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La Françafrique en Centrafrique. Le double jeu monstrueux de la France

par Cercle des Volontaires 19 Décembre 2013, 18:27 France Françafrique François Hollande Centrafrique Sangaris

La Françafrique en Centrafrique. Le double jeu monstrueux de la France 

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La Françafrique en Centrafrique

Cercle des Volontaires

Quels sont les vrais intérêts de la France en République centrafricaine (RCA) ? Alors que François Hollande vient de déployer une force militaire française de 1 000 hommes dans ce pays, nous citoyens sommes en droit de nous demander pour quels motifs la France envoie ses soldats là-bas.

Voici quelques données sur ce pays peu connu. La République CentreAfricaine, c’est 622 984 Km2 pour environ 5 166 510 habitants, dont environs 45% sont protestants, 35% catholiques et 15% musulmans. C’est un pays aux ressources naturelles variées, propice à des cultures diversifiées et surtout favorisé par un sous-sol riche en pétroles, diamants, or, uranium et autres métaux.

Rétrospection sur l’histoire de la RCA

Colonisée par la France à la fin du 19ième siècle puis proclamée « indépendante » le 13 août 1960, la république CentrAfricaine, depuis sa création, n’a jamais cessé de connaître l’instabilité politique et sociale au sein de ses frontières.

Plusieurs coup d’état se sont enchaînés depuis la nomination de Barthélémy Boganda, 1er chef d’état de la RCA, disparu dans des circonstances plus ou moins douteuses selon certains témoignages. Le flambeau fût repris par son cousin David Dacko, qui, suite à un coup d’état en 1965, sera remplacé par un autre cousin, le capitaine Jean-Bedel Bokassa avant de reprendre brièvement le pouvoir avec l’aide directe de la France dans l’opération Barracuda. Le 1er septembre 1981, son successeur, le général André Kolingba suspendra la constitution pour la remplacer par une dictature militaire qui le rendra impopulaire. Conséquence, de nombreux grèves et manifestations se succèdent.

Sous l’influence de la diplomatie Française, le multipartisme est autorisé, le général André Kolingba se soumettra à une élection présidentielle prévue en août 1993. Disqualifié au 1er tour, il cédera sa place à Ange-Félix Patassé. Mais c’est un pays encore plus dévasté, économiquement et socialement que le nouveau président héritera de son prédécesseur. La situation est de plus en plus tendu ce qui entraînera dans les années à venir de nombreuses révoltes. En 2003, un énième coup d’état pour le pays, le général François Bozizé remplaçera l’ex président Patassé avec l’aide encore une fois de la France (deux avions de chasse de l’armée française survolaient Bangui pour filmer les positions des loyalistes pour le compte de Bozizé) et de miliciens tchadiens (c’est-à-dire de soldats africains travaillant pour la France et dont une bonne partie vont rester avec lui après son installation au pouvoir pour assurer sa sécurité).

Situation en RCA et intervention militaire de la France

Instrumentée par Michel Djotodia, une alliance de rebelles, qui se fait appelé la Séléka, venu majoritairement du Tchad et du Soudan, commettra fin 2012, des exactions sur son passage en direction de la capitale, Bangui.

Le mot « Séléka » en Sangö veut dire « Alliance » et non pas « Coalition » comme le reprend la presse française. Selon Roland Marchal, spécialiste de la Centrafrique « La Séléka serait donc une alliance de quatres groupes armés, dont trois étaient connus, le quatrième ayant été crée pour la circonstance, à partir du Tchad ». En quelque sorte, il s’agirait apparemment d’une fédération de groupes majoritairement islamistes et intégristes armés par les mouvements djiadhistes issues du Mali et de l’éclatement de la Lybie. La Séléka recruterait aussi des hommes dans les régions marginalisées du Nord de la RCA. Aucune armée nationale centrafricaine ne pourra défendre ses citoyens face à cette intrusion étrangère par manque de moyens. Le Centrafrique est encore sujette à de nouveaux conflits. Désarmée, elle n’a pas le choix de se tourner, encore une fois, vers ses alliées ou plutôt son allié, la France. Un coup dur pour un pays censé être indépendant qui ne possède aucune armée nationale par manque de moyens.

Plusieurs ONG auraient semble-t-il lancé un appel à l’aide, dénonçant une véritable urgence humanitaire.

Mais François Hollande n’accordera pas son soutien à Bozizé.

« D’une manière générale, si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime. C’est pour protéger nos ressortissants… et nos intérêts » à déclaré le président français, François Hollande.

24 mars 2013, l’alliance Séléka pénétre à Bangui et s’empare du palais présidentiel. Il semblerait que l’armée Tchadienne aurait plus ou moin participé à l’assaut de la ville. Cette même armée qui aurait aussi aidée François Bozizé à mener son coup d’état contre Patassé.

« La Séléka a pris le pouvoir parce qu’elle a été aidée par le Tchad [...] Je ne crois pas avoir de problème avec le Tchad et le président Déby. J’ai été surpris de voir que ce sont les forces de son pays qui sont venues parachever l’action des rebelles », a déclaré Bozizé.

Certains accusent la France d’y jouer un rôle, laissant agir librement Idriss Déby, président de la république Tchadienne.

« Dans les années 2000, en particulier sous Nicolas Sarkozy, la France s’est montrée très conciliante envers François Bozizé. En arrivant au pouvoir, François Hollande, lui, a voulu afficher une certaine distance. Reste à savoir pourquoi les Français ont laissé faire la Séléka. L’appui d’Idriss Déby à l’intervention française au Mali est sans doute l’une des explications. » explique Roland Marchal.

On apprendra que François Bozizé aura réussi à prendre la fuite avant l’arrivé de ses détracteurs pour se réfugier et rejoindre sa famille à Paris.

Michel Djotodia, quand à lui, est désigné président par intérim et a promis de conduire le pays à des élections dans un délai de 18 mois. Mais en attendant, l’alliance Séléka dont il a perdu le contrôle, est accusée de graves violations des droits de l’homme. Ce qui était au départ un coup d’état a fini par devenir un conflit inter-religieux dans le pays. La majorité des hommes de la Séléka qui sont des islamistes, influencés par des mouvances djiadhistes, persécutent, tuent, violent, pillent, les citoyens centrafricains Chrétiens. Ces derniers, abusés et lassés des exactions de l’alliance rebelle, finiront par faire justice eux mêmes.

Si l’Élysée avait refusé de venir en aide à François Bozizé, alors qu’elle avait contribué à le positionner à la tête de la Centrafrique, on peut supposer que la France veut soit voir au pouvoir des forces anti-gouvernementales pour déstabiliser le pays, soit voir survenir un autre changement au gouvernement de Bangui.

On pourrait se dire que la France n’intervient plus dans les affaires politiques de la Centrafrique. Mais il semblerait que l’ancien Président Centrafricain aurait changé d’alliances en se tournant vers les nouvelles grandes puissances, comme la Chine et l’Afrique du Sud…

La Chine entretenait depuis quelques temps des liens très étroits avec la RCA. Bozizé aurait donné à son nouvel allié des autorisations pour explorer ou exploiter du pétrole. Ce qui provoquera un litige avec l’homme d’affaire américain, patron de RSM Petroleum, Jack Grynberg.

« La République centrafricaine est au bord du génocide. C’est le désordre absolu », a enfin déclaré ce jeudi 21 novembre, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères français, ajoutant qu’il fallait agir vite.

« La France va envoyer 800 soldats en Centrafrique, en plus des 400 qui y sont déjà pour une période brève de 6 mois environ » dira le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian.

Dans un contexte de Guerre Économique entres les Grandes Puissances multinationales, on peut se demander quelles sont les véritables motivations de la France dans sa nouvelle intervention en République Centrafricaine. On a le sentiment qu’un scénario se répète. Un pays africain, explicitement riche en diverses ressources naturelles, se fait envahir par une force étrangère, majoritairement islamistes extrémistes, créant troubles, déstabilisations, divisions et conflits à l’intérieur de celui-ci. Le pouvoir en place est renversé puis remplacé par un gouvernement de transition, représenté dans ce cas là par Michel Djotodia. Ce dernier avait déjà déclaré vouloir revoir les contrats miniers et pétroliers avec la Chine et l’Afrique du Sud, signés par le gouvernement Bozizé, « pour voir si les choses ont été mal faites et essayer d’y mettre de l’ordre »… Mais le président de transition perdra le contrôle des troupes rebelles de la Séléka. La situation dégénère. La France espérait que le pays redeviendrait stable après le départ de François Bozizé.

Selon RFI, en novembre, Djotodia aurait même remis des armes aux éléments de la police et de la gendarmerie pour assurer la paix dans le pays face aux violences causées par ceux qui l’avaient aidé à remplacer Bozizé.

Mais ces exactions sont aussi une aubaine opportune pour la France pour intervenir plus activement et justifier l’exportation de nouvelles troupes sur le territoire de la RCA … sans être accusée cette fois ci de néo-colonialisme.

Prétextant vouloir appuyer les forces africaines, la France aura aussi la possibilité de défendre et de maintenir ses intérêts économiques et géo-stratégiques sur un pays où elle a toujours eu la mainmise. Qu’on se le dise, le spectre de la Françafrique est toujours présent.

La France, dans sa stature de moralisateur et de défenseur des droits de l’homme, joue un double jeu dans cette histoire. Elle a eu et a toujours le pouvoir d' influencer sur la vie politique de la RCA et ça, en dégradant la vie de milliers de civils Centrafricains. La France se tient prête à intervenir, guettant le feu vert du conseil des nations-unies. Selon nos chers ministres, l’opération française devrait durer environs 6 mois. Mais le doute me laisse penser que les nouvelles troupes françaises resteront mobilisées en RCA pour une durée indéterminée. Le temps de protéger et de sauvegarder les intérêts belliqueux de ses grosses multinationales, dont on connaît tous plus ou moins, leurs obsessions pour toujours plus de marché, toujours plus de profits… et ça, à n’importe quel prix.

Jack Liberta

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