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En Libye, la solution n’était-elle que militaire? (Mondafrique)

par Richard Labévière 30 Avril 2014, 07:09 Libye USA OTAN Jean Ping France Grande-Bretagne

En Libye, la solution n’était-elle que militaire? (Mondafrique)
En Libye, la solution n’était-elle que militaire?
Par Richard Labévière
Mondafrique

Jean Ping, qui vient de quitter la présidence de l'Union Africaine, nous livre un réquisitoire serré des politiques occidentales de la canonnière. « A l’ère des idéaux de justice internationale et d’actions humanitaires, il est impératif d’empêcher les atrocités de masse et de s’opposer aux idéologies tyranniques. Mais, pour y parvenir, la solution n’est-elle que militaire ?» En posant ces questions salutaires, Jean Ping ne prend pas, une seconde, la défense du régime ubuesque du Guide.

Jean Ping, qui vient de quitter la présidence de l’Union africaine (UA) - 2008-2013 -, nous livre sa lecture du désastre libyen[1]. Dans le contexte des mal nommées « révolutions arabes », les vieilles fractures qui opposent traditionnellement la Cyrénaïque et la Tripolitaine se réveillent. La France, la Grande-Bretagne, puis l’OTAN en profitent pour lancer une nouvelle « guerre humanitaire ». Après des bombardements qui se déroulent du 19 mars 2011 jusqu’à la chute de Syrte - le 20 octobre 2011 -, le « guide » Mouammar Kadhafi est lynché dans un caniveau…

La suite était prévisible : implosion des appareils d’Etat ; pillage des stocks d’armes qui vont irriguer tous les trafics et équiper la multitude des groupes armés de toute la région sahélo-saharienne ; les « seigneurs de la guerre » et les chefs mafieux font régner la terreur ; le sud libyen devient le sanctuaire jihadiste des Afriques du Nord, de l’Ouest, du Sahel et de Syrie. Brillantissime !

Un chinois de l'année

En effet, ce célèbre représentant de la communauté «chinoise » Enfant né d'un père africain et d'une mère asiatique, Jean Ping n’est pas vraiment un perdreau de l’année. Fonctionnaire à l’UNESCO à Paris en 1972, il y représente le Gabon de 1978 à 1984 avant de revenir à la politique de son pays. En 1993, il préside l’OPEP, dont son pays est membre à l’époque. En 2004, il est choisi pour être le 59e président de l'Assemblée générale des Nations unies. A de nombreuses reprises, il représente le Gabon dans de grandes conférences de l’UA, des Non-alignés, de l’Organisation de la conférence islamique, de la Banque mondiale, de la Francophonie, de la TICAD (Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique) et mène plusieurs médiations diplomatiques sur le Grand continent. Grand officier de la Légion d’honneur, son précédent ouvrage - Mondialisation, paix, démocratie et développement : l'expérience du Gabon – est préfacé par Hubert Védrine.

Ce "zinzin" de Kadhafi

Mieux que quiconque,Jean Pingl est à même d’évaluer, de comprendre et de canaliser les trois grandes obsessions du Guide : « ses propres pouvoirs en tant que président en exercice de l’Union, le siège de la Commission (qu’il souhaitait transférer dans sa « ville natale » de Syrte) et surout la transformation de la Commission (c'est-à-dire de l’exécutif de l’Union) en « gouvernement de l’Union », considéré comme « étape significative vers la création des Etats-Unis d’Afrique ».

Autoproclamé « rois des rois traditionnels africains », Kadhafi était assurément zinzin… A cet égard, on apprend dans ce livre une foule de choses inédites, tant sur le guide, sur Moussa Koussa le chef de ses services que sur bien d’autres rouages du régime libyen ! Malgré toute son expérience, sa clairvoyance et sa grande patience, Jean Ping n’en n’est pas moins la cible de la chef de la diplomatie américaine Susan Rice qui le dénonce régulièrement comme l’un des suppôts de la Françafrique, tout comme Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka durant la crise malgache. Allez y comprendre quelque chose !

Le syndrome de Suez

Février 2011, s’enflamme la « révolution » libyenne. La résolution 1970 du Conseil de sécurité de l’ONU (26 février) arrête un embargo sur les armes à destination de la Libye et bloque les avoirs du régime en place. La résolution 1973 instaure une zone d'exclusion aérienne au-dessus du territoire de la Jamahiriya arabe libyenne et postule la protection des populations civiles. Conseillé par ce crétin de Bernard Henri Lévy, Nicolas Sarkozy déclenche les premiers bombardements le 19 mars 2011. Les Dimanche 10 et lundi 11 avril, Mouammar Kadhafi accepte un plan de sortie de crise présenté par les médiateurs de l'Union africaine (UA), menés par le Sud-Africain Jacob Zuma. La délégation de l'UA invite l'OTAN à mettre fin à ses bombardements.

Hélas, les insurgés libyens rejettent ce plan de paix. La machinerie de « changing regime » doit aller à son terme, renouant avec le long cortège d’expéditions punitives para-coloniales comparables à celle de Suez en 1956, pour ne citer que celle-ci. Lamentable !

Leçon magistrale

Lamentable aussi de voir à la télévision des dirigeants occidentaux sabler le champagne sur le cadavre de Kadhafi quoiqu’on puisse penser du personnage ! Une nouvelle fois, les puissances occidentales se sont arrogées, de manière unilatérale et éhontée, le doit de décider de l’avenir d’un pays du Sud. Suprême humiliation, les trois membres africains du Conseil de sécurité de l’ONU ont totalement ignoré la Feuille de route diplomatique et politique de l’UA justifiant ainsi un diktat impérialiste supplémentaire en Afrique !

Résonnent encore le grotesque discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar sur « l’homme africain qui n’est pas assez entré dans l’Histoire » et les recommandations paternalistes de Barack Obama, en visite officielle au Sénégal, demandant à son homologue Macky Sall d’accepter officiellement l’homosexualité dans son pays…

La leçon magistrale de Jean Ping doit être lue à la sortie des écoles, des églises, des mosquées, des synagogues et des supermarchés…

Lire aussi chez SLT :
- Mouammar Kadhafi : une mort de style colonial 

- L'administration Obama a-t-elle programmé la destruction de la Libye et la fin de Kadhafi ? Les révélations du contre-amiral US Kubic.

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