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Violation des droits syndicaux et humains en Afrique / Thierry Lepaon SG de la CGT écrit à Hollande

par Thierry Lepaon 8 Décembre 2013, 17:17 Sommet Afrique-France France Françafrique CGT

Violation des droits syndicaux et humains en Afrique / Thierry Lepaon SG de la CGT écrit à Hollande

Violation des droits syndicaux et humains en Afrique / Thierry Lepaon SG de la CGT écrit à Hollande

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Le GriGri
Thierry Lepaon

Violation des droits syndicaux et humains en Afrique

vendredi 6 décembre 2013

Voici le texte d’une lettre que le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon vient d’adresser au chef de l’Etat

Monsieur le Président,

Les 6 et 7 décembre, vous recevez à l’Elysée les chefs d’Etat africains dans le cadre du sommet pour la paix et la sécurité. La paix est la condition d’une vie digne et décente. Ces propos, que vous avez prononcés mercredi 4 décembre lors de la Conférence « Pour un nouveau modèle de partenariat économique entre l’Afrique et la France », la CGT y souscrit pleinement.

Pour notre organisation syndicale, la condition d’une vie digne est également celle de disposer d’un travail décent. A ce titre, la CGT s’investit aux côtés des organisations syndicales africaines indépendantes pour travailler à ce que cela devienne une réalité en Afrique. Nous avons ensemble l’ambition de faire en sorte que les travailleurs conquièrent leur émancipation individuelle et collective et participent à la transformation de la société et du monde. Nous nous battons chacun pour défendre les droits des travailleurs, en gagner de nouveaux, améliorer les conditions de travail et de vie. Ces engagements qui sont les nôtres ne sont pas malheureusement pas souvent compris ni acceptés par vos homologues africains. Je me permettrais de citer ici quelques exemples.

En Côte d’Ivoire, notre camarade Basile Mahan Gahé, Secrétaire général de la centrale DIGNITE a été enlevé par les Forces Républicaines de Sécurité en Côte d’Ivoire (FRCI) dès l’arrivée au pouvoir du Président Ouattara. Il a vécu 18 mois d’incarcération et de torture. Libéré fin 2012, il est mort quelques mois après à l’âge de 60 ans.

Au Tchad, l’Union des Syndicats du Tchad (UST) a rédigé l’année passée une pétition dénonçant la corruption et l’appauvrissement de la population sous la présidence d’Idriss Déby. Trois de nos camarades, François Djondang, Michel Barka et Younous Mahadjir ont été accusés de diffamation puis condamnés à 18 mois d’emprisonnement pour crime de haine.

En Guinée, au mois de juin 2013, le Secrétaire général de la Confédération Nationale des Travailleurs/seuses de Guinée (CNTG), Ahmadou Diallo, a été victime d’une attaque à main armée dans sa maison de Conakry. Les agresseurs portaient des uniformes militaires et ont tiré sur sa maison où se trouvait sa famille.

Aux Comores, nos camarades de la Confédération des Travailleurs des Comores (CTC) sont discriminés quotidiennement, menacés, licenciés en raison de leur engagement syndical.

A Djibouti, sous le gouvernement de Monsieur Ismail Omar Guelleh, des syndicats affiliés au pouvoir ont été créés. Les deux centrales syndicales Union des Travailleurs (UDT) et l’Union Générale des Travailleurs de Djibouti (UGTD) indépendantes ne sont pas reconnues par l’Etat. Nos camarades de la Fonction Publique sont licenciés sitôt qu’ils osent revendiquer de meilleures conditions de travail auprès du gouvernement.

Des organisations syndicales et leurs responsables ont été la cible de persécutions au Swaziland, au Zimbabwe, des mouvements de grèves fortement réprimés au Kenya et en Afrique du Sud …

Je ne souhaite pas ici, Monsieur le Président, m’étendre davantage sur la violation des droits syndicaux et humains dont sont victimes les syndicalistes en Afrique. Sans prétendre intervenir dans vos échanges lors du Sommet sur la paix et la sécurité, permettez-moi de penser qu’il s’agit là sans doute ici d’une piste de travail que vous pourrez aborder avec vos homologues. La paix est la condition d’une vie digne et décente, vous le rappeliez.

La paix n’existe pas quand les gouvernements méprisent les droits des travailleurs, quand le dialogue est étouffé, la critique interdite. Si vous me permettez de conclure ma lettre en empruntant les mots de Victor Schoelcher, abolitionniste, je dirais que « La liberté d’un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l’une sans compromettre l’autre à la fois. » C’est le sens de notre combat : le combat pour la raison, le combat pour la justice, le combat pour les droits de l’homme.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.

Violation des droits syndicaux et humains en Afrique / Thierry Lepaon SG de la CGT écrit à Hollande

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