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Etude financée par la NASA: La civilisation industrielle se dirige vers ‘l’effondrement irréversible’ (GlobalePresse)

par Nafeez Ahmed 17 Mars 2014, 10:13 NASA Occident Effondrement Crise

Etude financée par la NASA: La civilisation industrielle se dirige vers ‘l’effondrement irréversible’ (GlobalePresse)
Etude financée par la NASA: La civilisation industrielle se dirige vers ‘l’effondrement irréversible’

GlobalePresse

Par Nafeez Ahmed, in The Guardian

Par Nafeez Ahmed, le 14 mars 2014

Une nouvelle étude sponsorisée par le Goddard Space Flight Center (Centre de Vol Spatial Goddard, ndlr) de la NASA a mis en lumière la perspective que la civilisation industrielle mondiale puisse s’effondrer dans les décennies à venir, du fait d’une exploitation insoutenable des ressources et d’une redistribution de plus en plus inégalitaire des richesses.

Précisant que les présages d’un ‘effondrement’ sont souvent considérés comme étant marginaux ou polémiques, l’étude essaye de tirer un sens de données historiques irréfutables qui démontrent que "le processus d’essor et de chute est en fait un cycle récurrent à travers l’histoire." Des cas de perturbations civilisationnelles causées par "un effondrement précipité – durant souvent plusieurs siècles – ont été plutôt communs."

Le projet d’étude est basé sur un nouveau modèle inter-disciplinaire "Human And Nature DYnamical" (HANDY – jeu de mots: ‘handy’ veut dire ‘pratique’ en anglais, et l’acronyme signifie ‘basé sur la dynamique entre l’humain et la nature’, ndlr), et est dirigé par le chercheur en mathématiques appliquées Safa Motesharri du National Socio-Environmental Synthesis Center (Centre National de Synthèse Socio-Environnementale, ndlr), soutenu par l’US National Science Foundation (Fondation Nationale US pour la Science, ndlr) et en association avec une équipe de chercheurs en sciences naturelles et sociales. L’étude sur les bases du modèle HANDY a été avalisée pour la publication dans le journal de la maison d’éditions Elsevier Ecological Economics, réputé au sein de la communauté scientifique.

Elle expose qu’au regard des annales historiques, même des civilisations avancées et complexes sont susceptibles de s’effondrer, ce qui soulève des questions sur la soutenabilité de la civilisation moderne:

"Les chutes de l’Empire Romain, et des Empires de progrès technologiques équivalents (ou plus avancés) Han (Chine, ndlr), Maurya et Gupta (Inde, ndlr), ainsi que de tant d’Empires Mésopotamiens, sont toutes des témoignages du fait que les civilisations avancées, sophistiquées, complexes et créatives peuvent être à la fois fragiles et impermanentes."

En examinant les dynamiques entre les hommes et la nature de ces cas passés d’effondrement, le projet identifie les facteurs interconnectés les plus saillants qui expliquent le déclin civilisationnel, et qui peuvent aider à déterminer le risque d’effondrement aujourd’hui, nommément la démographie, le climat, l’eau, l’agriculture et l’énergie.

Ces facteurs peuvent mener à l’effondrement quand ils convergent pour générer deux aspects sociaux centraux: "l’amincissement des ressources causé par la pression imposée à la capacité de l’environnement à supporter leur extraction"; et "la stratification économique de la société en Élites [les riches] et Masses (ou "Roturiers") [les pauvres]." Ces phénomènes sociaux ont joué "un rôle central dans la nature ou dans le processus d’effondrement," dans tous ces cas sur "les cinq mille dernières années".

Actuellement, de hauts niveaux de stratification économique sont en relation directe avec une surconsommation des ressources, avec les "Élites" basées principalement dans les pays industrialisés responsables des deux:

"… les accumulations d’excédents ne sont pas redistribuées de façon équitable à travers la société, mais ont plutôt été sous le contrôle d’une élite. La masse de la population, bien qu’elle produise la richesse, ne s’en voit allouée qu’une petite portion par les élites, en général au niveau du seuil de subsistance, ou juste au-dessus."

L’étude réfute ceux qui plaident que la technologie résoudra ces défis en augmentant l’efficacité:

"Le changement technologique peut augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources, mais il a également tendance à accroître à la fois la consommation par personne des ressources et l’étendue de l’extraction de celles-ci, ainsi que, hors les effets de politiques, les augmentations dans la consommation annulent souvent l’effet de l’amélioration de l’efficacité d’utilisation des ressources."

Les augmentations de productivité en agriculture et dans l’industrie au cours des deux derniers siècles proviennent "d’une augmentation (et non d’une réduction) du flux de production," malgré des gains considérables en efficacité au cours de la même période.

Modélisant une variété de scénarios différents, Motesharri et ses collègues arrivent à la conclusion que dans des conditions "reflétant de près la réalité d’aujourd’hui… nous trouvons que l’effondrement est difficile à éviter." Dans le premier de ces scénarios, la civilisation:

"… semble rester sur une voie soutenable pendant assez longtemps, mais même en optimisant le taux d’épuisement des ressources et en commençant avec un très petit nombre d’Élites, les Élites finissent par consommer de trop, causant une famine parmi les Roturiers qui provoque éventuellement l’effondrement de la société. Il est important de noter que ce type d’effondrement de type L (du fait de de la forme du graphique l’illustrant, ndlr) est dû à une famine fondée sur l’inégalité qui provoque une pénurie de travailleurs, plutôt qu’un effondrement de la Nature."

Un autre scénario se focalise sur le rôle d’une exploitation continuelle des ressources, découvrant que, "avec un taux d’épuisement des ressources plus important, le déclin des Roturiers se produit plus rapidement, tandis que les Élites prospèrent encore; mais éventuellement les Roturiers s’effondrent complètement, suivis par les Élites."

Dans les deux scénarios, les monopoles sur les richesses des Élites induisent qu’ils sont protégés des plus "néfastes effets de l’effondrement environnemental jusqu’à beaucoup plus tard que les Roturiers", leur permettant de "continuer le ‘business as usual‘ en dépit de la catastrophe imminente." Le même mécanisme, arguent-ils, pourrait expliquer comment "les effondrements historiques ont été permis par les élites qui semblent être restées indifférentes à leur trajectoire catastrophique (le plus clairement apparent dans les cas Romain et Maya)."

Appliquant cette leçon à notre fâcheuse situation contemporaine, l’étude avertit que:

Alors que certains membres de la société peuvent bien sonner l’alarme pour avertir que le système se dirige vers un effondrement imminent, et par conséquent proposer des changements structurels à la société afin de l’éviter, les Élites et ceux qui les soutiennent qui se sont opposés à l’instauration de ces changements, pourraient désigner la longue trajectoire soutenable ‘jusque-là’ pour appuyer l’option de ne rien faire."

Toutefois, les chercheurs soulignent que les pires scénarios ne sont pas du tout inévitables, et suggèrent que des changements politiques et structurels appropriés pourraient éviter l’effondrement, sinon paver la route vers une civilisation plus stable.

Les deux solutions cruciales sont de réduire l’inégalité économique afin de garantir une distribution plus équitable des ressources, et de considérablement réduire la consommation des ressources en s’appuyant sur des ressources renouvelables moins intensives tout en réduisant la croissance de la population:

"L’effondrement peut être évité et la population peut atteindre un point d’équilibre si le taux d’épuisement des ressources par personne est réduit à un niveau soutenable, et si les ressources sont distribuées d’une manière raisonnablement équitable."

Le modèle HANDY, financé par la NASA, offre aux gouvernements, aux corporations et au monde des affaires – ainsi qu’aux consommateurs – une piqûre de rappel hautement crédible pour admettre que le ‘business as usual‘ ne peut pas être maintenu, et que des changements de politique et des changements structurels sont requis tout de suite.

Bien que l’étude soit grandement du domaine de la théorie, un certain nombre d’études plus empiriques dans leur orientation – par KPMG et le UK Government Office of Science (Bureau Scientifique Gouvernemental Britannique, ndlr) par exemple – ont prévenu que la convergence de crises alimentaires, hydriques (autour de l’accès à l’eau) et énergétiques pourrait susciter une ‘tempête parfaite’ d’ici une quinzaine d’années. Mais ces prévisions de type ‘business as usual‘ pourraient être très conservatrices.

Le Dr. Nafeez Ahmed est directeur exécutif de l’Institute of Policy Research & Development et l’ateur de A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It, parmi d’autres livres. Vous pouvez le suivre sur Twitter @nafeezahmed

© Guardian News and Media 2014

Source: http://www.theguardian.com/environment/earth-insight/2014/mar/14/nasa-civilisation-irreversible-collapse-study-scientists

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