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Questions sur Marcel Ntsourou (Mwinda)

par Mwinda 25 Décembre 2013, 19:11 Congo-Brazzaville Sassou Nguesso Marcel Ntsourou

Questions sur Marcel Ntsourou (Mwinda)
Questions sur Marcel Ntsourou 

Mwinda

Parmi les interrogations que suscite le cas Ntsourou, celles ci :

NMarcel Ntsourou entretenait une milice et stockait des armes chez lui. N'est-il pas normal que la police intervienne ?

- Sur l’opération de police

Pour légitimer l’assaut donné au domicile de Ntsourou le pouvoir a invoqué le fait que des hommes de l'officier avait attaqué en ville une patrouille de la police et qu’il était donc normal que celle-ci intervienne.

Ntsourou, entre les mains du clan

La théorie de « l’opération de police » brandie par le clan Sassou n’est pas nouvelle au Congo. Souvenons-nous que la guerre de 1997 au moyen de laquelle M. Sassou a repris le pouvoir a commencé de cette même manière.

Des hommes de Sassou (dont un certain Aboya semble-t-il) avaient tué des Congolais dans le nord du pays puis trouvé refuge au domicile de l'ancien président à Mpila, où ce dernier vivait entouré d’hommes en armes, après qu’il ait été battu aux élections. Les forces de l’ordre lancèrent « une opération de police » pour débusquer les fugitifs. Des coups de feu furent échangés. C’est l’explication qu’avait donnée alors le régime en place. Ce fut le début de la guerre de 1997.

Interrogé à l'époque M. Sassou déclara que M. Lissouba, par cette attaque, avait voulu l’assassiner. Observons que le pouvoir réfute aujourd’hui cette idée avancée par le colonel Ntsourou lui-même au micro de RFI (écouter Ntsourou, Me Malonga et Guy Kinfoussia à ce sujet).

Le clan de M. Sassou a déjà utilisé la théorie de « l’opération de police » il n’y pas si longtemps quand il a voulu s’en prendre à Maître Mbemba. Au milieu de l’année 2013 des véhicules militaires ont encerclé sa résidence (écouter Me Mbemba). Dans quel but ? Le tuer, l’enlever ? Nul ne sait.

L’explication donnée était que la police avait mis à jour un braquage commis quelques jours auparavant et qu’un des « braqueurs » s’était réfugié chez Me Mbemba. Il s’agissait donc de l’arrêter.

Observons que depuis ce jour, Me Mbemba vit en quasi résidence surveillée et est empêché de voyager à l’étranger.

On le voit : " l'opération de police " sert à souvent à masquer l'élimination programmée d'un adversaire politique.

- Sur l’entretien d’une milice et sur le stockage des armes

Ntsourou vit semble-t-il dans un camp militaire, à deux pas de la résidence du chef d’état-major général de l’armée. Comment a-t-il pu, dans ces conditions, entretenir chez lui, pendant des mois, une centaine d’hommes armés ? Mystère. Et si c’était le cas, au regard du bilan des affrontements donné officiellement (entre 22 et 42 morts) où sont passés les autres miliciens qui auraient résisté à ses côtés ? D'ailleurs qui sont-ils ? Des civils ? D'autres soldats qui l'auraient rallié ? Ont-ils réussi à prendre la fuite ? Sont-ils blessés ? Autant de questions demeurées sans réponse aujourd'hui.

Okemba

En réalité, s'agissant de l’entretien d’une milice et du stockage des armes tous les chefs militaires du clan Sassou (c’est une nouveauté au Congo) entreposent des armes chez eux et entretiennent des milices au vu et au su de tout le monde. Le pouvoir le cautionne. Il y a quelques années par exemple une explosion s’était produite dans un dépôt d’armes au domicile même de feu le général Blaise Adoua, ancien chef de la garde présidentielle. On découvrait alors avec stupéfaction que ce dernier avait entreposé un véritable arsenal de guerre dans un quartier populaire...

Autre chef de guerre qui entretenait une milice armée, Okombi Salissa qui en était même arrivé à mener une expédition armée chez un de ses collègues du gouvernement…

Faut-il continuer à tolérer une telle situation ? Non bien sûr. Mais si on part de l’idée qu’il faudrait de mettre un terme à cette dérive, il convient de mener la même opération chez tous les officiers proches du pouvoir.

Pourquoi Ntsourou est-il dans le collimateur du clan Sassou ? Pourquoi est-il l'homme à abattre ?

Ntsourou a longtemps fait partie du clan Sassou. Il a activement participé aux guerres de 1997 et 1998, après avoir été promu par le régime de Lissouba. Il s’en est d’ailleurs vanté lui-même lors du procès des « Disparus du Beach » dont il fut l’un des prévenus, affirmant avec arrogance qu’il avait fait de la chasse au Ninjas dans le Pool sa « grande affaire ». Certains le soupçonnent en outre de s’être emparé, lors de la guerre de 1997, du magot abandonné par le régime M. Lissouba au Trésor public de Pointe-Noire, et en avoir remis une partie à M. Sassou.

Ndengué

Pour ses bons et loyaux services Ntsourou espérait de Sassou un renvoi d’ascenseur sous la forme d’une promotion au grade de général, au minimum. Au lieu de cela, il n’a hérité que de la vice-présidence du Conseil national de la Sécurité, sous l’autorité du neveu de Sassou, à savoir Jean Dominique Okemba. Ntsourou, en homme orgueilleux en a conçu beaucoup d’amertume.

Adjoint d’Okemba au service des Renseignements il n’empêche que Ntsourou a pu voir, entendre beaucoup de choses et comprendre le mode de fonctionnement du clan au pouvoir, au point de nourrir l'ambition d’être un jour calife à la place du calife. C’est en tout cas ce qu’il aurait clairement laissé entendre à ses partisans lors d’une fête d'anniversaire organisée en sa résidence il y a quelques années.

N’étant pas membre de l’ethnie Mboshi mais Téké des Plateaux, il est devenu dès lors un danger pour le pouvoir clanique aux yeux duquel les velléités de Ntsourou étaient synonymes de déclaration de guerre. Jean François Ndengué, le chef de la police, mais aussi son chef Jean Dominique Okemba se sont juré alors d’abattre cet homme qui risquait à la fois de menacer la perpétuation du pouvoir aux mains des Mboshi mais aussi de contrecarrer leur propre ambition de succéder un jour à Sassou. De ce point de vue on se trouvait donc à la fois face à une opération immédiate de défense du pouvoir clanique au profit de Sassou, face à un règlement de comptes et à une lutte à mort pour le pouvoir entre ces deux mousquetaires mboshi (qui s'entendent comme larrons en foire) et l'officier téké.

Vinrent enfin les explosions d’un dépôt de munitions le 4 mars 2012 à Mpila, dans un camp militaire situé en plein Brazzaville. On compte plus de 300 morts. L’occasion était trop belle pour mouiller cet officier dans cette affaire, en faire un bouc émissaire pour l'écarter du poste somme toute stratégique qu'il occupait. Marcel Ntsourou, plus haut gradé parmi les prévenus est alors accusé de tentative présumée de complot. Mais le montage du pouvoir se révèle vite un flop monumental lors du procès qui est organisé, puisqu’après que le procureur ait requis sa relaxe, le tribunal n’a condamné l’officier « qu’à » cinq ans de travaux forcés avec sursis, pour complicité d'incendie involontaire et détention illégale d'armes de guerre...

Emmanuel Yoka

Le pouvoir a été rendu furieux par ce verdict jugé par lui clément à un point tel que le ministère public, qui a pourtant demandé l’acquittement du principal prévenu, s’est pourvu en cassation.

De son côté le fier Ntsourou, lequel a retrouvé sa liberté après de longs mois de détention provisoire a considéré que la coupe était pleine. Il n’aura alors de cesse de fustiger ce pouvoir clanique, considéré comme ingrat à son égard. Et de se répandre dans la presse, promettant de faire des révélations sur l’affaire des « Disparus du Beach » devant le juge français, bref d’ouvrir la boîte de Pandore sur cette affaire et probablement sur d’autres. Aux abois, le pouvoir a vite pris peur, Bienvenu Okiemi, le porte-parole du gouvernement rappelant même l’officier à son « devoir de réserve ». Dès lors, du côté de Sassou, d’Okemba, de Ndengué et de Yoka la décision est prise : il faut réduire au silence cet officier qui, en brisant l'omerta, devenait nuisible pour les intérêts du clan qu'il a servi. C’est ainsi qu’est montée l’opération qui vient de se solder par l’attaque du domicile de Ntsourou et le séjour de ce dernier en prison pour très longtemps sans doute.

Quel avenir pour Ntsourou ?

Les perspectives sont sombres pour lui. On l’a dit : pour le clan au pouvoir, qui considère qu'il y a des choses qui ne se font pas, l’officier a franchi la ligne jaune. Par exemple révéler les secrets enfouis dans ses calebasses, le premier de ces secrets étant le massacre des « Disparus du Beach », un crime contre l'Humanité. Le clan assimile cette mise en danger de son pouvoir à une atteinte à la sûreté de l’Etat.

Sur le plan juridique Ntsourou sera certainement mis en examen (inculpé) pour détention illégale d’armes et entretien de milice. Après une détention provisoire plus ou moins longue, il devrait à nouveau être jugé puis condamné lourdement par des magistrats de confiance.

Sur le plan politique Ntsourou, qui on le répète a fait longtemps partie du pouvoir clanique, s’il ne dispose guère d’appuis dans la population, il suscite néanmoins un élan de sympathie du fait qu’il s’attaque frontalement à un pouvoir impopulaire et qu'il peut aider l’opposition. Celle-ci n’ignore pas que l’enjeu aujourd’hui est que Sassou quitte le pouvoir au plus tard en 2016, et avec lui son système clanique. De ce point de vue tout ce qui pourrait fissurer un pouvoir en décomposition avancée serait bon à prendre.

RFI l'assurance-vie des opposants congolais

Une des leçons à retenir de cette histoire est le rôle à présent joué par Radio France Internationale (RFI) dans la survie des opposants congolais, lesquels sont interdits de passage sur les médias nationaux confisqués par le pouvoir, en complicité avec le Haut Conseil de la Liberté de la Communication. Ces derniers ne dorment plus jamais sans un téléphone mobile à leur chevet, avec dedans, rangé soigneusement parmi les numéros de téléphone favoris, celui de la " radio mondiale " prêt à être composé. Qu'on ne se fasse guère d'illusion : sans RFI qui a diffusé en direct l'assaut du domicile de Ntsourou, on parlerait à présent de celui-ci au passé, avec l'explication officielle qu'il se serait suicidé plutôt que d'être capturé vivant. Une sorte de Salvador Allendé quoi...

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