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Enlèvement et déportation d'enfants africains, une tradition française ?

par Sam La Touch 1 Mars 2014, 09:24 Articles de Sam La Touch France Réunion Enlèvements d'enfants Déportation Michel Debré

Enlèvement et déportation d'enfants africains, une tradition française ?

En février 2014, le président de l'Arche de Zoé, Eric Breteau, et sa compagne, Emilie Lelouch, qui avaient en 2007 enlevé au Tchad 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour pour tenter ensuite de les déporter vers la France ont été finalement relâchés après avoir été condamnés à deux ans de prison avec sursis, par la cour d'appel de Paris. Une sentence pour le moins surprenante compte tenu de la gravité des faits. Il faut dire qu'il y a des précédents en la matière où sous le Général de Gaulle et son Premier ministre, Michel Debré, l'enlèvement d'enfants africains et leur déportation avait été organisé par l'Etat français. Elle a porté sur plus de 1600 enfants sans que les décisionnaires de cette politique n'aient eu à répondre de leurs actes. Cette politique d'enlèvement et de déportations d'enfants de la Réunion a eu lieu de 1963 à 1982. Ces enfants réunionnais ont été déportés vers 64 départements, principalement dans le Sud-Ouest et le Massif central, des zones rurales vieillissantes. «La majorité des enfants ont souffert de déracinement, de la déculturation et de racisme», explique l'historien Ivan Jablonka, auteur du livre Exil d'enfants.

" Cette migration forcée, initiée par Michel Debré et le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'Outre-mer (Bumidom), avait pour but de réduire le nombre d'habitants sur l'île de a Réunion et de repeupler des zones rurales comme la Creuse. Les rabatteurs des Affaires familiales ont d'abord écumé le vivier des orphelins, avant de frapper à la porte des plus pauvres. La France éternelle promettait un avenir radieux à ces enfants. Dans les avions de l'exil, frères et soeurs séparés, les enfants étaient en larmes, livrés à eux-mêmes. Et les plus grands s'occupaient des bébés. Certains ont effectivement été accueillis et aimés. Ils ne s'en cachent pas. De nombreux autres ont été utilisés comme main-d'oeuvre par les paysans locaux. Certains comme de véritables esclaves..." (Le Canard Enchaîné, 26.02.14, Oui, la France a volé des enfants, page 8). Cela ressemble à s'y méprendre au modèle opératoire de l'Arche de Zoé. Une nouvelle forme de traite ?

L'Assemblée nationale a reconnu en sa majorité la «responsabilité morale de l’Etat » pour l'enlèvement de ces enfants avec aucunes réparations envisageables.
"Présentée par le groupe socialiste, cette résolution mémorielle et n’ouvrant droit à aucune réparation, relative aux «enfants placés en métropole», a été adoptée par 125 voix contre 14. Toute la gauche (PS, Écologistes, PRG, Front de Gauche et DVG) a voté pour, l’UMP contre (sauf 2 élus) et l’UDI n’a pas pris part au vote."(AFP, 18.02.2014)
La droite française, selon le Canard Enchaîné, celle-là même qui avait fait passer une loi sur l'effet positif de la colonisation en février 2005, a bien sûr voté contre la reconnaissance morale de ces crimes débutés sous l'ère de Gaulle en 1963 et a dénoncé "une instrumentalisation de l'histoire". Pour la droite, cette politique migratoire forcée n'a eu globalement aucun effet néfaste sur l'histoire et l'identité de ces enfants. On ne sera donc guère étonné de ces attitudes réactionnaires de la droite française lorsque l'on sait que l'ancien Premier ministre, François Fillon, issu du même parti, avait déclaré au sujet de la répression sanglante organisée par l'armée française dans les bastions indépendantistes au Cameroun de 1956 à 1973, qu'il ne s'était rien passé.

Lire  :
- Le Canard Enchaîné 26.02.14 Oui, la France a volé des enfants. (petit article en dernière page du journal)
- AFP Enfants réunionnais exilés: la «responsabilité morale» de l’Etat reconnue


Chez SLT :
- Impunité totale en Françafrique : la justice française condamne Breteau et sa compagne à du sursis pour avoir enlevé 103 enfants au Tchad 

- Gestapo, napalm et massacres français au Cameroun (1956-1971) dans la plus grande indifférence 

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