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Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire (Collectif de Solidarité)

par Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique 18 Décembre 2013, 09:15 Tchad France Françafrique Idriss Déby

Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire (Collectif de Solidarité)

Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire

Dossier d’information réalisé dans le cadre du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique,

Paris, 15 décembre 2013

Lire le communiqué en version PDF

Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique se mobilise depuis 2009 à Paris dans le sens d’un soutien aux démocrates africains et dans le sens d’une réforme profonde de la politique française. Il constitue un espace de réflexion collective de plaidoyer et d’échanges entre partis politiques et associations, de France et d’Afrique. Aussi, le dossier d’information « Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire » s’attache à décrire à la fois les caractéristiques de la dictature tchadienne, et la relation entre les Etats français et tchadien.

Depuis l’arrivée d’Idriss Déby au pouvoir, le Tchad a connu de nombreuses rébellions. De nombreux massacres ont été commis par l’armée tchadienne et en particulier par la Garde républicaine. De nombreux faits datant d’avant la Cour Pénale Internationale attendent toujours vérité et justice, d’autant plus que le démarrage du procès Habré accentue l’enjeu spécifique tchadien dans la construction d’une justice internationale en Afrique.

Idriss Déby est accusé d’ingérence et de déstabilisation dans les pays voisins, en particulier en Libye, au Soudan et en Centrafrique. L’islam tchadien s’est radicalisé pendant son règne. Le régime semble incapable de se réformer et d’évoluer vers l’Etat de droit. La répression des opposants et des journalistes continue, et le régime tchadien s’est fait remarqué en raison des « disparitions forcées ». Depuis 2003, l’argent du pétrole a aggravé la corruption et les tensions. La démocratie n’a pas réussi à se mettre en place.

Idriss Déby a été mis en place en 1990 par l’armée française, installée au Tchad depuis 1986 et le début de l’opération Epervier. Le soutien français n’a jamais cessé, et est allée, en 2013, suite à la guerre au Mali, jusqu’à une tentative diplomatique de réhabilitation. Plus globalement en Afrique, la politique française, très influencée en 2013 par l’armée française, vise à construire « la paix et la sécurité » sans aucune considération pour la nature des régimes. L’alliance avec le pire dictateur des anciennes colonies françaises, le tchadien, entraine une relance de la Françafrique autour du réseau de dictateurs « amis de la France ».

Au regard de ce bilan, la politique française en Afrique et au Tchad nécessite une réforme rapide : un arrêt du soutien diplomatique et militaire aux dictateurs, et en priorité à Idriss Déby, un soutien actif aux démocrates africains, un retrait adapté des troupes françaises du Tchad, des garanties concernant la lutte contre la corruption des fonctionnaires français au Tchad, la vérité et la transparence sur l’ensemble des crimes observés par des fonctionnaires français au Tchad entre 1982 et 2013.

Introduction

Idriss Déby a été applaudi à Bamako aux côtés de Hollande le 19 septembre 2013. Il se présente désormais comme un rempart et un acteur incontournable face au terrorisme islamique ou comme sous-traitant potentiel d’opérations militaires ou de maintien de la paix. Ainsi, le dictateur tchadien sort très renforcé de la guerre au Mali. Il a obtenu le 18 octobre pour le Tchad un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour l’exécutif français, la lutte contre le ‘djihadisme’ au Sahel est passée par l’alliance de l’armée française avec les troupes d’un chef d’Etat qui est pourtant l’un des pires dictateurs d’Afrique.

L’actualité de 2013 marquée par l’influence française dans le sahel semble masquer la réalité tragique du régime tchadien. La ‘réhabilitation’ d’un dictateur à ce point reconnu nécessite une occultation des différents aspects de l’histoire et de la politique du Tchad : les guerres civiles, les massacres et crimes de l’armée tchadienne, le sous-développement, le détournement de la rente pétrolière, les élections fraudées, la répression des démocrates, de la presse, et de la société civile.

Ce début d’ ‘amnistie’ française pour les crimes du président tchadien profite à l’ensemble des dictateurs dont les crimes sont de moindre ampleur ou concomitants. La réhabilitation des dirigeants africains qui en découle est l’un des signes les plus évidents de l’abandon de la « rupture avec la Françafrique » qui ne pouvait passer que par un éloignement souligné entre Paris et les dictateurs, et un renforcement rapide du soutien aux forces démocratiques.

En lieu et place de cette politique tant attendue, a été mis en œuvre une politique française axée sur la « Paix et la sécurité » sans considération pour la nature des régimes. La politique française semble en retrait par rapport à une « approche globale » prônée par le Service européen pour l'action extérieure, qui n’aurait pas abandonné, théoriquement, la démocratisation pour privilégier une politique de sécurité. L’influence de l’armée française sur le Tchad comme sur la politique française est ainsi mise en évidence, et l’absence de vérité et de justice sur la coopération militaire au Tchad rappelle que l’armée française n’a pas encore été réformée pour sortir de sa fonction structurante de la Françafrique.

... La suite sur : http://electionsafrique.org/Tchad-2013-la-rehabilitation.html

* * *

Chad 2013: The Impossible Rehabilitation of a Notorious Dictator

An Information Kit prepared in the framework of the Collective for Solidarity with Social and Political Struggle in Africa,

Paris, 15 December 2013

Read the information kit in PDF format

The Collective for Solidarity with Social and Political Struggle in Africa has been working since 2009 in Paris to support African democrats and for far-reaching reform of French policy. It is a space for collective reflection, advocacy and exchange between political parties and associations from France and Africa. The information package “Chad 2013: the impossible rehabilitation of a notorious dictator” attempts to describe both the characteristics of the Chadian dictatorship, and the relationship between the French and Chadian States.

Chad has experienced many rebellions since Idriss Déby came to power. Widespread massacres have been committed by the Chadian army, and in particular by the Republican Guard. Many facts dating from before the time of the International Criminal Court are still awaiting truth and justice, all the more so because the start of the Habré trial highlights the specific issue of Chad in the construction of international justice in Africa.

Idriss Déby is accused of interference and destabilization in neighboring countries, especially in Libya, Sudan and the Central African Republic. Islam in Chad has been radicalized during his reign. The regime seems unable to reform and move towards the rule of law. Repression of opponents and journalists continues, and the Chadian regime has drawn attention to itself because of a number of “enforced disappearances.” Since 2003, oil money has exacerbated corruption and tension. Democracy has failed to be implemented.

Idriss Déby was put in place in 1990 by the French army, which has been present in Chad since the beginning of Operation Sparrowhawk (l’opération Epervier) in 1986. French support has never stopped, and in 2013, following the war in Mali, has gone as far as diplomatic efforts in favor of rehabilitation. More generally in Africa, French policy, heavily influenced in 2013 by the French army, aims to build “peace and security” without taking into account the natures of regimes. The alliance with the worst dictator of the former French colonies, the Chadian, is resulting in a relaunch of Françafrique centered on the network of “friends of France” dictators.

In light of its record, French policy in Africa and Chad requires rapid reform: a stop to diplomatic and military support for dictators, especially for Idriss Déby; active support for African democrats; appropriate withdrawal of French troops from Chad; guarantees concerning the fight against the corruption of the French officials in Chad; and truth and transparency on all crimes observed by French officials in Chad between 1982 and 2013.


Lire le communiqué en version PDF

Introduction

Idriss Déby was applauded when he stood beside François Hollande in Bamako on 19 September 2013. He is now positioning himself as an unavoidable bulwark in the face of Islamist terror in Africa or a potential sub-contractor for military and peacekeeping operations. The Chadian dictator has emerged from the war in Mali with his position strongly reinforced. On 18 October 203 he obtained for Chad a seat as a non-permanent member of the United Nations Security Council. The French Government allied its army in the fight against ‘Jihadism’ in the Sahel Desert with the troops of a Head of State who is one of the worst dictators in Africa.

Events in 2013 marked by French influence in the Sahel mask the tragic reality of the Chadian regime. Therefore, to “rehabilitate” a dictator as notorious as Déby has necessitated the concealment of many different aspects of Chadian history: the civil wars, the massacres and the crimes committed by the army, the underdevelopment, the hijacking of the oil windfall, fraudulent elections, repression of democratic debate, of freedom of the press and of civil society.

This beginning of a French “amnesty” for the crimes of the Chadian President will benefit all African dictators whose own crimes are of lesser magnitude or concomitant to his. The resulting rehabilitation of African leaders is one of the clearest signs that France has abandoned its policy of “breaking with Françafrique”, which could only have happened if Paris had definitely distanced itself from the Françafrique dictators, and had rapidly reinforced its support for democratic forces.

Instead of the expected and long-awaited change in policy, France has put in place a policy based on “Peace and Security” without paying due consideration to the natures of the regimes it is dealing with. French policy seems to have backed away from the “comprehensive approach” advocated by the European External Action Service which, in theory, has not abandoned democratization in favor of a policy of security. This highlights the level of influence the French army has not only over Chad but over French policy itself. The absence of truth and justice about military cooperation with Chad is a reminder that the French army has not yet undergone the reforms necessary to distance it from the way in which it structured Françafrique.

To be followed on : http://electionsafrique.org/Tchad-2013-la-rehabilitation.html

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