Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’échec de Sangaris: exode et nettoyage ethnique en Centrafrique (L'Humanité)

par L'Humanité 28 Février 2014, 12:16 Centrafrique France Sangaris Armée française Epuration ethnique

L’échec de Sangaris: exode et nettoyage ethnique en Centrafrique (L'Humanité)
L’échec de Sangaris: exode et nettoyage ethnique en Centrafrique

L'Humanité

La France a décidé l’envoi de 400 soldats supplémentaires en Centrafrique. Mais l’intervention n’a pas cessé les violences et a, au contraire, agrandi le fossé entre les communautés. Bangui se vide de sa population musulmane. Reportage.

Bangui (République centrafricaine), envoyé spécial. A la sortie de nord de Bangui, le quartier dit PK12 est en ébullition depuis des jours. Là vivaient auparavant des musulmans et des chrétiens, côte à côte. Les familles étaient même mixtes. Une situation maintenant inimaginable. Avant le mois de décembre, les milices de Séléka ont fait des ravages. Le sang a coulé. Les miliciens maintenant cantonnés ou repliés vers le nord, la vindicte des chrétiens s’est retournée contre leurs cousins d’hier. Une nouvelle milice, chrétienne celle-là, a fait son apparition: les anti Balakas (anti machettes) qui, de plus en plus, se font appeler les Balakas, une façon de dire qu’ils sont passés à l’offensive, coupent des mains et des têtes. Les habitants de confession musulmane ont été contraints de se replier un peu plus au sud, autour de la mosquée centrale de PK5, l’un des rares édifices islamique qui n’a pas été brûlé. Ils dorment dans le jardin, entassés, dans la promiscuité, sans hygiène, sans eau, sans rien. A PK12, d’ailleurs, les échoppes et les commerces des musulmans ont été brûlés. «On a grandi tous ensemble et maintenant on nous dit que nous sommes des étrangers», constate, amer, Aboubakar Sidik, un commerçant, en exhibant sa carte nationale. «On nous dit qu’on est des Séléka, mais ce n’est pas vrai. Maintenant les Balakas se retournent contre nous. On est obligé de fuir la mort. Ils tuent y compris devant les sangaristes (les soldats français de la force Sangaris (ndlr) qui ne nous protègent pas».

Les Français se déployent

Vendredi, des milliers d’entre eux avaient entassé le peu d’affaires qu’il leur reste sur des camions chargés jusqu’à la gueule, pour prendre la direction du nord, vers le Tchad. «On ne veut pas partir, mais on est obligé», déplorait Ali Yaya, un chauffeur de poids lourd alors que d’autres affirmaient ne plus vouloir rester dans un pays qui les rejette. Un départ avorté. Les forces africaines de la Misca ne sont pas parvenues à sécuriser la traversée de PK12, faisant craindre le pire.

Ce samedi, les soldats français se sont, enfin, déployés. Ce qui n’a pas empêché les incidents. Une foule en colère, massée sur le bord de la route, invective les véhicules des convois roulant cul à cul. Les militaires de la République du Congo (RDC), ont dû sortir les trousses de secours pour soigner un homme qui avait pris un sale coup de poignard au flanc après que son camion a été contraint de s’arrêter pour cause de crevaison. Sa tunique est maculée de sang. Autour de lui, ceux qui l’accompagnent ont les yeux injectés autant de colère que de peur. Eux aussi ont de grands couteaux, des arcs et quelques flèches. Ils repartent.

Impunité

Cette fois, le pire a été évité. La présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza, a bien promis mercredi «la guerre» à ces milices, faisant écho aux déclarations menaçantes faites ces derniers jours par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (en visite le même jour à Bangui) et les commandants des contingents français et africain en Centrafrique, qui visaient directement les miliciens et les pillards sévissant en toute impunité. Mais il est bien tard. Amnesty International dénonce un «nettoyage ethnique».

Pis, l’exode des populations de confession musulmane font craindre le risque d’une partition du pays (évoqué par les populations) ou, à tout le moins, l’installation d’une rébellion armée dans cette zone aux confins du Tchad et du Soudan. Si on n'y met pas un terme, cette crise «peut entraîner des décennies de conflit déstabilisateur», insiste même le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon. «Il y a une catastrophe humanitaire en Centrafrique, des risques de nettoyage ethno-religieux qui peuvent déchirer la structure sociale du pays», affirme pour sa part le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Gutteres.

En retard d'un événement

La France peut bien annoncer le déploiement de 400 militaires, s’ajoutant aux 1600 déjà présents, et demander à l’Union européenne d’appuyer son effort, sa politique interventionniste – sous prétexte d’opération humanitaire – jette un peuple et un pays dans le chaos. La boite de Pandore du conflit inter-religieux a été grande ouverte. Comme le dit Thierry Coulon de l’International Crisis group (ICG), «le problème, c'est qu'on est en train d'empiler les effectifs militaires sans avoir une vraie stratégie sur le rétablissement de la sécurité. Depuis le début, on est toujours en retard d'un événement. On est arrivé sur Bangui pour désarmer les rebelles Séléka, et on a été surpris par la montée en puissance des anti Balaka. On a chassé les Séléka de Bangui mais demain, on s'étonnera qu'ils se soient constitué un petit royaume dans le nord-est du pays». A Bangui «papa Hollande» aura bien du mal à se faire adouber. Comme au bon vieux temps de la Françafrique (même si un coup de pinceau a été donné), on a vu l’autre jour, la présidente Catherine Samba Panza, s’exprimer dans la ville de Mbaiki, du haut d’une tribune où se trouvaient le ministre français de la Défense et le général Francisco Soriano, commandant les troupes françaises de l’opération Sangaris. Les deux hommes l’ont ensuite élégamment raccompagné en hélicoptère jusqu’au palais présidentiel.

Dernière minute: l'intervention française en Centrafrique "sera plus long(ue) que prévu, parce que le niveau de haine et de violence est plus important que celui qu'on imaginait", a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, sur France Inter, ce samedi. Une opération militaire "ne se décrète pas comme du papier à musique, il faut s'adapter, se rendre compte des situations et répondre au besoin de sécurité en fonction des événements".

Source: L'Humanité

http://www.humanite.fr/monde/l-echec-de-sangaris-exode-et-nettoyage-ethnique-en-559189

commentaires

Haut de page