en juger. La quenelle, effectivement, ne m’appartient plus, de même que cette révolution : j’en suis un serviteur. Contrairement à ce que certains essayent de faire croire avec cette histoire de dépôt de marque, je ne suis pas un gourou ni un leader politique. D’une part, parce que je suis inéligible et, d’autre part, parce que je n’en ai aucune envie : je suis un humoriste !

FDC : Vous êtes inéligible ? Depuis quand et sur base de quel motif ?

D. : C’est tombé en mai dernier : je suis inéligible pour trois ans. On ne peut donc pas me dire que je suis un homme politique : je suis moins qu’un homme politique puisque je suis moins qu’un citoyen : je n’ai plus le droit de me présenter à une élection. Le Conseil constitutionnel a déclaré que je n’avais pas remis les comptes (de campagne de la liste antisioniste, ndlr) dans le délai autorisé. La réalité, c’est que la personne qui devait remettre les comptes est tombée malade et a été hospitalisée. Celle-ci n’a effectivement pas respecté les délais. L’usage veut qu’avec ce type d’excuse médicale, on accorde une certaine tolérance … Ici, non : c’était pratique de pouvoir se saisir de cet élément pour m’écarter du champ politique pour les trois prochaines années.

Selon Dieudonné, Mamadou Sakho, le buteur de la qualification de l’équipe de France pour le Mondial 2014, a bel et bien été « piégé » … Mais par le service de communication du footballeur.

FDC : Au lendemain de la qualification inattendue de l’équipe de France de foot pour la Coupe du monde 2014, grâce aux 2 buts de Mamadou Sakho devenu « héros national », vous avez diffusé une photo de ce joueur faisant avec vous une quenelle. D’aucuns estiment que vous avez instrumentalisé Sakho et l’avez, quelque part, « mis dans la merde » …

D. : Cette perception, c’est si l’on juge que je devrais prendre en considération le fait que je suis une personne justement diabolisée parce que dangereuse. Or, je ne me considère pas comme ça et Mamadou Sakho est venu amicalement voir mon spectacle – je ne lui ai pas demandé de le faire. Il vient ensuite amicalement me saluer dans ma loge. Et, de manière spontanée, on me demande à faire une photo avec lui et sa compagne. Et hop, on fait une quenelle ! Je ne sais même plus si c’est une idée collective ou si c’est Sakho qui l’a demandé. Mais tout cela s’est déroulé de façon spontanée et sans contraindre qui que ce soit. Comme avec Tony Parker, Teddy Riner et plein d’autres qui sont venus faire des quenelles dans ma loge ! Oui, Sakho est venu me voir et j’ai trouvé que ce n’était pas gênant de diffuser cette photo.

En plus, je viens d’apprendre aujourd’hui même (le 21 décembre 2013, ndlr) que c’est un service de communication qui a écrit « sa réponse » sur twitter : « Je me suis fait piéger ». Donc, ils ont parlé à la place de Mamadou Sakho ! Or, à l’évidence, Sakho ne s’est pas fait piéger et cette réponse est évidemment un problème. Qui dit « piégé » dit que Sakho ne savait pas qu’il faisait une quenelle, après avoir vu mon spectacle où je parle de ça pendant 1h20 …

Bref, si on vient après dans ma loge faire une quenelle avec moi, c’est en toute connaissance de cause. Aujourd’hui, je crois comprendre qu’il a bien été piégé, mais pas par moi : par son service de communication… Je lui souhaite maintenant de devenir un excellent sportif. À la fois sur le plan technique et du jeu – comme c’est le cas actuellement – mais également dans la vie, sur le plan des valeurs. Il a aussi un rôle à jouer dans l’émancipation de tous ces gens qui réclament justice et vérité. Mais lui plus que d’autres. Parce que cela m’a été rapporté, beaucoup, dans son environnement, lui ont dit : « Mais non, Mamadou, tu ne t’es pas fait piéger : on fait tous la quenelle à la maison ! Et chez toi ? On ne fait pas la quenelle ? ». Ben évidemment, chez Mamadou, à la maison, on fait tous la quenelle, je sais ! (rire). Il faut désormais qu’il devienne plus imperméable aux pressions, tout en restant ce sportif de très haut niveau…

Le 7 novembre 2013, le quotidien belge La Dernière Heure annonçait l’abandon par le parquet de Bruxelles des poursuites contre Dieudonné pour « propos antisémites et incitation à la haine raciale ».

FDC : La dernière fois que vous êtes venu à Bruxelles, il y avait 200 policiers pour censurer manu militari votre spectacle, sur ordre du Bourgmestre de l’époque, Freddy Thielemans … Où en est le dossier judiciaire ?

D. : Mes avocats belges, Me Courtoy et Me Laquais ont fait un excellent travail ! La dernière étape remarquée de ce dossier fût l’abandon des poursuites contre moi par le parquet de Bruxelles. Mais bien sûr : aucun article en France ! Néanmoins, c’est une affaire qui risque de devenir une affaire d’État. Lorsqu’on va s’apercevoir que l’action de la police était illégale, il va falloir des responsables. Qui a donné cet ordre illégal ? Comment ? Pourquoi ? Soit les motivations précises de cette action de censure. Pour les Belges, ça va être un débat important et intéressant de société.

FDC : Allez-vous revenir vous produire à Bruxelles ?

D. : On va tout faire pour revenir jouer en 2014 … C’est toujours un problème de censure et de pressions. C’est uniquement ça ! Autrement, je serais déjà revenu jouer depuis longtemps. C’est un des publics que j’adore et c’est à côté de Paris, en plus…

FDC : Au niveau idéologique et politique, avez-vous conscience que vous ne pouvez l’emporter dans le rapport de force avec les lobbies français pro-israéliens (Licra, Crif, AIPAC) et l’État d’Israël ?

D. : Il est clair que, sur papier, le combat pour l’émancipation de l’esclave est un combat perdu d’avance. Mais c’est la raison pour laquelle il doit être mené ! Peu importe : le but, c’est l’état d’esprit dans lequel on accomplit le parcours. Il s’agit de se libérer. Même si la libération intervient quelques générations plus tard. Au moins, on se sera inscrit dans ce chemin-là.

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