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Université / Gabon - D'une simple revendication de bourse à la violence quotidienne (Le Gri Gri)

par Le Gri Gri 27 Mars 2014, 17:09 Gabon Contestations étudiantes Etudiants Violence Ali Bongo

Université / Gabon - D'une simple revendication de bourse à la violence quotidienne (Le Gri Gri)
Université / Gabon - D'une simple revendication de bourse à la violence quotidienne
Le Gri-Gri

Son prédécesseur ne laissait jamais la grogne étudiante s’éterniser quelques jours. Alors que la situation s’envenime et prend des proportions rarement atteintes à l’UOB, le président de la République choisit de jouer la montre, indifférent à la poudrière qui menace de lui exploser à la figure.

On ne rappellera jamais assez des événements comme mai 1968 en France, Tian’anmen 1989 ou encore la révolution tunisienne née de l’immolation d’un jeune ; c’étaient les prodromes, ou l’étincelle qui allait consummer les pouvoirs en place, amenés soit à se retirer plus tard (de Gaulle), soit à se réformer (Chine de Den Xiaoping), soit à s’enfuir comme des malpropres emportés par le tourbillon de l’histoire (Ben Ali).

Deux semaines de « guérilla urbaine », ayant culminé le mardi 18 mars 2014 en une journée de dangers partagés entre les forces de l’ordre et les étudiants, n’ont pas suffi – ne suffisent pas encore – pour qu’Ali mesure l’extrême gravité de l’heure. En quelques jours, on est passé d’une

simple revendication de bourse à des scènes quotidiennes de violence montée d’un cran, avec le campus universitaire qui ressemble à un champ de bataille jonché de pierres, de poubelles renversées, de locaux fermés. Temple du savoir, jouissant de franchises protectrices, l'Université est aujourd’hui assiégée par les gendarmes, qui y érigent des cordons et barrières, et se montrent incapables de contenir les assauts de la fureur estudiantine. Un palier dans

l’illégalité a été franchi lorsque les pandores ont forcé, mercredi 19 mars, les portes de la cité universitaire, saccageant et pillant les modestes studios des étudiants. Les affrontements ont même débordé jusqu’au boulevard triomphal, où, prise en étau, la gendarmerie aurait pris la poudre d’escampette. Mais que fait Ali Bongo ? Attend-t-il qu’il y ait mort d’homme pour mettre de l’ordre dans la ménagerie ? Pour rappel, l’ANBG relève de la présidence de la République. Il est en conséquence inconcevable que l’Etat se montre si impuissant à résoudre ce qui, pour un pays aussi riche que le Gabon, constitue une broutille.

A moins que les émergents donnent raison à ceux qui pensent – nous les premiers – que la Trésorerie du Gabon manque de liquidités, et que le Gabon n’est pas loin de la banqueroute. Jusqu’à ce week-end encore, les bourses continuaient d’être versées au petit bonheur, quand les guichets n’étaient pas tout bonnement et fréquemment hors-service. En à peine quatre ans et

demi, Ali et sa bande ont réussi à mettre à terre les finances publiques, pour la seule satisfaction de fantasmes infantiles (voyez encore ce machin de port de plaisance ou de terrain de golf, superflus pour un peuple qui a faim) et du goût du lucre de la légion étrangère.

Pour un peu, l’opinion serait prête à soutenir les étudiants, car nous avons franchi le seuil de tolérance du cynisme, incarné par les traits de Judas de Jean-François Thardin, l’homme qui ment plus vite que son ombre. Quel crédit accordé à un pouvoir qui abandonne sa jeunesse, au point que cette dernière n’a le choix qu’entre l’alcool, la drogue et la prostitution ? Quelle légitimité reconnaître à un régime qui crée les conditions de précarité de sa jeunesse, et en même temps l’empêche de se soulever contre cette violation de ses droits primaires ? Ali, qui se dit jeune et proche des jeunes, est-il insensible à la détresse de ces enfants prêts à risquer leur vie (et leur avenir) pour une somme cumulée de tous les boursiers n’égalant même pas le

budget hebdomadaire d’entretien de son bouledogue ?

La raison humaine se heurte parfois à des aberrations qui défient outrageusement les lois élémentaires du bon sens. Comme flagrant démenti à Descartes qui pensait que celui-ci était la chose la mieux partagée parmi les humains, l’Emergence est en train d’inventer une logique qui

amalgame incohérence, incompétence et inconséquence dans l’action publique. Tout cela ne pourra se solder que par la violence, car la raison a foutu le camp.

A moins que le « Singe fou » Manfoumbi ne nous sorte de son attirail mystique une botte secrète venant apaiser définitivement le désenchantement ambiant. Il sera trop tard.

Texte - Jean-Pierre Abele-Ntame (in L'Aube n°9 24/03/14)

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