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L'armée française lance son opération en Centrafrique, massacre à Bangui (AFP)

par AFP 6 Décembre 2013, 01:24 France Centrafrique Armée française Massacres

L'armée française lance son opération en Centrafrique, massacre à Bangui (AFP)
L'armée française lance son opération en Centrafrique, massacre à Bangui
AFP

Bangui (AFP) - Avec l'accord de l'ONU, l'armée française a débuté jeudi son intervention pour restaurer la sécurité en Centrafrique, où la situation a commencé à dégénérer avec le massacre d'au moins 130 personnes à Bangui.

"Vu l'urgence, j'ai décidé d'agir immédiatement, c'est-à-dire dès ce soir (...)", a annoncé le président français François Hollande, lors d'une courte déclaration à la télévision française.

L'opération française "sera rapide", elle "n'a pas vocation à durer et je suis sûr de son succès", a déclaré M. Hollande. "La France n'a pas d'autre objectif que de sauver des vies humaines", a-t-il assuré, quelques heures à peine après le vote à l'unanimité d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU donnant mandat aux forces françaises pour intervenir en République centrafricaine.

Cette annonce officielle du début de l'opération "Sangaris" (du nom d'un papillon rouge) dans la foulée du vote à l'ONU tombe au terme d'une journée de massacre à Bangui, sous couvre-feu dès la nuit tombée, et où les habitants vivaient dans l'angoisse des heures à venir.

"Dans certains quartiers, ça va être terrible, ça va tuer", redoutait un jeune homme, cloîtré chez lui comme la quasi-totalité de la ville.

Les militaires de Sangaris auront notamment pour mission de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes du pays.

"(...) Les choses vont aller très vite", a prévenu en début de journée le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, alors que se tient ce vendredi et samedi à Paris un sommet franco-africain sur la paix et la sécurité en Afrique.

Selon le porte-parole de l'état-major français, le colonel Gilles Jaron, "environ 250 soldats français se sont déployés" dès jeudi matin dans Bangui" depuis leur base près de l'aéroport, avec pour mission de "sécuriser les points sensibles" et de regroupement pour les étrangers.

"L'armée française est une amie"

Dans une allocution radio-diffusée à la mi-journée, le président Michel Djotodia, issu des rangs de l'ex-rébellion Séléka, a appelé la population "à garder son calme": "l'armée française est une amie de la Centrafrique", les soldats français "ne se sont pas déployés pour soutenir un camp au détriment d'un autre", a-t-il souligné.

M. Djotodia a par ailleurs annoncé l'extension immédiate de quatre heures du couvre-feu, imposé désormais de 18H00 à 06H00. Le gouvernement a également ordonné la fermeture des frontières avec la RDC.

Les autorités ont imputé la responsabilité des violences du jour à des milices chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes) et à des éléments favorables au président déchu François Bozizé.

Le scénario cauchemar de massacres inter-religieux à grande échelle semble donc malheureusement se préciser, au milieu d'une anarchie généralisée.

Après avoir subi des mois durant la loi d'airain et les exactions des ex-rebelles Séléka, pour la plupart musulmans, certains dans la capitale, très majoritairement chrétienne, pensent que l'heure de la vengeance a sonné.

Une extrême tension règne désormais dans les rues de Bangui désertée, par endroits livrées aux pillages, et où ne circulent plus que les pick-up des combattants Séléka surarmés.

Les habitants restent terrés chez eux, terrorisés par les ex-rebelles désireux de se venger des attaques de la matinée, qui écument les quartiers et défoncent une à une les portes des maisons à la recherche "d'infiltrés" présumés.

La journée terrible a débuté avant l'aube, lorsque de violents affrontements ont éclaté dans le nord de la capitale. "Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l'ex-Séléka (ex-rébellion, au pouvoir) ont rétorqué", a témoigné l'ONG Médecins sans frontières (MSF).

Dans l'après-midi, les journalistes de l'AFP ont comptabilisé au moins 54 cadavres rassemblés dans une mosquée du centre-ville, et 25 cadavres gisant dans les rues voisines, abandonnés sur le bas côté. Les corps portaient des marques de blessures à l'arme blanche et par balles.

"C'était les maisons des musulmans!"

Aux abords de la mosquée, des hommes, machette à la main, criaient leur colère. "C'est une guerre qu'ils veulent mener", lançait l'un. "Ils savaient que c'était les maisons des musulmans" quand ils sont venus tuer, lançait l'autre. Un troisième ajoutait: "c'est trop, on ne va pas supporter ça".

A l'hôpital communautaire de Bangui, MSF en fin en de journée a fait état de 50 morts et 80 blessés. D'autres quartiers de la ville restaient inaccessibles, laissant présager un nombre bien plus élevé de victimes.

La Centrafrique est plongée dans le chaos et un engrenage de violences communautaires et inter-religieuses entre chrétiens et musulmans depuis le renversement en mars du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka.

Ces violences se sont multipliées ces dernières semaines, à Bangui et en province, dans un pays en totale décomposition, comptant 4,6 millions d'habitants sur un territoire grand comme la France, au coeur du continent.

La résolution de l'ONU, adoptée par les 15 pays membres du Conseil sur proposition de la France -- ancienne puissance coloniale --, autorise les soldats français en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en RCA) dans l'accomplissement de son mandat".

La Misca pourra se déployer "pour une période de douze mois", avec pour mission de "protéger les civils, rétablir l'ordre et la sécurité, stabiliser le pays" et faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire.

La force doit compter jusqu'à 3.600 hommes, mais n'en rassemble pour l'instant que 2.500, mal équipés et entraînés.

Paris dispose déjà sur place d'environ 650 hommes. Ces effectifs seront "doublés d'ici quelques jours pour ne pas dire quelques heures", a promis le président Hollande.

Près de 350 militaires français stationnent actuellement au Cameroun, dont une partie devrait franchir la frontière centrafricaine par la route.

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