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Mandela: chute de l’Apartheid, omissions et mensonges (Mondialisation.ca)

par Mondialisation.ca 12 Décembre 2013, 06:14 Afrique du sud France USA Nelson Mandela Apartheid

Mandela: chute de l’Apartheid, omissions et mensonges (Mondialisation.ca)
Mandela: chute de l’Apartheid, omissions et mensonges

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La mort de Nelson Mandela a déclenché une multitude de louanges unanimes dans les médias et chez les personnalités politiques. Cependant certains faits sont passés sciemment sous silence, quand il ne sont pas totalement déformés.

Beaucoup de responsables politiques occidentaux pleurent aujourd’hui la mort de Mandela et ne tarissent pas de louanges sur sa persévérance et son combat. Cependant, lorsqu’on regarde leurs actes et déclarations des années 1980, on s’aperçoit que leurs discours se sont bien accommodés de l’histoire.

En effet, ce sont ces mêmes pays occidentaux qui ont soutenu le régime de l’apartheid pour des raisons aussi bien économiques que politiques. La liste des multinationales qui se remplissaient les poches grâce à l’apartheid et des politiciens qui soutenaient le système pour d’obscures et inavouables raisons d’anticommunisme serait très longue à établir (1).

Dans les émissions et reportages consacrés à Mandela, la nature de sa lutte est très fréquemment déformée. En effet, d’après les commentateurs, il aurait combattu le régime uniquement par des voies pacifiques. Or, le Congrès National Africain (ANC), dont Mandela était dirigeant, a créé en 1961, en alliance avec le Parti Communiste Sudafricain (PCS), le « Fer de lance de la nation » (Umkhonto we Sizwe)(MK), sa branche armée (2). Mandela et Joe Slovo, secrétaire du PCS, en exerçaient le commandement.

L’Etat sud africain n’a jamais respecté aucune frontière à l’heure d’exporter son régime honni et la répression meurtrière vers les pays voisins, y compris en plein coeur de l’Europe.

Mais il n’aurait jamais osé le faire s’il n’avait pas bénéficié du soutien des pays occidentaux les plus puissants.

C’est ainsi que les services de l’apartheid ont pu, en toute impunité et avec la complicité des services secrets français, assassiner en 1988 à Arcueil en Val de Marne, sous la présidence de François Mitterrand, la représentante de l’ANC en Europe, Dulcie September (3). C’est grâce à l’activité de Dulcie que l’opinion publique française avait découvert la lutte du peuple sud africain pour sa liberté. Mais les services français n’en étaient pas à leur première implication dans des opérations d’appui au système raciste. Déjà en 1978 à Paris, époque de soutien ouvert au régime raciste, sous le gouvernement de Giscard d’Estaing, ils avait été impliqués dans le meurtre d’Henri Curiel, un militant franco-égyptien solidaire de l’ANC (4).

En 1986 aussi, Pierre-André Albertini, un jeune coopérant français accusé de porter des valises pour l’ANC, avait été emprisonné en Afrique du Sud. Rappelons qu’à cette période les Français menaient des affaires florissantes avec le régime sud-africain , y compris dans le domaine du nucléaire (5). M. Stirbois du Front National est allé jusqu’à traiter le jeune Albertini de « terroriste ». Il est vrai que les États Unis et certains pays européens tels que l’Angleterre, ont considéré l’ANC comme une organisation terroriste jusqu’en 2008, la qualifiant d’« organisation communiste » pour, d’après leurs critères, la stigmatiser (6).

En dehors de ses frontières, c’est envers ses propres voisins que le régime raciste sud-africain a commis les forfaits les plus terribles. Depuis 1959, la Namibie a été occupée et colonisée par l’armée sud-africaine. En Mozambique l’apartheid a soutenu une rébellion pro-occidentale. Mais c’est en Angola que le sort des guerres d’agression sud-africaines s’est joué. En effet, l’échec définitif du régime de l’apartheid a débuté par l’écrasante défaite de son armée à Cuito Cuanavale, en Angola en 1988, face aux forces conjointes angolaises du Mouvement pour la libération d’Angola (MPLA), namibiennes de l’Organisation du peuple du sud-ouest africain (SWAPO) et des internationalistes cubains. Et pourtant l’occident n’a pas lésiné sur les moyens militaires accordés à l’armée raciste en lui fournissant 7 bombes atomiques pour les employer contre les coopérants cubains qui lui infligeaient défaite après défaite.

Aujourd’hui, rares sont les médias et commentateurs politiques qui ont bien voulu rappeler l’épopée cubaine en Afrique, qui a permis à la Namibie d’accéder à l’indépendance en 1990, à l’Angola de consolider la sienne, mais qui surtout a fait vaciller les certitudes du régime de Pretoria. Et pourtant la bataille de Cuito Cuanavale a été la plus importante bataille de l’histoire de l’Afrique et, selon Nelson Mandela lui même, elle « fut le point tournant dans la lutte pour libérer le continent et notre pays du fléau de l’apartheid ! ». Mandela a affirmé que« les internationalistes cubains ont apporté une contribution à l’indépendance, la liberté et la justice en Afrique sans précédent » (7).

Après la chute de l’apartheid, et malgré tous les chants des sirènes occidentales, Nelson Mandela ne s’est jamais trompé d’amis et a réservé son premier voyage à l’étranger à l’île de Cuba pour remercier « son frère » Fidel Castro, de l’aide apportée « dans les heures les plus sombres du peuple sud-africain » (8). Des paroles et des actes qui, aujourd’hui, sont passés sous silence afin de cacher d’une part la force de la solidarité internationaliste cubaine et d’autre part, la profondeur de la débâcle de l’impérialisme dans la région.

L’histoire du combat contre l’apartheid nous a appris que la combinaison de toutes sortes de luttes, y compris armée, avec d’actives solidarités internationalistes, peut venir à bout des régimes honnis même lorsqu’ils sont soutenus et protégés par les forces les plus rétrogrades et puissantes de la planète.

J.C. Cartagena et N. Briatte

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