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Le Cameroun confronté à un afflux important de réfugiés centrafricains (Irin)

par Irin 17 Mars 2014, 16:38 Centrafrique Cameroun Réfugiés

Le Cameroun confronté à un afflux important de réfugiés centrafricains

Irin

Jusqu’à 130 000 personnes ont fui la République centrafricaine (RCA) pour se réfugier au Cameroun. Selon les responsables locaux et les travailleurs humanitaires, qui peinent à faire face à cet afflux important, nombre d’entre elles ont été blessées lors d’attaques, sont déshydratées ou traumatisées.

En février, en l’intervalle de deux semaines seulement, plus de 20 000 réfugiés de RCA sont entrés au Cameroun. Au total, un résident centrafricain sur cinq est déplacé, soit à l’intérieur de son propre pays soit dans les pays voisins.

Rares sont les organisations d’aide humanitaire présentes sur le terrain pour répondre aux besoins des déplacés. De nombreux arrivants n’ont d’ailleurs pas reçu de kit d’abri, de fournitures, de denrées alimentaires ou autre type d’aide.

Selon Yann Lelevrier, représentant opérationnel pour l’Afrique de l’Ouest auprès de Médecins sans Frontières (MSF), le problème est dû au manque de préparation des organisations d’aide humanitaire au Cameroun et au retard – et à la lenteur – de la réponse sur le terrain. « Le HCR, [l’agence des Nations Unies] qui devrait s’en charger, a mis du temps à mobiliser ses ressources et à coordonner la réponse. De toute façon, il y a aussi un manque de partenaires de mise en œuvre », a-t-il dit à IRIN. MSF a donc été forcée de s’occuper de davantage d’activités que ce à quoi elle s’attendait et de répondre en partie aux besoins des personnes déplacées de deux camps et de quelques établissements situés aux alentours.

On estime à environ 30 000 le nombre de réfugiés et de rapatriés qui ont fui vers la région de l’Est. Là-bas, ils se sont installés dans les villes frontalières de Garoua-Boulaï, de Kenzou et de Yokadouma, vivant dans des conditions sordides, dormant sous les arbres, des camions ou des tentes – certaines fournies par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), d’autres fabriquées par les réfugiés. Certains d’entre eux ont été accueillis par des locaux, des proches ou des inconnus.

« Garoua-Boulaï est surpeuplé par les différents groupes de réfugiés, et le contrôle de la situation est en train de nous échapper », a dit la mairesse de la ville Esther Yaffo Ndoe. « Le HCR, la Croix-Rouge et MSF sont incapables de répondre aux besoins de tous les réfugiés, et le seul hôpital gouvernemental est submergé par le nombre élevé de patients », a-t-elle dit à IRIN.

Presque tous les déplacés – 90 pour cent, selon les estimations du HCR – sont des musulmans fuyant les attaques menées par les anti-balaka, qui continuent de terroriser les communautés musulmanes de la RCA. Les anti-balaka, un terme que l’on peut traduire par « à l’épreuve des machettes », sont des milices formées pour s’opposer aux combattants de l’ex-Séléka, l’alliance largement composée de musulmans qui a brièvement pris le pouvoir mars 2013.

Le HCR et la Croix-Rouge camerounaise (CRC) enregistrent actuellement des réfugiés pour organiser leur transfert vers le camp de Mborguéne, à 50 km de Garoua-Boulaï, mais le site est plus ou moins dépourvu de services essentiels. Il y a seulement deux puits et une école qui n’est pas fonctionnelle. La clinique la plus proche est située à 27 km du camp. Il faudra beaucoup de travail pour bâtir un camp à partir de rien.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a commencé à distribuer des vivres à 27 000 réfugiés vivant dans les camps qui ont été créés à Mborguéne et à Lolo. L’organisation apporte également son soutien à des cliniques de santé gouvernementales pour le traitement des enfants malnutris. La porte-parole du PAM, Fabienne Pompey, a reconnu que des efforts supplémentaires étaient nécessaires, en particulier pour venir en aide aux réfugiés qui ne vivent pas dans les camps. Elle a ajouté que le PAM avait l’intention d’améliorer sa réponse afin de fournir des vivres à 70 000 réfugiés entre juin et décembre 2014.

À Garoua-Boulaï, les hommes et les femmes racontent tous des histoires semblables de parents tués par les milices anti-balaka. John Irwin, chef de mission pour MSF au Cameroun, a dit : « Leurs vies ont été totalement transformées ou détruites par ce qui se passe en RCA, et ils sont traumatisés. »

Sali Abubakar, un homme de 35 ans originaire du village de Yaluka, en RCA, est arrivé à Garoua-Boulaï le 19 février à bord d’un camion porte-conteneurs. « Mon fils Shadu et mon frère ont été tués par des anti-balaka à Yaluka. Je me suis enfui avec mes deux femmes et mes 10 enfants », a-t-il dit à IRIN.

« J’ai perdu mon père, tous mes biens et mon commerce quand les anti-balaka sont venus. Ils ont battu les gens et pillé toutes les maisons. Et sur la route, alors que nous fuyions, nous avons été arrêtés par d’autres hommes qui ont pris ce qui nous restait d’argent », a dit à IRIN Shaibu, un autre père de 10 enfants de 35 ans.

« Mon mari est mort en tentant d’empêcher les anti-balaka de nous chasser de notre maison. Deux hommes l’ont poignardé à la poitrine et je me suis enfuie avec mes enfants », a dit à IRIN Fadimatu, une jeune femme de 23 ans.

La petite-fille de Hawa, 70 ans, a été violée par deux hommes dans le village de Barou. Elle est plongée dans un état d’apathie depuis. « Nous sommes arrivées ici il y a une semaine, mais elle n’a fait que dormir depuis », a dit Hawa à IRIN, en pleurant.

Mamadu Abu, 13 ans, a dit à IRIN : « Je suis arrivée ici avec papa, maman et mes sœurs. Nous dormons dans la tente qu’a fabriquée papa. » Mamadu raconte qu’elle va quêter de la nourriture au village lorsqu’elle a faim et ramène ce qu’elle peut à ses parents et ses sœurs.

Le HCR et la CRC distribuent des vivres aux familles, mais, selon les réfugiés, il n’y en a pas suffisamment pour tout le monde.

« Nous n’avons pas suffisamment à manger et nous n’avons pas d’argent. On nous a donné des tentes, mais il n’y en a pas assez pour tout le monde », a dit Shaibu à IRIN.

Besoins en matière de santé

Muhamadu Hasim, directeur de l’hôpital de district de Garoua-Boulaï, qui a accueilli plus de 150 réfugiés par jour depuis janvier, a dit à IRIN que nombre d’entre eux étaient arrivés avec des blessures subies lors d’affrontements avec les anti-balaka. La plupart sont épuisés. « Nombreux sont ceux qui ne mangent pas bien, qui manquent de sommeil et qui ont besoin de repos », a-t-il dit à IRIN.

« Nous avons eu des cas de malnutrition, de problèmes respiratoires, de diarrhées, de problèmes gastro-intestinaux, de vomissements et de paludisme. J’ai traité des patients souffrant de blessures par balle ou par machette et des femmes ayant des grossesses difficiles », a dit M. Hasim à IRIN.

Il faut aussi faire preuve de vigilance en ce qui concerne le choléra et la méningite, a dit Dereje Terefe, d’International Medical Corps. « Les réfugiés et les locaux vivent actuellement dans un environnement sec, poussiéreux, avec une forte densité de population et dans des conditions climatiques difficiles », a-t-il dit, ajoutant que le Cameroun et la RCA se trouvent tous deux dans la ceinture africaine de la méningite.

MSF apporte son soutien au district de santé local en mettant sur pied des cliniques mobiles pour offrir une aide médicale d’urgence dans les villes et les villages situés le long de la frontière. Le personnel de ces cliniques traite environ 70 personnes par jour.

L’hôpital de district emploie seulement sept infirmières et M. Hasim est le seul médecin présent sur place.

« Nous avons une capacité très limitée pour répondre aux problèmes de santé croissants de cette communauté… En février seulement, nous avons accueilli 3 600 patients. Les organisations d’aide humanitaire nous aident, mais elles n’arrivent jamais au bon moment et leurs structures ne sont que temporaires », a dit M. Hasim.

Situation sécuritaire

Des soldats des forces françaises et de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA), dirigée par l’Afrique, sont stationnés à la frontière avec le Cameroun pour aider à prévenir les attaques des milices, y compris celles ciblant les groupes qui tentent de fuir.

Elles ont également sécurisé la route reliant Bangui, la capitale de la RCA, au Cameroun. Selon certains, cela risque d’encourager la multiplication des mouvements de réfugiés dans les semaines à venir.

« La situation sécuritaire s’améliore, mais il est toujours dangereux de se déplacer dans le pays », a dit un lieutenant des forces françaises en RCA.

Certains groupes déplacés au Cameroun se sont plaints que les soldats déployés n’en faisaient pas assez pour les protéger ou pour sévir contre les anti-balaka.

« Les soldats de la MISCA voient les anti-balaka arrêter les véhicules et malmener les gens et ils ne font rien pour les en empêcher. Notre véhicule était escorté par la MISCA et par des soldats blancs, mais il a quand même été arrêté et on nous a pris notre argent », a dit un réfugié à Garoua-Boulaï.

Les responsables de la sécurité camerounais s’inquiètent de l’afflux incontrôlé de réfugiés en provenance de la RCA. Ngotta Koeke, commandant de la 123e compagnie d’infanterie mobile du Cameroun à Garoua-Boulaï, a dit que l’identification et l’enregistrement des réfugiés pour leur transfert au HCR « demeuraient un défi important pour les autorités ».

« Nous fouillons tous les camions et tous les individus qui traversent la frontière pour nous assurer que des armes à feu ne sont pas introduites au Cameroun. Mais cela n’est pas facile, car la limite entre le Cameroun et la RCA n’est pas très claire », a-t-il dit à IRIN.

Parmi ceux qui se sont réfugiés au Cameroun, nombreux sont ceux qui appartiennent au peuple autochtone Mbororo et qui sont originaires des communautés de Bochambele, Bouar, Baoru et Yaloka, dans l’ouest et le nord de la RCA. Ils ont été ciblés par les attaques en raison du bétail et des richesses qu’ils possèdent.

« Nous nous sentons plus en sécurité au Cameroun, même si nous sommes arrivés les mains vides », a dit à IRIN Shaibu, un Mbororo.

Le Cameroun confronté à un afflux important de réfugiés centrafricains (Irin)

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