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Gladio : "Le chef du gouvernement italien a dû reconnaître son existence" et en France ? (L'Humanité)

par L'Humanité 23 Février 2014, 19:07 Gladio CIA USA Italie France

Gladio : "Le chef du gouvernement italien a dû reconnaître son existence"  et en France ? (L'Humanité)
Gladio : "Le chef du gouvernement italien a dû reconnaître son existence"
Par Pierre Gardais
L’Humanité 29 11 1990"

"Le chef du gouvernement italien a dû reconnaître son existence"

PARMI les incriminations multiples dont ont fait l’objet Lucio Gelli (grand maître de la loge « P2 »), son homme de confiance, le très américanophile Francesco Pazienza et son principal homme de main Stephano Delle Chiaie (ancien associé de Klaus Barbie en Bolivie), la plus grave fut assurément leur commune inculpation pour le massacre de la gare de Bologne, attentat aveugle qui fit, le 2 août 1980, 85 morts et quelque 200 blessés.

Le 18 juillet dernier, tombe l’arrêt d’ultime instance : acquittement général, pour insuffisance de preuves ! Même en plein été, même en Italie blessée, c’en était trop ! Une nausée d’indignation secoua la péninsule. La colère générale fit même grincer le Quirinal et le président de la République intervint, se scandalisant du verdict bolognais et s’inquiétant de savoir quel crédit il convenait d’accorder à l’interview d’un ancien fonctionnaire de la CIA, Richard Brenneke, diffusée les 28 juin et 2 juillet au journal de 20 heures par la principale chaîne de TV italienne, la RAI-UNO.

Même s’ils n’ont été réunis que par le calendrier et le Quirinal, l’acquittement de Bologne et les révélations de Brenneke vont très vite faire boule de neige...

C’est le 24 octobre qu’éclate le bouquet du feu d’artifice allumé fin juin par la « Rai-Uno », lorsque, devant la « Camera dei deputati », le chef du gouvernement tient les propos qu’il précisera, quinze jours plus tard, devant les sénateurs : oui ! sous le nom de code « Operazione Gladio » a été secrètement organisée, dans la plupart des pays du Pacte atlantique une « structure de renseignement, de riposte et de sauvegarde » avec recrues clandestines, caches d’armes etc. Il va sans dire que le discours ainsi tenu par Giulio Andreotti devant les députés et sénateurs romains inciterait allègrement à la glose, et d’ailleurs les commentaires ne sont pas près d’en finir sur ce point. Quant à nous, nous nous en tiendrons à deux questions. Primo : quelles époques, quels pays et sous quelles formes ? Secundo : une affaire obsolète ou un problème actuel ?

L’OTAN et la CIA seraient impliquées

IL est surprenant de voir si peu évoquée ces temps ci une figure-clef de la « guerre froide », celle de Frank Gardner Wisner, qui, d’abord comme fondateur et chef de l’OPC (Office of Policy Coordination, sous « couverture » du département d’Etat), de 1948 à 1952, puis comme DDP (le directeur des « plans » et vrai N° 2) de la CIA, durant la demi-douzaine d’années suivantes, a organisé, dirigé et en grande partie conçu l’action clandestine anticommuniste des Etats-Unis. Le « Gladio » italien ou la « Rose des Vents » française n’étaient que des rouages de cet immense appareil de guerre secrète dont l’axe européen était l’ « organisation Gehlen » (puis BND de la RFA). Encore à titre d’exemple, on notera que, de 1968 à 1979, de sa retraite à sa mort, c’est Gehlen qui implante et anime dans toute l’Europe une « Private Intelligence Unit » dont la tête politique est le « Cercle Violet » (ou « Cercle Pinay ») si souvent cité dans l’affaire dite « des renifleurs »... Toute l’Europe, disions-nous, Suède, et Suisse comprises.

Ainsi lorsque, dans l’« International Herald Tribune » du 13 novembre Joseph Fitchett consacre un article à ce qu’il appelle la « Nato Résistance », est-il amené à écrire que « ces mouvements potentiels de résistance structurés par l’OTAN et financés dans certains cas par la CIA » ont fonctionné « même dans des pays neutres tels que la Suède et la Suisse, si l’on en croit les nombreuses et parfois contradictoires divulgations faites ces derniers jours à travers l’Europe ».

Les affaires de terrorisme sont éclairées d’un jour nouveau

ADOPTANT des formes toujours clandestines mais tantôt étatiques et tantôt privées, dépassant fort notablement le cadre de l’OTAN, couvrant des périodes politiquement bien différentes, on peut enfin évidemment se demander si l’« operazione Gladio », au sens le plus large, relève encore de l’actualité... Les remous politiques italiens, belges et espagnols répondent d’eux-mêmes. L’effet « Gladio » aurait il joué à ce point dans la péninsule si, de 1969 à 1980, plus de 600 attentats n’y avaient fait 362 morts et 172 blessés ; et si les terroristes « noirs » n’avaient pas pratiquement échappé à toutes condamnation ? L’effet « Gladio » aurait-il atteint la Belgique si les sanglants épisodes des « tueurs fous du Brabant » et quelques autres scandales de l’appareil répressif n’y avaient ému l’opinion ? Certes non. Mais le dossier de l’éventuelle et probable manipulation étatique du terrorisme reste une des plus brûlantes énigmes. Par exemple, « Gladio » permettrait-il d’expliquer enfin pourquoi et comment une arme faussement « volée », à la gendarmerie belge lors d’un « exercice antiterroriste » secret de l’OTAN, a pu être retrouvée aux mains des gens d’Action directe, le 21 février 1987, lors de leur arrestation à Vitry-aux-Loges ?

Action directe et « Nato Resistance », même combat ? J’exagère à peine puisque selon « le Monde » du 7 novembre, un ancien affidé de « Gladio » a tout simplement déclaré : « Selon les cas, on excitait ou en empêchait le terrorisme d’extrême gauche ou d’extrême droite... » D’ailleurs, n’est-ce pas un général qui en fut responsable pour l’Italie, alors colonel Gerardo Seravalle, qui, entendu le mardi 20 par la commission d’enquête parlementaire sur les « massacres », a déclaré qu’en 1972-1973, la moitié des membres de « Gladio » avait failli déclencher la guerre civile contre les communistes ? Ne sont-ce pas deux juges romains qui ont relancé, en fin de semaine dernière l’enquête sur de possibles contacts entre les Brigades rouges et « un service secret pas nécessairement de l’Est » (dixit « La Republica » du 24) lors de l’enlèvement et de l’assassinat d’Aldo Moro ? Et la rumeur espagnole sur l’aide apportée par le « Gladio » ibérique à des terrorristes néo-fascistes en fuite ? Pour ne pas développer sur la rumeur belge selon laquelle le « Gladio » local ne serait pas étranger à l’assassinat du dirigeant communiste Julien Lahaut en 1950 ?

L’effet « Gladio » est à l’oeuvre.

Par delà les aveux bureaucratiques et atermoiements subalternes des réservistes de la DGSE, le vrai problème est de savoir s’il apportera ou non des éléments sur une éventuelle manipulation politique du terrorisme par la CIA, l’OTAN ou, plus extensivement, par la « Western Intelligence Comunity », la communauté occidentale des « services ».

Pierre Gardais

l’Humanité 29 11 1990"

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"Opération Gladio : et la France ?"
L’Humanité 10.11.1990 
Par Myriam Barbera

"Gladio : et la France ?

Le chef du gouvernement italien Giulio Andreotti s’est voulu rassurant jeudi devant le Sénat à propos de l’affaire « Gladio » (Glaive), ce réseau anti-communiste armé fonctionnant sous l’égide de l’OTAN et financé par la CIA.

Il a affirmé que le « Gladio » n’avait jamais été impliqué dans les attentats terroristes qui ont ensanglanté l’Italie et a promis de remettre à la commission parlementaire chargée de ce problème une liste de 622 Italiens qui selon lui faisaient partie du Glaive. M. Andreotti a assuré que 127 dépôts d’armes auraient été démantelés. Il a cependant confirmé qu’en 1964 les renseignements militaires italiens avaient rejoint le « comité clandestin allié » dont les Etats-Unis, la France, la Belgique, la Grèce faisaient notamment partie.

Il n’a pas répondu aux demandes de dissolution du Glaive. Pour sa part, le juge d’instruction vénitien chargé de l’affaire, Felice Casson, veut entendre Francesco Cossiga, à titre de témoin et en sa qualité de Président de la République. « A ma connaissance, c’est la première fois qu’un chef de l’Etat italien en exercice est ainsi convoqué » a déclaré un membre un Conseil supérieur de la Magistrature dont M. Cossiga est président de droit.

En Belgique, le ministre de la Défense Guy Coëme a confirmé jeudi soir dans une interview à la radio publique RTBF l’existence d’un réseau international de services secrets qui aurait regroupé tous les pays du pacte atlantique. Il a indiqué avoir appris le matin même que son pays assurait la présidence tournante de cet organisme et que celui-ci avait eu une réunion fin octobre à Bruxelles. M. Coëme a demandé la dissolution de la filière et « une enquête administrative » sur son lien éventuel avec « le banditisme et le terrorisme qui ont frappé la Belgique dans les années 80 », tout en estimant qu’il n’y en avait pas.

La presse française -à l’exception du « Monde »- est très discrète sur les nouvelles révélations dans cette affaire. Elle ne pose surtout pas la question de l’existence d’une organisation du même type que le « Gladio » dans notre pays, bien que les dirigeants italiens et belges y aient fait référence. Le mutisme officiel sur la question n’est pas moins remarquable. Nous continuons à demander que la vérité soit rendue publique et que l’organisation soit démantelée sans délai.

Myriam Barbera

Article paru dans l’édition du 10 novembre 1990."

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