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La France va-t-en-guerre (CADTM)

par Eric Berr 10 Février 2014, 18:28 France Guerre OTAN Afrique Armée française Serval Sangaris

La France va-t-en-guerre
CADTM
Eric Berr

J’avoue être passablement surpris, pour ne pas dire agacé, par l’empressement de François Hollande à engager en première ligne les troupes françaises sur divers terrains d’opération. Il s’inscrit en cela dans la lignée de son prédécesseur à l’Élysée qui, en décidant en 2007 (avec une mise en œuvre effective en 2009) de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN quitté en 1966, a donné une nouvelle orientation à la politique étrangère française. En effet, tandis que l’on avait pu saluer la position de la France quand elle refusait en 2003 de se joindre aveuglément et sans mandat de l’ONU à l’opération unilatérale décidée par les États-Unis contre l’Irak, force est de reconnaître que, depuis notre retour dans le giron de l’OTAN, nous faisons preuve d’un zèle à faire rougir l’ex président-guerrier Georges W. Bush. Ainsi, en moins de trois ans, la France s’est engagée en première ligne dans pas moins de trois conflits (Libye en 2011, Mali et Centrafrique en 2013) et aurait souhaité en ajouter un quatrième en Syrie si ses ardeurs guerrières n’avaient été refroidies par le Congrès des États-Unis.

Comment expliquer un tel empressement à montrer aux yeux du monde nos forces militaires, humaines et matérielles ? Est-ce un moyen d’aider ce pauvre Serge Dassault à vendre son rafale subventionné par l’État français ? Quelques missions aériennes réussies de notre avion de chasse national permettront-elles de signer un contrat juteux avec le Brésil (non, trop tard !) ou l’Inde ? Ou bien est-ce une demande d’Areva qui souhaite sécuriser ses approvisionnements en uranium afin de continuer à pérorer que l’énergie nucléaire est la moins chère et assure l’indépendance énergétique de notre pays (sic) ?

Plus sérieusement, ne voyons-nous pas plutôt la Françafrique, honnie tant par Nicolas Sarkozy que par François Hollande, refaire surface au moyen d’un néo-colonialisme qui, bien que paré de vertus humanitaires, ne veut dire son nom ? Comment accepter en effet que l’ancienne puissance coloniale (dans le cas du Mali et de la Centrafrique, mais nous pourrions ajouter la Côte d’Ivoire), qui est à l’origine de nombreux maux de ces pays et les ont entretenus après leurs indépendances, puisse être la mieux placée pour sortir ces pays de l’ornière ? Autant demander aux traders de la City de réguler la finance mondiale… Et puis les arguments humanitaires ne tiennent plus. La France a soutenu nombre de dirigeants africains – vertueux ou ayant pris quelques largesses avec les droits de l’Homme – qu’elle abandonne aujourd’hui de façon totalement opportuniste. Bref, on peine à trouver une cohérence à une politique étrangère française qui, par ailleurs, soutient en Libye ceux qu’elle combat au Mali…

Je n’ose pas imaginer que l’enchaînement des discours guerriers et l’empressement à en découdre aient pour seule ambition de gagner quelques points dans les sondages, grâce aux nostalgiques de la grande France, ou de détourner momentanément notre attention des effets pervers des politiques économiques libérales imposées depuis trop longtemps. N’oublions pas que la palme de la guerre opportuniste avait été gagnée par Nicolas Sarkozy en Libye. Pour être un vrai leader à l’échelle du monde, il lui fallait montrer qu’il était un grand chef de guerre. Ainsi, avec l’appui de David Cameron, lui aussi prétendant au titre de leader à stature internationale, il se mit à bomber le torse, comme la grenouille de La Fontaine, afin de devenir aussi gros que le bœuf – ou plutôt le beef – américain. Il se pourrait toutefois que, comme pour la grenouille, la fin soit tragique s’il s’avérait que sa campagne électorale de 2007 avait été financée par Kadhafi, l’ami qu’il recevait en grandes pompes en 2008 à l’Élysée avant de lui déclarer la guerre… et de se féliciter de sa mort.

Quelles qu’en soient les raisons, avouables ou inavouables, cette politique guerrière a également un coût, d’ailleurs bien supérieur à celui anticipé par le ministère de la Défense. En effet, 1,3 milliard d’euros a été dépensé pour les opérations militaires françaises en 2013, soit plus du double des 630 millions prévus initialement. Ce surcoût devra être financé par des gels de crédits dans d’autres ministères, confirmant une austérité à géométrie variable.

Si la politique est bien une affaire de choix, ceux du gouvernement actuel apparaissent malheureusement assez clairs… Ils ressemblent toutefois fort à ceux opérés par des régimes dont la crédibilité est écornée. Dans ce cas, grande est la tentation de retrouver une virginité en se posant en sauveur de la patrie en danger, quitte à créer des ennemis extérieurs ou à diaboliser ceux qui n’ont pas les mêmes opinions que nous afin de ressouder la population et détourner son attention des vrais problèmes qui se posent à elle – le chômage et l’inégale répartition des richesses. En agissant ainsi, nos gouvernants montrent au monde que nous ne sommes plus la patrie des droits de l’homme mais celle des droits de l’arme.  Eric Berr

Si la politique est bien une affaire de choix, ceux du gouvernement actuel apparaissent malheureusement assez clairs… Ils ressemblent toutefois fort à ceux opérés par des régimes dont la crédibilité est écornée. Dans ce cas, grande est la tentation de retrouver une virginité en se posant en sauveur de la patrie en danger, quitte à créer des ennemis extérieurs ou à diaboliser ceux qui n’ont pas les mêmes opinions que nous afin de ressouder la population et détourner son attention des vrais problèmes qui se posent à elle – le chômage et l’inégale répartition des richesses. En agissant ainsi, nos gouvernants montrent au monde que nous ne sommes plus la patrie des droits de l’homme mais celle des droits de l’arme. Eric Berr

La France va-t-en-guerre (CADTM)

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