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Plainte contre Mediapart : ce qu'a dit Sarkozy aux juges (Le Monde)

par Le Monde 12 Décembre 2013, 14:09 Médiapart Sarkozy Kadhafi Elections présidentielles 2007

Plainte contre Mediapart : ce qu'a dit Sarkozy aux juges (Le Monde)
Plainte contre Mediapart : ce qu'a dit Sarkozy aux juges

Le Monde

Nicolas Sarkozy a été entendu, le 10 octobre, en qualité de partie civile, par le juge René Cros, qui instruit avec Emmanuelle Legrand sa plainte pour « faux, usage de faux et recel » après la publication par Mediapart, en avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle, d'un document évoquant un éventuel financement de la précédente campagne présidentielle de M. Sarkozy, en 2007, par le régime de Mouammar Kadhafi. Voici l'intégralité de son audition.

Lire aussi nos informations L'authenticité du document de Mediapart qui accusait Sarkozy mise en doute

LE JUGE : Votre conseil n'ayant pu être convoqué dans les délais de la loi, renoncez-vous aux nullités qui pourraient en résulter ?

NICOLAS SARKOZY : Je renonce à toutes nullités de procédure pouvant découler du fait que mon conseil n'a pas été convoqué dans les délais de la loi.

LE JUGE : Confirmez-vous les termes de votre plainte ? Quelles déclarations souhaitez-vous faire ?

NICOLAS SARKOZY : Je confirme les termes de ma plainte. C'est la première fois que je dépose plainte contre un organe de presse, attaché que je suis à la liberté de la presse mais j'ai considéré que nous étions là devant une manipulation aux conséquences très graves. J'ai choisi délibérément de déposer plainte pour faux et usage de faux et recel, et non pas pour diffamation car la diffamation est un fait faux que l'on allègue, là il s'agissait d'un faux grossier que l'on a jeté en pâture à l'opinion entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2012.

Dois-je préciser que si j'avais la moindre chose à me reprocher dans mes rapports avec M. Kadhafi, je ne me serais pas constitué partie civile et n'aurais pas demandé que deux juges enquêtent sur ce document. Je veux rappeler que j'ai été l'organisateur et l'animateur de la coalition internationale lors de l'intervention militaire en Libye, il y avait au Sommet de Paris 56 Etats mais j'ai été encore une fois l'animateur de cette coalition.

Je rappellerais que l'intervention internationale en Libye, qui a démarré pour protéger Benghazi des folies de ce tyran, a duré dix mois et si M. Kadhafi, qui était toujours en place dans cette période, avait eu des documents de cette nature s'agissant d'un virement prétendu de 52 millions et d'un document de cette nature, on ne comprend pas pourquoi il ne l'aurait pas sorti. Je veux préciser également que Mediapart a publié ce document qui est un faux grossier à deux reprises, une première fois le 28 avril 2012 entre les deux tours de l'élection présidentielle et la deuxième fois en juin 2013.

Je ferais observer que la première publication du 28 avril 2012 est intervenue alors que je tenais un meeting à Clermont-Ferrand, meeting présidé par Brice Hortefeux qui apparaît sur le document publié comme ayant participé à une réunion le 6 octobre 2006 en quelque sorte comme mon mandataire, alors que d'après ce que m'a indiqué mon conseil, l'enquête des services de police a démontré qu'à cette date il avait un certain nombre de rendez-vous et d'obligations en Auvergne, mais c'est sans doute une « coïncidence » si Mediapart a publié ce document le 28 avril 2012.

Mon conseil m'a donné bien évidemment connaissance des éléments du dossier et pour moi, il est un élément qui démontre la mauvaise foi de MM. Plenel et Laske. Il apparaît en effet qu'ils ont présenté le document qu'ils s'apprêtaient à publier à un certain Mabrouk Jomode Elie Getty, que pour ma part je ne connais absolument pas et qui, semble-t-il, a eu la possibilité de consulter des milliers de documents de l'ancien régime libyen, or ce Monsieur, qu'à l'évidence MM. Plenel et Laske [respectivement directeur de la publication et journaliste de Mediapart] considéraient comme un « expert », déclare qu'il leur a indiqué qu'il s'agissait d'un faux grossier, précisant même qui selon lui l'avait réalisé. Or, la réaction de Mediapart a été de se fâcher avec cette personne dont ils attendaient évidemment qu'il confirme l'authenticité du document et non le contraire. J'ajoute que ce témoin a déclaré avoir dit aux journalistes de Mediapart qu'ils étaient aveuglés par leur haine à mon égard.

C'est pour moi un problème fondamental pour notre démocratie que de publier un faux grossier, de salir l'honneur d'une personne à huit jours du deuxième tour de la présidentielle, d'alléguer ensuite du secret des sources et de la liberté d'informer, n'est-ce pas en réalité la liberté de désinformer ? J'ajoute également que ce document qui est un faux grossier fait état d'un virement de 52 millions d'euros, comment serait-il possible que le virement d'une telle somme n'ait laissé aucune trace dans une banque, d'autant qu'il existe des systèmes de contrôle comme Tracfin, à moins que l'on prétende qu'il s'est agi de caisses de billets, aisément transportables, et je dois pour ma part subir cela depuis un an et demi et je devrais prouver que je n'ai pas de compte à l'étranger, ce qui est évidemment impossible à prouver, c'est en quelque sorte un renversement de la charge de la preuve.

Le préjudice est pour moi considérable puisque l'on accole à mon nom celui de la Libye pour le financement de ma campagne et c'est cela que l'on appellerait la liberté d'informer. J'ai décidé de me constituer partie civile pour obtenir la vérité car l'enquête préliminaire n'avançait pas, j'ai donc voulu que deux juges enquêtent pour déterminer si c'était vrai ou si c'était faux. Il va de soi que pour moi il s'agit d'un faux grossier ».

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