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Le Tronçonnage des listes électorales au Congo-Brazzaville de Sassou Nguesso soutenu par la France

par Benjamin BILOMBOT BITADYS. 8 Mars 2014, 08:36 Congo-Brazzaville Sassou Nguesso Dictature Elections Listes électorales

Le Tronçonnage des listes électorales au Congo-Brazzaville de Sassou Nguesso soutenu par la France
Le Tronçonnage des listes électorales au Congo-Brazzaville de Sassou Nguesso

Par Benjamin BILOMBOT BITADYS.

Les gesticulations et les tergiversations à coups de milliards de francs CFA auxquelles les populations du Congo-Brazzaville assistent depuis quelques années dans l’organisation des élections ne sont, à bien des égards, pas du tout drôles. Au contraire, elles sont dramatiques. Surtout, lorsqu’elles reçoivent le feu vert des formations politiques dont les leaders prônent, en théorie, l’alternance mais espèrent, en pratique, le statu quo. Dans l’esprit des Brice Parfait Kolélas, Hellot Mampouya, le changement ce n’est « ni maintenant ni demain. »
L’échappée solitaire de Sassou, du PCT et des épigones du « chemin d’avenir » à l’occasion des opérations post-électorales illustre le mot du général Mac Mahon prononcé à Malakoff lors de la guerre de Crimée en 1855 : « J’y suis. J’y reste ». La suite se décline généralement comme ceci : « J’y reste et j’y laisse ma peau ».
Aussi pour éviter des déconvenues, nos apprentis sorciers se livrent à des tripatouillages des listes électorales et au braconnage du découpage électoral. De ce point de vue, il y a bien longtemps que Sassou Nguesso, le PCT et les partis de la majorité présidentielle, avaient déjà perdu l’estime des populations du Congo-Brazzaville qui procèdent, à chaque scrutin, par la grève des urnes. Elles votent avec leurs pieds (le pied, un membre qui a aussi pour cible le cul des autocrates). Une belle façon de leur rendre la monnaie de la pièce de la démocratie.
Le nouveau corps électoral congolais
On savait que la démographie n’était pas une science exacte. On le sait encore plus quand cette science laisse peu de chance au contrôle méthodologique. Voici ce que la fabrique du corps électoral au Congo donne quand la science se fait sans conscience par ceux que Jean-Paul Sartre aurait appelé des « chiens » si l’auteur de « La Nausée », des « Mouches » et des « Mains sales » les avaient croisés :
- Département du Kouilou : 30.217 électeurs en 2014 contre 45.977, en 2007,
- Département du Niari : 96.231 électeurs en 2014 contre 115.635 en 2007,
- Département du Pool : 92.824 électeurs en 2014 contre 118.297 en 2007,
- Département de la Bouenza : 112.894 électeurs en 2014 contre 154.536 en 2007,
- Département de la Likouala : 121.881 électeurs en 2014 contre 77.057 en 2007,
- Département de la Cuvette : 121.213 électeurs en 2014 contre 78.022 en 2007,
- Département de la Sangha : 60.622 électeurs en 2014 contre 42.869 en 2007,
- Département de la Cuvette-Ouest : 44.412 électeurs en 2014 contre 36.499 en 2007,
- Département des Plateaux : 116.913 électeurs en 2014 contre 87.295 en 2007. (Source : Meraf Ossebi in zenga-mambu .com)
Ca se passe de commentaires
Bref : le Nord est plus peuplé que le Sud. C’est la nouvelle géographie que le Chemin d’Avenir nous impose. En l’espace de sept ans la population du secteur de L’Alima a proliféré comme des mouches.
En vérité cette distribution méthodologiquement orientée "septentrion" est conçue en fonction d’un syllogisme : comme le Nord vote comme un seul homme pour le candidat Sassou, comme Sassou est le seul candidat déclaré du Nord, donc Sassou succédera à lui-même en 2016.
Ca donne la nausée.
Même si la guerre a fait des ravages dans le Pool, la Cuvette (vaste étendue forestière) ne peut pas battre à plate couture la région qui abrite la capitale Brazzaville, ni celle qui porte la capitale économique (Le Kouilou) ou encore le Niari et la Bouenza qui logent Dolisie. C’est un truisme de dire que ce tableau sent la manipulation à cent kilomètres à la ronde. D’où vient-il que la Cuvette ait gagné plus de 50.000 habitants en sept ans ? La Likouala avec ses 121.881 en 2014 contre 77.057 en 2007 a-t-elle bénéficié de l’octroi de la nationalité congolaise aux réfugiés rwandais ? Or le syndrome « yaka noki noki » ayant fonctionné dès l’aube de l’ère Ngouabi, le moins qu’on puisse dire c’est que le Nord illustre logiquement un vide démographique abyssal. En somme, dans ce tableau, l’exode rural dont sont coutumières les sociétés désindustrialisées du Nord est un indicateur qui joue en faveur de la densité
démographique. Inouï non ? Chronique d’une escroquerie électorale annoncée, cette nouvelle distribution est également l’avant-propos d’une augmentation des tensions politiques sur fond de révision constitutionnelle en 2016.
Sassou pense à son avenir
Denis Sassou Nguesso souffre de voir son mandat à la tête du Congo-Brazzaville s’achever en 2016. Lorsque l’on pose la question à Sassou Nguesso : « Allez-vous vous représenter en 2016 ? », le silence est d’or. A deux ans des échéances présidentielles, aucun candidat du PCT n’a été désigné pour succéder à Sassou. La question est dans tous les esprits des adhérents de cette chapelle politique. D’où les velléités de modification de la Constitution de 2002 prêtées au locataire de Mpila. Si, Sassou Nguesso et les épigones du « chemin d’avenir » ratent leur passage en force, le Congo-Brazzaville sera un modèle pour les autres pays d’Afrique. Sassou Nguesso qui a les mains sales en a conscience. La modification de la Constitution qu’il souhaite proposer au Parlement est une réponse à l’angoisse qu’il a de terminer son deuxième et dernier septennat à la tête du Congo-Brazzaville et de répondre devant la justice
internationale des chefs d’accusation sur les disparus du Beach et les biens mal acquis (BMA). Faute de sursaut populaire, à l’exemple de l’Ukraine, le Congo-Brazzaville sera devenu un contre-modèle des pays africains épris de justice, de liberté, d’alternance et de démocratie.


Benjamin BILOMBOT BITADYS.

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