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La "Fouine" répond au directeur de Mediapart. La polémique enfle sur les blogs de Mediapart au sujet du lâchage d'un lanceur d'alerte par Mediapart

par Sam La Touch 14 Février 2014, 18:58 Articles de Sam La Touch Mediapart La Fouine Edwy Plenel Olivier Therondel Tracfin

La "Fouine" répond au directeur de Mediapart. La polémique enfle sur les blogs de Mediapart au sujet du lâchage d'un lanceur d'alerte par Mediapart

Le 29 janvier, Le Canard Enchaîné révélait que Mediapart avait dû fournir à la justice l'adresse e-mail et l'adresse IP d'un agent de Tracfin qui avait dénoncé sur un blog, hébergé par Mediapart, la lenteur du service antiblanchiment pour traiter le dossier Cahuzac. Identifié, l'agent a été suspendu de Tracfin en septembre 2013 et est poursuivi en justice.

Le Canard Enchaîné, 29 janvier 2014, extrait de l'article "Tracfin aux petits soins pour les célébrités. Leurs noms sont "anonymisés". Et le directeur n'échappe pas aux pressions politiques"

"Egalement classé dans les PPE, l'ex-ministre PS du Budget Jérôme Cahuzac n'a pas été traité comme le tout-venant. Après sa démission pour cause de compte suisse, un agent de Tracfin a ouvert, sous un pseudonyme, un blog hébergé par "Mediapart". Il y signalait que le service antiblanchiment faisait preuve d'une incompréhensible lenteur pour transmettre au Parquet des informations relatives aux rapatriements d'argent de Cahuzac. Enquêtes à retardement Pour le blogueur, en revanche, les choses n'ont pas traîné. Tracfin ayant aussitôt porté plainte, "Mediapart" a "communiqué deux informations (adresse e-mail et adresse IP) qui ont permis à la police judiciaire parisienne de remonter jusqu'à moi", écrivait Olivier Thérondel, l'agent démasqué, dans son blog du 24 octobre. Dur, pour un de ces "lanceurs d'alerte" dont "Mediapart" se fait pourtant le défenseur..."Ce blogueur savait qu'il ne bénéficiait pas de la protection des sources journalistiques, indique la direction du site. La charte que nous leur soumettons est claire à ce sujet."

Une action surprenante quand on sait que Mediapart fut le seul média à révéler l'évasion fiscale organisée par un ministre du gouvernement socialiste. C'est l'affaire Cahuzac. Un insider de Tracfin pensait être à l'abri en publiant des infos sur les blogs de Mediapart selon lesquels Tracfin ralentissait l'enquête mais ben mal lui en a pris, son identité fut révélé par le journal Mediaparrt sur demande de la polce judiciaire suite à la plainte de Tracfin.

L'affaire révélée par Le Canard a fait grand bruit sur les blogs de Mediapart. Un premier billet intitulé "Mediapart balance un lanceur d'alerte recueille plus de 600 commentaires. Le directeur de la rédaction décide de sortir du bois et s'explique sur cette attitude étonnante de la part d'un média qui prétend défendre la liberté d'information. Le blogueur "La Fouine" aurait sans doute dû contacter directement les journalistes ou bien le Frenchleaks mais sans doute ne s'attendait il pas à être balancé aussi prestement. S'en suit alors une réponse d'Olivier Therondel alias La Fouine à Edwy Plenel.

Vous trouverez ci-dessous les deux lettres.

Le prix d'un lanceur d'alerte. Lettre ouverte à Edwy Plénel
09 février 2014 | Par La Fouine

Cher Mr Edwy Plénel,

Dans votre réponse du 30/01/2014 au billet «Médiapart balance un lanceur d'alerte» posté par le blogueur JOELMARTIN, vous justifiez votre réponse à la réquisition de la Police Judiciaire (visant à identifier le blogueur La Fouine) par l'explication suivante: «Un blogueur ne peut bénéficier du secret qui protège la source d’un journaliste. Nous n’avions donc pas d’autre choix que de répondre à la réquisition judiciaire».

La polémique ne porte pas uniquement sur le fait qu'un blogueur puisse se prévaloir (ou pas) du secret des sources. Ce qui interpelle l'opinion publique, c'est plutôt la facilité déconcertante avec laquelle vous avez cédé. En effet, compte tenu de votre envergure, on aurait pu s'attendre à ce que vous fassiez preuve d'un peu plus de résistance... Il n'en a rien été. Pire encore, votre mail se conclue par la formule obséquieuse «En vous priant d'excuser le retard de notre réponse, dû aux congés d'été (...)».

Compte tenu des conséquence que votre lâcheté a eu sur mon existence, permettez-moi de vous poser 2 questions, dont la réponse intéresse certainement les lecteurs de Médiapart (dont je reste un fidèle lecteur):

1°) Sachant que l'amende légale qui sanctionne le refus de répondre à une réquisition judiciaire dans le cadre d'une enquête préliminaire (art 77 du C.P.P) est de 3 750 €, estimez-vous qu'un lanceur d'alerte ne vaut pas ce prix?

2° A combien de réquisitions judiciaires relatives aux blogueurs du club de Médiapart avez vous répondu en 2013?

Olivier THERONDEL dit «La Fouine».

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Réponse d'Edwy Plenel au billet Mediapart balance un lanceur d'alerte

30/01/2014, 10:35 | Par Edwy Plenel

Chers tous, les faits sont simples, connus de "La Fouine" avec lequel s'entretient régulièrement Fabrice Arfi et compris du Canard Enchaîné qui s'est refusé à en tirer les conclusions délirantes de Joël Martin. Voici ma réponse au journaliste du palmipède qui m'avait appelé à ce sujet (datée du 20 janvier):

« Cher Jean-François Julliard,

« Comme je vous l'ai dit, "La Fouine" a blogué de sa propre initiative et ce n'est qu'après plusieurs mois qu'il est entré en relation avec Fabrice Arfi. Il ne s'agit donc pas d'une source que nous aurions incité à bloguer ou qui aurait blogué en nous en informant au préalable.

« Nous sommes ici au cœur d'un enjeu essentiel pour la presse en ligne: comment instaurer un participatif de qualité et de responsabilité. La spécificité de Mediapart, c'est que ce participatif n'est accessible qu'à des abonnés qui, par conséquent, ne sont pas anonymes pour nous, même s'ils utilisent, ce qui est leur droit, des pseudonymes. Nous nous battons pour sauver ces nouveaux espaces démocratiques à la fois de la tentation étatique de les museler (ce que signifierait une jurisprudence qui nous transformerait en directeur de publication, alors que nous revendiquons le seul statut d'hébergeur) et de la tentation marchande de les normaliser (ce que fait toute la presse commerciale en choisissant une modération a priori de ses sites confiée à des prestataires extérieurs, souvent délocalisés hors de France).

« Voici enfin les compléments factuels à notre conversation:

« - ma réponse sur son cas pour un livre sur les lanceurs d'alerte à paraître chez Don Quichotte:

« "Derrière le cas de “La Fouine”, explique Edwy Plenel, il y a une double question : celle du statut d’un blog participatif et celle du statut des lanceurs d’alerte. Un blogueur ne peut bénéficier du secret qui protège la source d’un journaliste. Tout simplement parce qu’il a choisi d’écrire lui-même et, à ce titre, est donc responsable de ce qu’il affirme dans l’espace public. Nous n’avions donc pas d’autre choix que de répondre à la réquisition judiciaire. En revanche, nous nous battons pour que les citoyens qui, sans passer par l’intermédiaire d’une rédaction, décident eux-mêmes de diffuser des informations d’intérêt public, bénéficient de protections judiciaires, inspirées de celles applicables aux journalistes : prouver la vérité des faits, démontrer leur bonne foi, exciper de la légitimité du but poursuivi, etc. Autrement dit, le citoyen lanceur d’alerte doit pouvoir assumer publiquement les actes qu’il revendique. Mais, dans tous les cas, il ne peut se cacher derrière l’anonymat qui est réservé aux sources protégées des journalistes, lesquels assument dès lors la responsabilité publique des informations qui leur ont été confiés. Bref, se battre pour l’extension du droit de savoir ne peut, en aucun cas, signifier l’instauration d’une société de dénonciations anonymes." »

- le lien avec notre Charte éditoriale signalée à tout nouvel abonné qui précise, dès ses premières lignes, que nos contenus participatifs sont publiés sans modération a priori, donc sous la responsabilité pleine et entière de leurs auteurs. "Le Club est un lieu de liberté placé sous votre seule responsabilité" précise d'emblée la Charte (ici).

- enfin, un ancien billet de blog (du 9 août 2012) où j'avais clairement alerté nos lecteurs sur la responsabilité qui était la leur (). »

A la différence de la presse imprimée où seuls les journalistes ont la parole, concédant juste quelques tribunes sélectionnées à leurs lecteurs, la presse numérique participative permet d'interpeller publiquement le journal et d'obtenir des réponses de sa rédaction. C'est ce qu'illustre cette réponse, destinée à tous.

Pour autant, je ne suis pas dupe de l'attitude de dénigrement systématique envers Mediapart choisie par l'auteur de ce billet qui a décidé, depuis quelques mois, de s'en prendre à votre journal avec la plus grande mauvaise foi et la plus forte virulence, qu'il s'agisse de la TVA hier (alors même que dans ce combat légitime Le Canard Enchaîné nous a soutenus), de Jérôme Cahuzac avant-hier (qu'il a défendu jusqu'au bout contre toute évidence) ou de "La Fouine" aujourd'hui (pour lequel il nous fait un faux procès).

On a le droit de détester ce journal et ceux qui le font. Mais, dans ce cas là, on en change et on ne passe pas son temps à le débiner auprès des autres lecteurs. Cette attitude ouvre la voie à tous ceux qui veulent nuire à Mediapart, soit pour des intérêts économiques soit pour des intérêts politiques, via un anonymat protégeant les actions d'officines marchandes ou partisanes. En résumé: je m'abonne, et je cogne. Elle est profondément déloyale.

De fait, la presse traditionnelle imprimée à pris soin de se prémunir contre cette attitude dans ses versions en ligne. La charte du Monde proscrit ainsi « tout propos de nature à porter atteinte aux intérêts matériels et moraux du Monde Interactif ou à l’image de marque du Monde » (c'est ici). Il en va de même « pour toute contribution dénigrant directement ou indirectement Le Figaro, ses journalistes et ses dirigeants » (c'est là).

Pour notre part, nous avons jusqu'ici fait confiance à l'esprit de responsabilité de nos lecteurs, pensant qu'ils sauront protéger cette liberté qui leur est offerte des passions destructrices et des aveuglements narcissiques. Aurions-nous eu tort?

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