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Guerre aux migrants et aux migrations

par Sam La Touch 16 Décembre 2013, 13:24 Articles de Sam La Touch Migrants Migrations Guerre Italie

Guerre aux migrants et aux migrations
Guerre aux migrants et aux migrations
Par Antonio Mazzeo InContropiano

Traduction Segesta

Un acte de guerre où rien n'a été laissé au hasard. Son nom, Opération Mare Nostrum, indique la totale souveraineté sur une surface d'eau qui marque la frontière Nord-Sud, mur infranchissable pour la multitude des déshérités en fuite de conflits sanglants et de catastrophes environnementales inouïes. Ensuite le Commandement opérationnel, attribué au Chef d'Etat-Major de la Marine militaire. Les moyens de l'aéronautique navale employés : bombardiers, hélicoptères de combat, navires de débarquement, frégates, sous-marins et à bord, les unités d'élite des forces armées.

L'Italie refait la guerre aux migrations et aux migrants en Méditerranée, tout en exploitant et en instrumentalisant la tragédie qui a eu lieu à quelques milles de Lampedusa le 3 octobre 2013. 364 hommes, femmes et enfants y trouvèrent la mort sans que l'imposant dispositif aéronaval national, de l'UE, de l'OTAN et extérieur à l'OTAN qui président toute surface marine, n'eussent absolument rien fait pour secourir les naufragés.

Le gouvernement et l'Etat Major de la Défense l'ont hypocritement appelée une opération militaire et humanitaire, dépoussiérant l'expression employée à justifier les actions de la guerre en Bosnie, au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Corne d'Afrique, et permettant de contourner la Constitution et le bon sens. " Est prévu le renforcement du dispositif italien de surveillance et de sauvetage en haute mer déjà présents, visant à accroître le niveau de sécurité de la vie humaine et le contrôle des flux migratoires ", énonce le tortueux communiqué officiel de la Présidence du Conseil, tout en mélangeant des improbables intentions solidaristes et les immanquables logiques sécuritaires et répressives.

Les tâches et les fonctions attribuées aux forces armées restent floues ; les règles d'engagement sont volontairement inexistantes, contrairement à la liste très détaillée des dispositifs mortifères visant à rendre la Méditerranée "hors limites". Dans l'opération Mare Mostrum sont présentes presque tous les productions les plus sophistiquées du complexe militaro-industriel du "système Italia". Entre en scène sur le front anti-immigrés le " San Marco ", navire d'assaut amphibie LPD de 133 mètres de long qui, comme l'a expliqué le ministre de la Défense Mario Mauro, a la " capacité d'exercer le commandement et le contrôle en mer de l'ensemble du dispositif, avec des hélicoptères à large rayon, une capacité de soins d'urgence, de grands espaces d'accueil pour les naufragés et un bassin extensible pour opérer avec des Zodiacs (canots pneumatiques) en haute mer ". Ainsi que deux frégates lance-missiles de classe " Maestrale ", chacune avec 225 hommes et un hélicoptère à bord ; une unité de transport littoral, classe " Gorgona " pour le soutien logistique ; deux navires de patrouille de navigation au large classe " Commandants / Constellations ", deux corvettes " Minerva ".

Les moyens aériens sont plus articulés : deux hélicoptères EH.101 de la Marine militaire équipés d'instruments optiques à rayons infrarouges et radars de recherche de surface, à embarquer sur le " San Marco " ou à déployer dans les escales de Lampédouse et Pantelleria ; quatre hélicoptères AB 212 AS, encore de la Marine, arrivés à Lampédouse après avoir été l'objet d' inutiles opérations de désamiantage dans les établissements de Grottaglie (Taranto) et de Catane ; un avion Piaggio P-180 avec des lunettes de vision de nuit, également utilisable par l'aéroport de Lampédouse ; un bi-moteur Breguet 1150 "Atlantic" du 41ème Escadron de l'Armée de l'air de Sigonella, avec des équipages mixtes Armée de l'air-Marine, pour patrouiller les zones maritimes concernées ; deux hélicoptères HH-3F et HH-139 SAR ( Search and Rescue) du 15ème Escadron Aéronautique de Cervia (Ravenna), les seuls moyens qui disposent d'évidentes fonctions de recherche et de sauvetage en mer en cas d'accident. Entre les équipes et le soutien au sol, la nouvelle croisade anti-immigrés compte sur 1500 militaires, parmi lesquels émergent en particulier ceux de l'intervention d'urgence de la Brigade " San Marco ", indiquée par le Commandement de la Marine comme « un outil très efficace, capable de se redéployer rapidement et d'opérer partout dans le monde, en particulier en ce qui concerne les activités d'interdiction maritime, l'anti-piraterie et la défense des installations sensibles. "

Pour l'opération Mare Nostrum sont employés même des Réseaux radar de la Garde Côtière et la Gendarmerie, les Stations du Système d'Identification Automatique de la Marine et, pour la première fois dans l'histoire des opérations de surveillance des frontières, même un avion sans pilote " MQ Reaper 9 " du 32ème Escadron de l'Armée de l'Air Amendola (Foggia). Ce dernier n'est rien d'autre que l'un des drones espions déjà utilisés par l'Italie dans les guerres en Irak, en Libye et en Afghanistan (seulement dans ce dernier conflit le Reaper a déjà totalisé 1 300 sorties depuis 2007 en faveur des forces de l'OTAN contre plus de 6000 cibles). Le drone peut voler jusqu'à 8000 mètres au dessus du niveau de la mer pendant plus de 20 heures consécutives, permettant de réaliser des prises électro-optiques, à infrarouge et radar. Selon le ministère de la Défense, le drone utilisé dans Mare Nostrum " effectue la surveillance aérienne dans le double but de sauver des vies humaines en danger et d'identifier les navires-mères, utilisés par les passeurs. "

" Bien que la mission annoncée ait été définie humanitaire et de secours, la composition de l'instrument aéronaval mis à disposition soulève une certaine méfiance ", a noté Il Sole 24 Ore (quotidien d'économie). En particulier, le journal de la Confindustria (le Medef italien) met l'accent sur les caractéristiques des unités navales de débarquement et des frégates lance-missiles, peu utilisables dans les opérations de secours en cas de naufrage. " Il s'agit de navires de plus de 3000 tonnes, lourdement armés, avec peu d'espace à bord pour accueillir les naufragés et très coûteux ", ajoute Il Sole 24 Ore, en remarquant plutôt comment ces unités permettent des actions militaires plus complexes, " peut-être à coordonner avec la gouvernement libyen ". Même le déploiement de drones et de la " San Marco " répondrait au but stratégique de contribuer au dispositif de «containment» libyen des bateaux de migrants. " Grâce à leur autonomie de vol les drones peuvent surveiller en permanence les ports de départ des barges permettant aux navires militaires de les atteindre juste à l'extérieur des eaux libyennes ", explique Il Sole 24 Ore " Le navire " San Marco " accueille également des moyens de débarquement et des fusiliers de la Marine : des moyens et des troupes entraînés à re-accompagner en sécurité sur les côtes libyennes, des immigrés récupérés en mer sous l'escorte dissuasive des frégates lance-missiles. "

Encore plus explicite l'analyse de l'ancien chef d'Etat Major de l' Armée de l'Air Leonardo Tricarico, nouveau président de la Fondation ICSA (il a remplacé le sénateur Marco Minniti du Parti Démocratique après sa nomination comme sous-secrétaire à la Présidence du Conseil des Ministres et à l'autorité déléguée à sécurité de la République). " Sur le plan technico-opérationnel, il faudrait viser à un robuste pas diplomatique avec les pays riverains afin que les drones, au lieu d'être utilisés dans une recherche sans but en haute mer (ce ne sont pas des moyens de surveillance d'aire), soient utilisés pour patrouiller les côtes libyennes, pour identifier de manière précoce les activités préparatoires à l'embarquement et les arrêter à temps ", écrit le général Tricarico. " En fin de compte, avec la Libye, des activités de coopération ont déjà été entreprises, il y a déjà un contrat opérationnel pour le contrôle de la frontière sud, un plan italien de contrôle des frontières terrestres et maritimes a été déjà formellement accepté, nous sommes en train d'entraîner depuis plusieurs mois leurs forces de la sécurité. " La revue spécialisée Analisi Difesa, proche des milieux les plus conservateurs des forces armées, a fait une allusion explicite à la très récente signature des accords des forces armées italiennes et du Ministre Ali Zeidan pour renforcer la présence de la police dans les villes côtières de la Libye et " prévenir de nouveaux départs" de migrants. " L' objectif de ramener en Libye les bateaux, de les bloquer dès qu'ils quittent la côte nord-africaine - écrit Analisi Difesa - justifierait la présence de navires de guerre tels que le " Maestrale " (utiles à exprimer la dissuasion contre les milices libyennes armées jusqu'aux dents) et la " San Marco ".

Par conséquent, certains juristes et associations anti-racistes et de défense des droits de l'homme ont exprimé le soupçon que avec l'opération Mare Nostrum, des déportations de migrants et de demandeurs d'asile puissent se répéter et s'amplifier, telles qu'elles furent exécutées il y a quelques années par les pays de l'OTAN en accord avec les autorités du gouvernement libyen. En vérité, après le lancement par le gouvernement Letta, de l'opération militaro-humanitaire, même le ministre Angelino Alfano a admis que les migrants arrêtés en mer par les unités de la Marine et la Force aérienne pourraient être " débarqués " dans certains ports sûrs du sud de la Méditerranée. " Il existe des règles de droit international de la navigation et il n'est pas dit que si un navire italien intervient, il conduise les migrants vers un port italien ", a déclaré le ministre. Comme l'a souligné le professeur Fulvio Vassallo Paleologo, membre du Conseil d'administration de ASGI (Association d'études juridiques sur l'immigration), avec les souhaités " débarquements " des migrants dans les ports "sûrs" non italiens, " il y a un risque fondé que soient répétés les rejets vers des pays qui ne garantissent pas la protection des droits de l'homme, comme cela s'est produit en 2009, lorsque la Gendarmerie italienne a reconduit des dizaines de migrants en Libye ". Une pratique pour laquelle l'Italie a été condamnée en 2012 par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Du point de vue juridique ensuite, surgissent d''autres perplexités de la décision du gouvernement italien, d'attribuer à bord des unités de la Marine, des fonctionnaires du Département de la Sécurité publique - Direction Centrale de l'Immigration et de la Police des Frontières, pour exécuter en haute mer les identifications et les photo-signalements des migrants "secourus". " L'activité de première identification effectuée immédiatement après le sauvetage ne semble pas être de l'ordre de formalités qu'il soit possible effectuer à bord d'un navire en eaux internationales, lorsqu'il serait plutôt souhaitable le débarquement le plus rapide à terre", souligne le professeur Vassallo Paleologo. " Ce serait encore plus grave si à bord des unités participant à l'opération de Mare Nostrum, on procédait à de réels interrogatoires, sans aucune garantie de procédure, éventuellement à la recherche de quelque bateau-mère, alors qu'il pourrait y avoir d'autres barges sur le point de sombrer. Sur les naufragés qui ont eu un sauvetage traumatique vous ne pouvez pas exercer ces activités de police qui devraient être entreprises dans les bureaux de la frontière avec les garanties procédurales prévues par la loi, avec l'aide de médiateurs culturels et non seulement d' interprètes, par une information correcte sur les lois appliquées afin de préserver le droit de chercher asile, et les droits de la défense ".

Les modalités d'emploi du personnel de la sécurité publique à bord des navires de guerre a été stigmatisé par le syndicat de la police COISP. " Treize policiers ont été engagés par le ministère de la P.S. (Sécurité Publique), et ils s'occupent d'effectuer des opérations de photo-signalement de centaines de migrants, dénonce le COISP. «Ils ont été embarqués sur les navires de la Marine sans que leur soit fourni aucun type d'information sur le traitement de la mission, logés dans les chambres autrefois réservés au appelés du contingent, dans des conditions inacceptables et inimaginables. " Le syndicat a également souligné une " disparité inacceptable " du traitement économique réservé aux membres des forces armées et à celui de PS. " Les agents de la police d'Etat sont payés avec une poignée d'euros pour une mission ordinaire, tandis que les membres de la Marine ont droit à une allocation quotidienne de 60 euros et de 100 euros pour les jours fériés. " Entre émoluments et indemnités pour le personnel et les coûts d'exploitation du transport aéronaval, l'intervention militaire et humanitaire absorbera une dépense entre 10 et 12 millions d'euros par mois. Le gouvernement n'a pas prévu de crédits supplémentaires sur le chapitre «défense» et on peut présumer que l'argent pour alimenter la machine de guerre anti-immigrant sera prélevé sur le fonds spécial de 190 millions d'euros mis à disposition pour faire face à la nouvelle émergence immigration. Comme pour dire que d'ici la fin de 2013, gasoil et patrouilles aéronavales brûleront 20 % de ce qui était prévu pour l' ensemble de l'année en faveur du secours et de l'accueil des migrants. L'énième vergogne dans un Pays de moins en moins libre, démocratique et hospitalier.

http://www.contropiano.org/politica/item/20881-guerra-ai-migranti-e-alle-migrazioni

Traduction Segesta

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