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L'opération Sangaris aggrave-t-elle la situation en Centrafrique ?

par Sam La Touch 13 Décembre 2013, 15:37 Articles de Sam La Touch Centrafrique France Françafrique Sangaris Armée française Le Drian

L'opération Sangaris aggrave-t-elle la situation en Centrafrique ?


Difficile de trouver une juste voie quant aux modalités de régulation de la crise centrafricaine dès lors que la France laisse les militaires diriger la politique étrangère en Afrique sans aucun contrôle parlementaire. Le président de la Vème est un "chef de guerre" sous perfusion de l'Etat-major sans aucun contrôle politique et des représentants de ses concitoyens au Parlement. Tout se décide dans les alcôves de l'Elysée et au sein du lobby militaro-industriel pendant que la propagande audiovisuelle française masque les enjeux néocoloniaux. Alors que la France aurait pu renforcer le protocole de paix et le gouvernement d'union nationale en Centrafrique de janvier 2013, elle a préféré ne pas intervenir en soutenant implicitement les rebelles musulmans de la Séléka armés par le Tchad de l'ami françafricain Déby qui ont destitué en mars 2013 l'ancien dictateur françafricain Bozizé pour y placer le nouveau adoubé par Paris : Michel Djotodia et qui a droit aux interviews compatissantes des médias français.

Or l'annonce de l'arrivée des troupes françaises n'a fait que renforcer les représailles de la part de membres de la communauté chrétienne qui en ont profité pour se faire justice eux-même sur des membres de la communauté musulmane accusés d'avoir soutenu la Séléka. De graves représailles aveugles ont eu lieu à Bangui sur des civils en raison de la nature de leur confession. On dénombrait des centaines de morts quelques jours après l'annonce de l'intervention militaire française et la situation est loin d'être apaisée. A cela s'y ajoute les combats entre milices locales, ou entre Séléka et anti-balaka dans une grande partie du Centrafrique non "sécurisé" par les militaires de l'opération Sangaris.
Alors que les télévisions françaises nous annoncent que la situation s'est apaisée sur le terrain depuis l'intervention militaire, le ministre français de la Défense, Le Drian, a eu aujourd'hui des propos beaucoup plus contrastés :

"La spirale de l'affrontement s'est brutalement aggravée, ajoutant à la crise sécuritaire les prémices d'une crise humanitaire", a affirmé le ministre français dont la visite suit de deux jours celle du président français François Hollande.

Environ 110.000 déplacés fuyant les violences vivent dans des camps dans des conditions très précaires à Bangui, aggravées par les trombes d'eau déversées jeudi soir par de violents orages. (AFP 13.12.13 Le Drian en Centrafrique: "la spirale de l'affrontement s'est aggravée").


La France a donc soutenu implicitement une rébellion à majorité musulmane dans un pays à dominante chrétienne et entend à présent désarmer les milices de la Séléka à majorité musulmane tout en gardant comme interlocuteur principal le dictateur Djotodia installé par Ndjamena et Paris. Une équation particulièrement complexe où la République française se retrouve confrontée à ses propres contradictions et à l'absence d'une véritable stratégie politique si ce n'est celle du diviser pour mieux régner.


Lire aussi :
La Lettre du Continent
Centrafrique. Le général Benoît Puga à la manœuvre à l'Elysée

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