Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comment expliquer les victoires électorales du Front national néofasciste en France ? (WSWS)

par Alex Lantier 27 Mars 2014, 10:59 France Front national Néofascisme

Comment expliquer les victoires électorales du Front national néofasciste en France ? (WSWS)
Comment expliquer les victoires électorales du Front national néofasciste en France ?
WSWS
Par Alex Lantier

Les élections municipales en France ont révélé au grand jour la crise politique qui existe en France et dans l'ensemble de l'Europe ainsi que les dangers encourus par la classe ouvrière.

Les bénéficiaires politiques du discrédit de la « gauche » bourgeoise, représentée en France par le Parti socialiste (PS) du président méprisé, François Hollande, sont les partis néofascistes tel le Front national (FN) en France.

Sur fond d’abstention record de 38,5 pour cent, dans 229 des 600 municipalités où le FN a déposé des listes, il est resté au deuxième tour qui se tiendra dimanche prochain. Steeve Briois du FN a été élu dès le premier tour à Hénin-Beaumont, municipalité du bassin minier du Nord de la France et qui fut dévastée par les fermetures de mines organisées dans les années 1980 par le PS.

Le FN est aussi arrivé en tête dans 17 villes de plus de 10.00 habitants. Il s’agit notamment de Forbach où sa liste a obtenu 36 pour cent des voix, de Fréjus (40 pour cent), de Béziers (45 pour cent), de Perpignan (34 pour cent) et d’Avignon (30 pour cent).

Le FN est arrivé en seconde position à Marseille, deuxième ville de France, derrière le maire sortant Jean-Claude Gaudin du parti gaulliste de droite, l’Union pour un Mouvement populaire (UMP). Le FN a doublé son score à Paris, où les intermittents du spectacle, s’en sont pris au siège de la candidate PS à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo, pour protester contre les mauvaises conditions de travail.

Dans une démarche lourde de conséquences, des sections de la classe dirigeante française réagissent à l’effondrement du soutien populaire pour le PS pour encourager l'intégration totale du FN dans la politique officielle. La dirigeante du FN, Marine Le Pen, a prédit « la fin de la bipolarisation, » du PS et des gaullistes et la montée du FN. « Le Français se sont libérés du faux choix droite-gauche, » a-t-elle dit.

Le Monde, quotidien favorable au PS, écrit : « Si Marine le Pen dit vrai, c’est un séisme : le bipartisme est mort, place au tripartisme PS, UMP, Front national… Pour appuyer sa thèse, la présidente du FN ne manque pas d’arguments. »

Si le FN est en mesure de tirer parti du mécontentement social c'est uniquement en raison du rôle réactionnaire joué par le PS, pro-patronat, et les groupes petits-bourgeois de pseudo-gauche tel le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui œuvrent pour étouffer toute opposition politique au sein de la classe ouvrière. Le FN est de plus en plus perçu comme un parti « normal », surtout depuis l’élection de Hollande en 2012, car des partis comme le PS et le NPA sont eux-mêmes rapidement en train de prendre un tournant vers une politique d’extrême-droite.

Tandis qu'il inflige des coupes sociales en série et des cadeaux fiscaux au patronat, le PS en vient à lancer des appels de type fasciste. L’année dernière, alors que le gouvernement PS effectuait des interventions militaires au Mali et en République centrafricaine tout en poussant à la guerre en Syrie, des responsables du PS avaient reconnu qu'ils misaient, entre autres, sur l’espoir d’une guerre victorieuse rapide pour faire grimper Hollande dans les sondages. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait entre-temps appelé, de la manière la plus sinistre, à expulser toute la population Rom hors de France.

Le NPA, qui avait appelé à voter pour Hollande en 2012, tout en reconnaissant cyniquement que celui-ci adopterait une politique réactionnaire, n’a aucunement cherché à développer une opposition au PS. Profondément intégrés dans les médias, la bureaucratie syndicale et des sections universitaires proches du PS, le NPA et d'autres groupes similaire de pseudo-gauche ne sont pas considérés par les travailleurs comme étant engagés dans une lutte pour le pouvoir, et encore moins pour le socialisme, ce qui n'est effectivement pas le cas, mais comme faisant partie intégrante d’un establishment politique discrédité.

Ils ne s'agit pas là de partis de gauche cherchant à rassembler la classe ouvrière pour s'opposer au PS ou au FN. Il s'agit plutôt d'organisations de droite que l'on peut à peine différencier de du Parti socialiste et de Hollande. Elles parlent au nom de sections aisées de la classe moyenne qui cherchent à sauvegarder leurs privilèges en entravant toute éruption de luttes des classes susceptibles de saper le PS.

Une démonstration de l’hypocrisie des critiques émises par le NPA à l’égard du FN, critiques d'ailleurs de plus en plus mitigées, est le fait qu’il salue comme étant une révolution démocratique le coup d’Etat mené le mois dernier par l’allié du FN en Ukraine, le parti néofasciste Svoboda,

La question essentielle dans la lutte contre le fascisme est l’unification et la mobilisation de la classe ouvrière en France et internationalement dans une lutte révolutionnaire contre le capitalisme. Bien qu’il existe une hostilité profonde contre le fascisme au sein de la classe ouvrière, cette opposition ne peut être mobilisée que si les travailleurs plus avancés sont armés d’une perspective socialiste. Ceci requiert une lutte impitoyable pour révéler au grand jour le gouffre de classe qui sépare la lutte pour le socialisme, fondée sur l’héritage politique du trotskysme, de la politique bourgeoise et réactionnaire de la pseudo-gauche.

Ces forces de la pseudo-gauche sont depuis des décennies dans la continuité de la perspective en faillite de l’« Union de la gauche. » C'est sur cette base que l’Organisation communiste internationaliste (OCI, précurseur de l'actuel Parti ouvrier indépendant, POI, de feu Pierre Lambert) avait rompu en 1971, trois ans après la grève générale de 1968 en France, avec le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), mouvement trotskyste mondial. L’OCI avait cherché à collaborer avec l’ensemble des partis de « gauche », pour soi-disant pousser à gauche le PS nouvellement formé et le Parti communiste (PCF) stalinien.

Ce faisant, l’OCI était devenu un instrument du PS, lui-même un appareil électoral au service de François Mitterrand, un ancien responsable du régime collaborateur de Vichy avec les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.

Après son élection en 1981, qu’il avait obtenue en alliance avec le PCF, Mitterrand avait réagi à l’accroissement des déficits budgétaires et à la fuite des capitaux, organisée par les banques, en abandonnant son programme restreint de réformes. Il avait mis en place un « tournant de la rigueur » en réduisant drastiquement les dépenses sociales et en démantelant les industries non compétitives qui avaient été les bastions de la radicalisation de la classe ouvrière après 1968.

Dans une démarche, dont les implications réactionnaires deviennent de plus en plus claires, Mitterrand avait réussi, en dépit de la colère sociale grandissante, à se maintenir au pouvoir dans les années 1980 et 1990 en promouvant le profil du FN dans les médias et en utilisant ce dernier pour diviser le vote de la droite.

Néanmoins, l’OCI et les autres forces de pseudo-gauche continuèrent à soutenir les sociaux-démocrates du PS. Après que, de 1997-2002, le gouvernement de la « gauche plurielle » du premier ministre Lionel Jospin et mené par le PS, se soit discrédité par sa politique d’austérité, Jospin fut éliminé du second tour des élections présidentielles de 2002 par le président sortant Jacques Chirac de l’UMP et le dirigeant du FN d’alors, Jean-Marie Le Pen. La classe ouvrière se trouva alors confrontée au « choix » de voter, au second tour, pour le président sortant de droite Chirac ou le candidat de l’extrême droite, Le Pen.

Bien qu’ils aient obtenu un score combiné de 11 pour cent des voix au premier tour des élections, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), prédécesseur du NPA, Lutte ouvrière (LO) et le Parti des Travailleurs (anciennement OCI) ne cherchèrent pas à mobiliser la classe ouvrière contre une élection qui était largement considérée comme illégitime. Au lieu de cela, ils se rallièrent aux appels à élire Chirac, en affirmant que ceci endiguerait la montée du fascisme en France.

Ils rejetèrent l’appel du CIQI en faveur d’un boycott actif des élections présidentielle, comme base pour le développement d’un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière contre les attaques sociales et les guerres qui allaient sûrement se produire avec la réélection de Chirac. Les événements de la décennie suivante confirmèrent totalement la politique avancée par le CIQI. L’alignement des partis de pseudo-gauche derrière un président de droite s'avéra être un tournant dans leur évolution encore plus droitière et dans le camp de la politique bourgeoise.

La question essentielle en France et partout en Europe est la construction de partis révolutionnaires, comme sections du CIQI. C'est la clé pour empêcher que les forces de pseudo-gauche ne subordonnent la classe ouvrière à la bourgeoisie, ouvrant ainsi la voie à des défaites sociales et des attaques contre les droits démocratiques encore plus importantes, perpétrées soit directement par le FN, soit du fait de l’adoption par l’ensemble de l’establishment politique de la politique du FN.

(Article original paru le 25 mars 2014)

commentaires

Haut de page