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Libye. Les Etats-Unis feraient-ils la loi... sur le pays et le pétrole ? (Blog Finance)

par Elisabeth Sutter 18 Mars 2014, 12:21 Libye USA Pétrole Rebelles Morning Glory

Libye. Les Etats-Unis feraient-ils la loi... sur le pays et le pétrole ? (Blog Finance)
Libye. Les Etats-Unis feraient-ils la loi... sur le pays et le pétrole ?

Blog Finance
Elisabeth Sutter

Cela pourrait s’appeler de l’ingérence mais pour les Etats-Unis , cela se justifie par le maintien de l’ordre voire par la lutte contre le terrorisme.

Le pentagone a annoncé lundi que les forces spéciales de la marine américaine avaient repris le contrôle du pétrolier Morning Glory, un navire appartenant à l’Etat libyen, capturé il y a trois mois, transportant du brut acheté illégalement aux rebelles autonomistes libyens. Lesquels occupent les terminaux pétroliers de l’est.

Une manière de démontrer s’il en était besoin que la situation qui règne en Libye depuis des nombreux mois est on ne peut plus fortement liée au pétrole … et à la manne pétrolière.

L’opération a été menée à la demande à la fois des gouvernements libyen et chypriote et tout particulièrement approuvée par le président US Barack Obama. Menée par deux destroyers, l’USS Roosevelt et l’USS Stout, basés en Méditerranée, elle a eu lieu peu après 02h00 GMT lundi, « dans les eaux internationales au sud-est de Chypre », précise un communiqué. Piloté par un équipage de la marine américaine, il devrait « bientôt être acheminé vers un port de Libye ».

Officiellement, ces manœuvres spectaculaires des forces américaines avaient pour but d’empêcher la vente du pétrole par les rebelles autonomistes libyens sur le marché international, et de freiner le « détournement » de la production pétrolière libyenne.

Le pétrolier d’une capacité de 37.000 tonnes avait appareillé du port d’Es Sider, tenu par des rebelles autonomistes libyens, ces derniers bravant l’interdiction des autorités. Une affaire qui avait conduit le Congrès général national (CGN) à destituer le Premier ministre, Ali Zeidan.

Notons par ailleurs que si le bâtiment bat pavillon nord-coréen, mais le régime de Pyongyang a démenti toute responsabilité.

« Le Morning Glory transporte une cargaison de pétrole qui appartient à la Compagnie nationale libyenne des pétroles. La prise de possession du bateau et sa cargaison a été illégalement obtenue au port libyen d’Es Sider », a indiqué le Pentagone. Sans toutefois expliquer, en quoi cela regardait les Etats-Unis et encore moins dans quelle mesure cela justifiait une intervention armée US ….

Quoiqu’il en soit, le gouvernement libyen a remercié les Etats-Unis et Chypre pour avoir aidé à la prise de contrôle du pétrolier, ajoutant que l’équipage serait traité conformément à la législation libyenne et au droit international. C’est le minimum que l’on est en droit d’espérer ….

Le pétrole : enjeu majeur du dossier libyen

Ces événements surviennent alors que le gouvernement autoproclamé – en juin 2013 – de la Cyrénaïque (situé à l’Est du pays), bras politique de la rébellion, vient d’organiser au début du mois de mars une cérémonie en vue de marquer le début des exportations de brut depuis le port d’al-Sedra.

A cette occasion, Abd-Rabbo al-Barassi, président du bureau exécutif de la Cyrénaïque, avait indiqué ne pas vouloir défier le gouvernement ni le Congrès, mais être contraint d’ «arracher ses droits ». Tout en affirmant ne pas œuvrer pour une partition du pays, assurant que les revenus du pétrole seraient répartis sur les trois régions. Rappelons que les partisans du fédéralisme affirment agir sur la base de la Constitution de 1951 qui divisait le pays en trois régions: la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzane, avant la suppression du système fédéral en 1963.

Précisons que la production de pétrole de la Libye demeure toujours à l’heure actuelle sous la barre des 400.000 barils par jour, l’extraction et l’acheminement du pétrole étant grandement impactés par les tensions qui y règnent depuis des nombreux mois. Le pays est en effet plongée dans une grave crise économique depuis le blocage mi-2013 de ses principaux sites pétroliers. Lequel a provoqué pendant plusieurs mois une chute de la production du pays à 250.000 barils par jour, contre 1,5 million b/j auparavant. La levée du blocus conduit par des protestataires sur le champ al-Charara dans le Sud du pays a certes permis à la production de grimper à 570.000 b/j début janvier, mais la fermeture du champ d’al-Wafa dans le Sud-Ouest le mois dernier par des manifestants a entraîné un nouveau recul.

En novembre 2013, le mouvement rebelle de l’Est du pays avait déclaré avoir formé une compagnie pétrolière afin de gérer la production et la vente du pétrole et du gaz. Abd-Rabbo al-Barassi avait alors affirmé que la compagnie sera temporairement basée à Tobrouk, sur la côte méditerranéenne, avant qu’elle ne s’installe à Benghazi.

Le Premier ministre libyen avait alors indiqué qu’il prévoyait un déficit budgétaire de la Libye dès le mois de décembre, en raison de la perturbation de près de 60% de ses exportations pétrolières, la plupart étant situées à l’est du pays.

La corruption et la mauvaise gestion des revenus pétroliers nationaux avaient été les arguments officiellement mis en avant par les dirigeants du mouvement rebelle pour décréter l’autonomie de la région orientale de Cyrénaïque.

Les exportations de pétrole sous l’emprise des rebelles autonomistes

En août dernier, les rebelles autonomistes se sont emparés de trois terminaux d’exportation, lesquels représentaient alors des volumes d’exportations de 700.000 barils par jour.

Samedi dernier, Abb-Rabbo al Barassi, désormais Premier ministre auto-proclamé du mouvement rebelle, a déclaré qu’il était prêt à négocier la fin du blocus des ports, sous réserve que le gouvernement renonce préalablement à son projet d’offensive militaire. Des propos qui font suite à l’ultimatum du président du CGN, lequel a donné aux rebelles deux semaines pour se retirer des ports dont ils se sont emparés sous peine de devoir faire face à l’armée libyenne.

Mais de l’avis même des analystes, l’armée libyenne qui n’est pas encore totalement reconstituée depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, pourrait être mise à mal par les rebelles lourdement armés, dont les forces sont constituées en grande partie des soldats qui ont fait défection de la Force de protection des infrastructures pétrolières libyennes (PPF).

Nouvelle intervention des Etats-Unis dans les affaires libyennes, vers un totalitarisme US ?

Autre élément notable concernant cette affaire : c’est la deuxième fois en six mois que les forces américaines interviennent sur des affaires libyennes. En septembre, un commando avait enlevé en pleine rue à Tripoli un homme soupçonné d’appartenir à Al Qaïda. Sans autre forme de procès. Une opération qui pourrait faire froid dans le dos … mais qui n’a semble-t-il fait réagir personne ou presque, ouvrant pourtant la porte à la mise en place d’un totalitarisme US à travers le monde entier.

Rappelons ainsi qu’en décembre 2011, Barack Obama a ratifié la Section 1021 du projet de loi intitulé National Defense Authorization Act (NDAA), lequel donne pouvoir au gouvernement fédéral de mettre et de garder en détention pour une durée indéfinie n’importe quelle personne, y compris des citoyens américains...

Pas de procédure régulière, pas d’accès à un avocat, les détenus ne disposant d’aucun élément leur permettant même de savoir s’ils seront à nouveau libres un jour... En effet, cette partie du NDAA fait table rase de certaines des protections constitutionnelles les plus importantes. Elle permet ainsi au pouvoir exécutif d’ordonner l’arrestation de tout citoyen US soupçonné d’activités terroristes ou d’association avec des terroristes.

Les personnes placées en garde-à-vue par l’armée peuvent perdre leur droit à une procédure et à un habeas corpus réglementaires, et être maintenues en détention pour une durée indéfinie dans les bâtiments … de l’armée.

Cette loi permet de menacer activistes et dissidents, dont les droits étaient jusque-là protégés par le Premier Amendement, d’une incarcération à durée indéterminée dans les prisons militaires, y compris dans les colonies pénitentiaires maritimes. L’intitulé de la loi lui-même, « the Homeland Battlefield Bill » (loi sur le champ de bataille de la Patrie) affiche un air de totalitarisme qui ne présage rien de bon. Permettant de faire fi des droits les plus élémentaires sous prétexte que ladite patrie soit en danger …

Sources : Reuters, Afrik.com

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com - 17 mars 2014

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