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De GW Bush à BHL : élucubrations sur la folie en politique (Globale Presse)

par bale Presse 13 Mars 2014, 09:48 BHL Bush USA OTAN Ukraine Propagande

De GW Bush à BHL : élucubrations sur la folie en politique (Globale Presse)
De GW Bush à BHL : élucubrations sur la folie en politique

Par Bernard Dugué
Globale Presse

Vous avez sans doute vu les images d’un BHL survolté, perché sur une tribune place Maïdan à Kiev et haranguant une foule nombreuse venue écouter notre Savonarole de l’Occident démocratique pour louer la démocratie et ses valeurs tout en disant le plus de mal possible de Vladimir Poutine. Pour BHL, la Russie est depuis des années l’axe du mal. Pour GW Bush, l’axe du mal était constitué des mouvements islamiques extrêmes et de quelques Etats désignés comme voyous, dont l’Irak qui maintenant, est toujours aux mains de voyous mais sans l’Etat. C’est un premier point de convergence entre ces deux personnages qui présentent un autre trait de caractère qu’on peut qualifier de « folie messianique ».

GW Bush et BHL, comme bien d’autres, se sentent investis d’une mission qui tire sa légitimité de l’universel ou parfois d’une improbable loi divine. Ce qui, traduit en langage occidental, signifie valeurs occidentales. Ce trait de caractère n’est pas inattendu chez un chef politique mais on s’interroge sur le chemin parcouru par BHL, qui l’a conduit de Ulm à la guerre planétaire. Un point de départ commun à bien des intellectuels. Etudes à Normale, voyages dans le monde, fréquentation des milieux germanopratins, quelques essais agrémentés de notoriété médiatique et d’une sévère critique d’universitaires avertis, y compris Sollers, une vie sentimentale agitée et calquée sur le nouveau désordre amoureux de ses compères Bruckner et Finkielkraut, un refus d’aller s’enterrer à l’Université et un passage à la direction d’un journal culturel et puis d’autres livres avec au passage un roman primé mais pas le Goncourt, ce qui sans doute contraria les desseins mégalopathiques de notre premier nouveau philosophe, comme il y a un premier ministre.

BHL abusait d’amphétamines paraît-il, comme du reste Sartre mais ce détail est-il important ? Bref une vie agitée comme tous les jeunes issus de bonne famille et du baby boom fréquentant la Sorbonne, les lieux intellectuels interlopes et plus tard les notables montant de la mitterrandie avec la constitution d’un réseau. De l’autre côté de l’Atlantique, Georges W. Bush, né deux ans avant BHL, vécu aussi les années agitées, de l’ère hippie jusqu’au disco et comme beaucoup de jeunes, drogues, alcool et vie dissolue, avec un père fortuné plaçant son rejeton dans un pensionnat réputé, armée, études à Harvard et puis comme il faut bien réussir, des affaires dans le pétrole comme tout Texan qui se respecte. Pour le côté folklorique, une affiliation au Skull and Bones qu’on ne commentera pas. Le détail important étant ailleurs, avec une fois soudaine qui en 1986 guérit Bush de ses défauts en le rachetant et le justifiant face à Dieu. C’est la fameuse conversion des « born again christians », la seconde naissance dans la vie du Christ, en référence à l’épisode de Jésus à Nicodème. Bush est un WASP typique des Etats-Unis, argent, réussite et religion protestante, la plus plastique des trois grands courants chrétiens, avec des tendances évangélistes, parfois sectaires et aussi messianiques.

On voit donc quelques points communs entre GW Bush et BHL. Le pouvoir mais pas réduit au soft power. C’est le pouvoir suprême qui est recherché, pour influer sur le monde, pour pousser l’Histoire dans le bon sens, avec le sentiment d’une mission à accomplir. De grands voyageurs prêts à agir pour vaincre et punir les méchants en mobilisant si nécessaire les moyens militaires. Pour Bush c’est la guerre décidé dans le bureau ovale et conçue dans les bureaux du Pentagone, avec des relais, des conseillers, des experts et une inspiration pas très géniale mais du boulot propre. Le job accompli mais service après vente plus que douteux. Les stratèges de la Maison Blanche ne prennent pas en compte l’histoire et la culture des nations. Ils cherchent le résultat. La guerre sans l’aimer a dit BHL. Est-ce si sûr ? La mégalomanie, c’est certain. BHL se pressant devant les caméras en Libye aux côtés de Sarkozy après la chute de Kadhafi, comme s’il avait combattu en général du désert mais son apparition relève plus du mirage ou de la comédie. BHL sur le perron de l’Elysée, accueillant un dignitaire ukrainien comme s’il avait la qualité d’un chef du quai d’Orsay. François Hollande est peu regardant. Un président approximatif. BHL parlant à Maïdan comme s’il avait été sous le feu en narguant les milices de Ianoukovitch, se rappelant les péripéties en Bosnie projetées ensuite à Cannes. BHL en Casanova du messianisme démocratique ?

Comment interpréter ce parcours ? Peut-être dans le contexte des années 1990. Le monde est devenu pathologique. Après la chute du mur, grandes manœuvres à l’Est et dans les Balkans, perplexité dans les cercles du pouvoir américains, entre Fukuyama et Huntington, mélancolie et neurasthénie chez les intellectuels européens, sauf quelques activistes prêts à s’engager, à s’ingérer dans le monde avec sans doute quelques relents de folie messianique. Autre folie mais cette fois d’ordre apocalyptique, avec les penseurs de la précaution écologique et les promoteurs de l’agenda 21. La peur du 21ème siècle, du climat, du désordre sanitaire. Les années 1990, c’est aussi le voyage de Mitterrand à Sarajevo (inspiré par BHL) et le désordre des monnaies qui en France, dans un contexte de peur germanique, a poussé l’Europe vers une monnaie unique. Cette décennie, nous ne l’avons pas vraiment su, mais le monde est devenu fou, avec la frénésie autour de la nouvelle économie. Folie de la mondialisation pour les uns, psychose antimondialiste pour les autres, deux tours jumelles détruites et 2001 et c’est parti pour une seconde décennie de folie dans laquelle BHL saura s’activer entre ses activités institutionnelles et ses tribunes médiatiques, littéraires, ici en France pour mobiliser nos gouvernants et ailleurs dans le monde, pour jouer le prophète de l’âge démocratique autant que le témoin du tragique et du chaos qu’il faut combattre.

BHL a ses ennemis. Il n’apprécie pas les Slaves et la Russie. Kant est bien trop mou pour son goût. Il n’hésite pas à le moquer en citant son plus célèbre contempteur, un dénommé Botul. Le penseur qui est le plus proche de la vision politique de BHL est sans doute Carl Schmitt. Il suffit de lire ses écrits pour voir se glisser la figure d’un BHL partisan se réclamant de l’universalisme à visage humain tout en scindant le monde entre amis et ennemis. Vu de l’extérieur, on ne peut pas vraiment savoir si BHL est du genre prophète visionnaire ou joueur démoniaque, cette distinction étant à mettre au crédit de Broch qui se pencha sur la folie des masses à une époque trouble. En collant de près à l’analyse, BHL comme Bush ou bien d’autres semblent plus proche du démoniaque, de l’âme passionnée par sa propre personne mettant la priorité sur le gain personnel plutôt que suscitant l’éveil des consciences comme le fit un Gandhi.

Une certaine folie a gagné le monde. La raison est suspendue. Les choses sont simplifiées. Malebranche est consterné. Deux camps, les bons et les mauvais, être du bon côté de l’Histoire. Les esprits deviennent dérangés. Ils psalmodient des formules censées produire un effet magique. Transition écologique, lutte contre le réchauffement, pacte de responsabilité, révolution orange, printemps arabe, démocratie universelle, ingérence humanitaire. Beaucoup de ces esprits dérangés logent dans les médias. Et le citoyen ne sait plus où il habite. Les partis politiques finissent par ressembler à des sectes. Pas un mot de travers et une croyance dans les lignes et les chefs. C’est cela, les chefs, les masses, le culte de la personnalité, les dévots de Sarkozy qui ne voient pas le côté sinistre du personnage. On est presque chez les raéliens. Au PS ce n’est guère mieux. Un esprit lucide comprend bien qu’il faut rester stoïque en constatant l’impuissance à changer un monde gagné par la folie et les obsessions en cette époque crépusculaire qui s’est accentuée depuis 20 ans. Un monde entre rationalité, névrose et délires.

Rationalité politique ? Il manque un Leo Strauss pour s’occuper des cas de Bush, BHL et bien d’autres. Le perpétuel dilemme entre la Bible et la raison grecque. Sans doute Strauss verrait-il chez BHL un asservissement (une trahison ?) de la philosophie par le messianisme et la foi démocratique irraisonnée. Il fut un temps, médiéval, où la philosophie servait la foi. Nous sommes sans doute dans un nouveau Moyen Age. Ainsi s’achèvent ces élucubrations. J’aurais préféré être plus perspicace dans l’analyse. Mais je n’ai pas eu la volonté d’aller au fond des choses. Et puis, si ça se trouve, Bush et BHL sont des gens sensés et c’est moi qui délire, allez savoir. On est le con d’un autre comme on est aussi le fou pour un autre.

Article de Bernard Dugué

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