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Affaire Tomi, un Valls pas bien malien ? (Bakchich)

par Xavier Monnier 31 Mars 2014, 17:24 Valls France Corsafrique Françafrique Tomi Pasqua Affaire Tomi Corruption

Affaire Tomi, un Valls pas bien malien ? (Bakchich)
Affaire Tomi, un Valls pas bien malien ?
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Par Xavier Monnier

Le ministre de l'Intérieur a suivi de très près l'enquête sur «le parrain des parrains corses». Sans avertir ses collègues du gouvernement de ses liens avec IBK, devenu président malien avec l'appui de la France.

De la débâcle életorale qu'ont essuyée le gouvernement et le parti socialiste lors des municipales des 23 et 30 mars, un homme semble encore épargné. Intouchable ministre de l'Intérieur, Manuel Valls est même depuis de long mois présenté comme un potentiel successeur de Jean-Marc Ayrault au poste de premier ministre. Un déménagement de quelques centaines de mètres, de la Place Beauvau à l'hôtel Matignon, qui a encore attisé les rumeurs en fin de semaine. Et que les résultats du second tour des élections ne font que renforcer.

Depuis son intronisation comme premier flic de France, l'ancien maire d'Evry a incarné une vraie politique de gauche. Jamais trop dur avec les Roms -qui n'ont pas vocation à rester en France, avec les expulsés -des chiffres de reconduite qui ont fait rougir d'admiration ses prédecesseurs Hortefeux ou Guéant, Valls a considérablement fait évoluer le poste. D'homme le mieux renseigné de France, le ministre de l'Intérieur est pourtant devenu le moins bien informé.

Par exemple lors de la révélation de la liaison entre le président Hollande et Julie Gayet par Closer. Le scandale révélé ne l'a pas effleuré, quand bien même les agapes du président se sont déroulées dans un appartement lié à des figures du grand banditisme insulaire, notamment apparus dans les affaires du Cercle Wagram.

Puis lors de la mise sur écoute de l'ancien Président Nicolas Sarkozy. Mandaté par des juges d'instructions, des policiers ont procédé à des interceptions téléphonique sur les téléphones, officiel et secret, de Sarko Ier. Sans que, a juré le ministre, lui-même ne soit au courant. Si son argutie n'a pas convaincu, sa discrétion lui a valu moins de quolibets qu'à son ennemie gouvernementale, la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Au coeur de la Corsafrique

La carte de l'ignorance sera en revanche bien plus difficile à tenir après que Le Monde a dévoilé qu'une information judiciaire a été ouverte le 25 juillet dernier pour blanchiment, faux et usage de faux. Cette enquête vise Michel Tomi. Presqu'un inconnu pour le grand public. L'homme est pourtant soupçonné d'être «le parrain des parrains» corse. Résident gabonais depuis près de 20 ans, Tomi a fait fortune dans les jeux en Afrique, développant sa société Kabi sur toute la zone francophone ou presque. PMU au Cameroun et au Gabon, casino à Libreville, investissements immobiliers au Maroc etc. Proche de Charles Pasqua, avec qui il a été condamné dans l'affaire du casino d'Annemasse (convaincu d'avoir financé le parti de Môssieur Charles du RPF lors des Européennes de 1999 en échange d'autorisations ministérielles), Michel Tomi, 66 ans, attend le délibéré du volet monégasque du dossier pour ce lundi 31 mars. Son nom surtout, est apparu ces derniers années comme le soutien financier de grands noms du banditisme corse. Intime de Richard Casanova, feu le fer de lance du gang de la Brise de Mer, Michel Tomi n'a jamais démenti s'occuper du bien-être de sa veuve, Sandra Germani, dont il paie les déplacements à Paris, le logement dans la capitale ou encore son pied à terre à Ajaccio. Des liens suffisamment étroits pour que tous les regards se portent vers Michel Tomi, quand Jean-Luc Germani, le frère de Sandra et considéré comme l'éxécuteur testamentaire de Richard, a commencé en juin 2011 une longue cavale qui l'a notamment vu passer par le Gabon, le Cameroun et la République démocratique du Congo. Trois pays où le richissime Tomi a des intérêts et de solides relations avec l'appareil d'Etat.

« Etant donné qu'ils cherchent Germani et sa bande, il n'est pas étonnant qu'ils s'intéressent à leur hôtelier», susurre une source judiciaire. Manuel Valls lui-même, dans un entretien accordé en mai 2013 à l'Express, n'a pas fait grand mystère de ses soupçons. «Je n'exclus pas l'existence de donneurs d'ordre supervisant ces systèmes criminels, soit depuis le continent, soit depuis l'étranger, en Amérique latine ou encore en Afrique». Une allusion lumineuse et pour cause.

Réunions à la DRPP

Depuis les débuts de la balade de Germani, condamné par contumace pour extorsion dans l'affaire du Wagram, les services de la direction du renseignement de la Préfecture de Police de Paris se sont penchés sur le cas Tomi. En 2012, ils n'ont guère manqué de ses visites, que ce soit à la Maison de la Truffe ou dans les hôtels du 15e arrondissement, écoutant doctement son portable, photographiant ses interlocuteurs, s'étonnant des contacts réguliers qu'il a à la DCRI (son demi-frère y oeuvre) ou avec l'Office Central de Lutte contre le Crime Organisé (OCLCO).

Selon les informations de Bakchich, ce discret dossier a été suivi très attentivement par Manuel Valls, au point que des réunions mensuelles entre son cabinet, le directeur de la DCRI Patrick Calvar et le patron de la DRPP étaient programmées. Et là se dessine un petit souci.

Les anciens RG ont également découvert le fabuleux entregent africain de l'ancien croupier, pourtant légendaire sur le continent. Ainsi comme le raconte Le Monde, en 2012, Michel Tomi a plusieurs fois rencontré à Paris Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK. Or cet homme politique malien «ami de longue date de M. Tomi» selon son avocat Me Lionel Moroni, a bénéficié de si grandes largesses du Corse-africain que les juges Tournaire et Robert, en charge de l'enquête pour blanchiment à l'été 2012, ont demandé et obtenu un supplétif pour «corruption d'agent public étranger». Ce qui n'est pas sans poser de menus soucis. IBK a été élu président du Mali à l'été 2013, élection durant laquelle la France, après être intervenue militairement au Mali en janvier 2013, n'a pas fait mystère de son soutien.

Ainsi, le président malien se voit soupçonné d'être corrompu par le «parrain des parrains corses», qui exploite depuis 20 ans le casino de Bamako. Gênant. Surtout, Manuel Valls, qui a suivi l'enquête avant même qu'elle ne soit judiciarisée et placée entre les mains des juge Tournaire et Robert, connaît les liens qui unissent Tomi à IBK. A-t-il oublié d'en avertir ses collègues du gouvernement et le chef de l'Etat quand il a été question de soutenir un candidat à la présidentielle malienne? L'a-t-il fait sans être entendu? Ou fait preuve d'une Valls hésitation...

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