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Le grand retour de la France sur le continent et la pâle figure de l'Afrique francophone

par Benjamin BILOMBOT BITADYS 8 Décembre 2013, 16:57 Sommet Afrique-France France Françafrique Afrique

Le grand retour de la France sur le continent et la pâle figure de l'Afrique francophone
Le grand retour de la France sur le continent et la pâle figure de l'Afrique
Benjamin BILOMBOT BITADYS


Cinquante trois ans après les indépendance, les pays africains dévoilent à la face du monde l’incapacité de ses Etats d’assurer la sécurité des frontières intérieures et extérieures au point d’en appeler à la mère patrie, la France afin d’exercer le rôle de « gendarme » du continent noir. l'existence de l'Etat, en RCA, au Congo-Brazzaville, au Cameroun, au Gabon, au Tchad, en RDC, au Mali, au Niger , et sans doute, dans une bonne partie de l'Afrique, ressemble fort à un théâtre d'ombres, à un dispositif scénique qui consiste à faire croire à la communauté internationale, et en particulier aux bailleurs de fonds (FMI, Banque Mondiale, Club de Paris), qu'il existe en face d'eux des organismes obéissant aux mêmes règles que les leurs. A quoi servent donc les armées africaines budgétivores ?


Figuration

La présence des troupes congolaises, tchadiennes, camerounaises et gabonaises en Rca n’a pas empêché les violences, les pillages et les exactions. Quel est leur rôle ? Que font-elles en RCA ? Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, dont l’armée était inexistante face à l’incursion des troupes angolaises à Kimongo, a envoyé 500 militaires en renfort à Bangui. Pour quoi faire ? Que peut-on espérer de telles troupes constituées d’éléments cobras dressés au pillage ? La RCA est en effet entrée dans une spirale de violences alimentée par les exactions des anciens rebelles de la Séléka, au pouvoir à Bangui depuis mars 2013, auxquelles répondent les attaques des " antibalaka ", des milices d'autodéfense opposées aux nouveaux hommes forts à Bangui. Les militaires africains de la MISCA n’ont-ils pas pour mission de s’interposer entre les belligérants en vue d’éviter les affrontements ? Si les populations de la RCA accueillent avec liesse, satisfaction et soulagement l’IntervenTion militaire française, bien de questions se posent. L’Afrique n’est-elle pas en mesure de résoudre un conflit ? Chaque fois qu’une crise éclatera, l’Afrique fera-t-elle appel à la France pour éteindre l’incendie ? Les chefs d’Etat africains sauteront-ils dans l’avion en direction de Paris pour supplier le locataire de l’Elysée d’envoyer les militaires français ? La paix et la sécurité en Afrique resteront-elles assujetties à la « bonne conscience » de Paris ? Et, pourquoi donc les Etats africains ne négocieraient-ils pas leur retour dans l’AEF et l’AOF ?


Expéditions

Hier au Mali pour traquer les islamistes jihadistes , aujourd’hui en République centrafricaine pour chasser les éléments de la séléka qui terrorisent les populations de confession chrétienne et pour éviter le conflit de s’étendre aux pays voisins (Congo-Brazzaville, Cameroun Soudan), Paris reprend du service en Afrique. Mais, l’avait-il vraiment abandonné ? Pas si sûr ! De toutes les puissances occidentales, la France est le meilleur connaisseur de l'Afrique dont, quels qu'aient été ses motifs, avouables ou pas, elle ne s'est jamais éloignée. Ses relations avec les élites, les dirigeants et les dictateurs africains francophones CORROMPUS ne se sont pas distendus mais au contraire resserrés et l'Elysée de François Hollande a ainsi vite cru bon de définir une vision africaine faite de rupture dans la continuité.


Bases

Sur le continent africain, la France de Nicolas Sarkozy voulait en 2008 ne garder que deux bases militaires permanentes, renommées " pôles de coopération ". Elle dispose aujourd'hui de onze points d'appui. Leur dispersion offre de la réactivité, défend l'état-major. Elle permet de couvrir la zone au côté des " nénuphars " que les Etats-Unis y ont posé, une dizaine de minibases dévolues au renseignement (Le Monde, 6 novembre 2013).



La pointe des pieds

Après « l’afro-pessimisme », face à l’avancée de la Chine, l’Inde et du Brésil sur le continent noir, la France affiche son « afro-optimisme ». "... Pour camoufler son désintérêt pour le continent noir, après l'avoir enfoncé jusqu'au cou avec ses pratiques de parachutage de canards boîteux (marionnettes) à la tête des pays francophones - et c'est à dessein -, la France avait ainsi décidé de passer le relais à la communauté financière internationale (les vautours) et de s'aligner sur l'orthodoxie financière des institutions de Bretton Woods et supprimer toute aide budgétaire aux Etats dont les PAS (Programmes d'Ajustement Structurel) seraient interrompus. C’était la doctrine d’Abidjan initiée par Edouard Balladur, deuxième premier ministre de la cohabitation et son conseiller Anne Le Loiret. Résultat : la part de la France en Afrique a chuté. Pour des raisons historiques, la France a plus de mal à avoir un regard objectif, serein et accueillant vis-à-vis de la modernité de l'Afrique. L’Elysée, le quay d’Orsay et Bercy n’avaient pas bien perçu que la demande d'importations de l’Afrique avait progressé à un rythme très élevé, à deux chiffres, durant plusieurs années. La baisse est notoire : les parts de marché de la France ont été divisées par trois (de 15 % à 5 %) mais, dans le même temps, les volumes d'exportations ont été multipliés par deux en vingt ans. La Chine, l'Inde, mais aussi la Corée du Sud, le Brésil, la Turquie ont pris le gros de cette très forte croissance. C'est ainsi que la Chine est passée simultanément de 1 % à 15 % (Libération, 4 novembre 2013). La France estimait que la modernité était ailleurs, qu'il fallait sortir des préférences coloniales pour conquérir l'Europe de l'Est, l'Asie et s'implanter aux Etats-Unis.



Croissance

Avec 5% de taux de croissance moyenne, l'Afrique commence à être regardée (avec exagération) comme la terre promise de l'économie mondiale. Routes, ponts, chemins de fer, hôpitaux, universités, écoles, assainissement urbain, aéroports ou télécommunications, il faut à l’Afrique, en tout cas, développer ses infrastructures, domaine où les entreprises françaises ont un savoir-faire et une expertise reconnus auxquels s'ajoute l'avantage sur leurs concurrentes chinoises de ne pas arriver avec leur main-d’œuvre mais de la former sur place. Un phénomène économique à l’origine de nombreuses frictions ENTRE LES EMPLOYEURS CHINOIS ET LES POPULATIONS AFRICAINES et auquel les autorités CURIEUSEMENT restent indifférentes. .
Il n’y a pas de continent qui ne puisse pas assurer par lui-même sa sécurité. Et , donc, son destin. Seule l’Afrique a du mal à le comprendre. En Afrique, la France est ramenée, avec l’intervention militaire en RCA, au rôle de « gendarme » à son corps défendant. Et, l’Afrique, au rôle « d’éternelle assistée » donnant raison à ceux qui valident la thèse des “aspects positifs de la colonisation. Pourtant, avec les corps expéditionnaires de la France en Afrique, un demi-siècle après les Indépendances, nous voilà revenus au temps des colonies. Qui a dit : "L'Afrique n'est pas assez rentrée dans l'Histoire ?".

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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