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Libye : les mille et une tueries de Benghazi (JAI)

par JAI 6 Décembre 2013, 08:40 Libye Benghazi Kadhafi Ansar al Charia Attentat

Libye : les mille et une tueries de Benghazi (JAI)
Libye : les mille et une tueries de Benghazi

JAI

Théâtre d'attentats quasi quotidiens visant des hommes politiques, des magistrats et de hauts responsables de l'armée ou de la police, la capitale de la Cyrénaïque, Benghazi, vit sous la loi d'Ansar al-Charia et autres milices. Mais la population, exaspérée, commence à se rebiffer.

Une vengeance lente et méthodique. Un par un, depuis la fin de septembre 2012, de hauts responsables de l'armée, de la police et du renseignement sont froidement abattus à Benghazi. Devant leur domicile, à leur retour de la mosquée ou dans leur voiture préalablement plastiquée. Certains avaient occupé des fonctions sous Kaddafi avant de rallier la révolution. Trop tard.

"D'anciens prisonniers se vengent de leurs bourreaux d'antan", avance un habitant de Benghazi. À la centaine d'officiers de l'armée et de la police visés par ces attentats s'ajoutent des juges, quelques journalistes et des responsables politiques locaux. Jusque-là, aucune enquête sérieuse n'a été diligentée pour identifier les auteurs et les commanditaires de ces crimes qui rythment la vie de la capitale de l'Est. La justice a feint de se saisir de ces dossiers, mais n'a prononcé aucune condamnation. Le 25 novembre, pourtant, les forces spéciales ont lancé une offensive contre Ansar al-Charia, l'un des groupes les plus virulents, laissant espérer la fin d'une ère de laxisme.

>> Lire aussi : déploiement de l'armée à Tripoli, attentat manqué à Benghazi

Auréolées de leur participation (plus ou moins grande) à la "glorieuse révolution du 17 février 2011", des milices lourdement armées - certaines disposent d'hélicoptères et de blindés - agissent en toute impunité. Parfois adoubées par Tripoli ou par le conseil local (sorte de municipalité), elles servent de forces de sécurité de substitution. Mais elles contribuent surtout au chaos, sans que l'on sache de qui elles prennent leurs ordres. "Elles sont les seules à pouvoir faire régner la sécurité ou l'insécurité, selon les intérêts de ceux pour qui elles travaillent, souligne Ana Gomes, une eurodéputée spécialiste des affaires libyennes. Il n'y a aucune structure étatique. Des salafistes recrutent des milices soutenues financièrement par l'Arabie saoudite et le Qatar."

La plupart de leurs combattants ne sont pas des "héros de la révolution". Au niveau national, les anciens thuwar, recensés fin 2011, devaient être désarmés, démobilisés et réinsérés : 25 000 au sein de la police, autant dans l'armée. Aujourd'hui, ce chiffre a explosé. Selon le politologue Luis Martinez, les miliciens seraient entre 100 000 et 150 000. Plus de 200 000, estiment d'autres sources.

Ansar al Charia prend le contrôle de quartiers entiers

Beaucoup d'opportunistes ont profité de la décision du gouvernement de confier la sécurité du pays aux milices enregistrées auprès des ministères de la Défense et de l'Intérieur. Payés ou plutôt achetés avec de l'argent public, ils se mettent au service de tribus, de notables locaux et de partis politiques. Dans l'espoir, pour certains, d'intégrer l'armée... En attendant, ils répondent aux sollicitations les plus lucratives. "La résolution du problème des milices est entre les mains des politiques, qui les utilisent pour asseoir leurs projets", confie un homme d'affaires de Benghazi.

Dans la capitale de la Cyrénaïque, un groupe, Ansar al-Charia, composé notamment d'anciens révolutionnaires aguerris, combat au nom de Dieu et pour une application stricte de la loi islamique. Quatre mois après sa création, il organisait à Benghazi son premier rassemblement officiel. Ce 6 juin 2012, une quinzaine de milices se sont jointes au millier de sympathisants et curieux pour apporter leur soutien à cette nouvelle formation jihadiste dirigée par Mohamed al-Zawahi, longtemps incarcéré, sous Kaddafi, dans la sordide prison d'Abou Salim.

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Délaissant la capitale, la formation Ansar al-Charia a pris le contrôle de quartiers entiers de Benghazi, de Syrte et de Derna, ville où elle dispose d'importants stocks d'armes et où Abou Soufian Ben Qoumou, un jihadiste passé par le camp de Guantánamo, cornaque ses troupes. À l'échelle régionale, la milice s'est rapprochée du chef algérien Mokhtar Belmokhtar, qui, après avoir quitté Al-Qaïda au Maghreb islamique, a réuni plusieurs mouvances armées du Sahel sous la bannière d'Al-Mourabitoune.

À défaut d'ancrage local, les membres d'Ansar al-Charia ont mis en oeuvre des projets d'intérêt général (programmes sociaux, leçons coraniques, distribution d'opuscules venant d'Arabie saoudite) dans cette ville volontairement délaissée par Kaddafi, qui se méfiait des aspirations autonomistes de la région. Au-delà de la caserne de Ras Obeïda - leur QG, abandonné aux pillards, qui l'ont incendié le 25 novembre -, ces islamistes radicaux s'étaient dotés d'un siège social plus présentable : une clinique, servant aussi de cache d'armes.

Les jihadistes : ennemi numéro un du gouvernement

Le groupe est fortement soupçonné d'avoir fomenté la série d'assassinats qui ensanglante Benghazi, de même que, le 11 septembre 2012, l'attaque contre le consulat américain, pour laquelle sont aussi suspectés d'anciens kaddafistes. Mais les jihadistes sont bien l'ennemi numéro un du gouvernement d'Ali Zeidan. Début novembre, le Premier ministre a dépêché les forces spéciales en renfort de l'armée. "Nous sommes aux côtés du peuple, nous ne tolérerons plus qu'on porte atteinte à la sécurité", a lancé Wanis Boukhmada, le nouveau commandant des forces spéciales, devant une foule réunie pour accueillir les colonnes d'armement convoyées depuis la capitale. Quelques heures plus tard, un officier était abattu...

Les combats du 25 novembre marquent un tournant. La version officielle veut que des militaires aient pourchassé un individu qui s'était réfugié dans les locaux d'Ansar al-Charia. Se sont ensuivis des échanges de tir, faisant au moins quatorze morts et des dizaines de blessés. Pour d'autres sources, l'armée aurait délibérément provoqué l'étincelle afin de pousser les habitants à se mobiliser comme ils l'avaient fait à Tripoli dix jours plus tôt. Les milices avaient alors ouvert le feu sur les manifestants pacifiques, tuant 46 personnes et en blessant 500 autres avant de finir par quitter la capitale...


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