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Massacres français au Cameroun. Le cas Pierre Messmer

par Cameroon Voice 29 Avril 2014, 16:34 France Cameroun Pierre Messmer Françafrique Charles de Gaulle Jacques Foccart

Massacres français au Cameroun. Le cas Pierre Messmer

Lire aussi : Gestapo, napalm et massacres français au Cameroun (1956-1971) dans la plus grande indifférence

"Pierre Messmer a eu un parcours sans tâche" Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, propos tenu en aout 2007 à ses funérailles.

L'homme: Pierre Messmer
Cameroon Voice  



Quand Pierre Messmer foule le sol camerounais en 1956 comme haut-commissaire de la France, ce n'est pas pour « donner du lait » aux populations.

Il a pour mission de mâter toute velléité de contestation. Il doit surtout extirper la fibre nationaliste que l’Upc et les mouvements syndicaux travaillent à susciter au sein du peuple depuis une dizaine d’années.

Pour la France, pas question que l’indépendance apparaisse comme le fruit d’une revendication nationaliste. « Nos ancêtres les Gaullois » estiment qu’elle doit être considérée comme « donnée » par la seule volonté de la France.

Cet homme restera pour toute une génération d'africains et de Camerounais en particulier, le symbole de la cruauté vivante, celui qui distribuait à tout va la mort à ces Africains qui se refusaient d'obéir aux injonctions lapidaires d'une France en plein exercice de colonisation et prête à châtier quiconque lui résistait comme le faisait remarquer son prédécesseur Roland Pré:

« Je suis fortement ému parce que le peuple camerounais s’est laissé un instant entrainer par certains trublions que la justice française ne manquera pas de châtier. C’est vraiment choquant d’apprendre que le Cameroun veut obtenir en moins d’un quart de siècle, ce que la France a obtenu en plusieurs siècles, c’est-à-dire l’étape de l’indépendance» 

Impitoyable, Messmer, du haut de son ministère des Forces armées l’aura été.

Depuis 10 ans, l'administration coloniale fait face à l'opposition de l'Union populaire du Cameroun (UPC). Le haut-commissaire français Pierre Messmer a organisé l'assassinat de nombreux leaders de l'UPC, ainsi que des expéditions punitives.

À l'indépendance, le 1er janvier 1960, Jacques Foccart y installe un gouvernement fantoche, présidé par son ami Ahmadou Ahidjo. Le jour même, le jeune État signe un accord d'assistance militaire avec la France. Charles de Gaulle dépêche cinq bataillons, commandés par le général Max Briand.

Entre février et mars de la même année, CENT CINQUANTE-SIX villages bamilékés sont incendiés et rasés. Des dizaines de milliers de personnes sont massacrées. De cette terrible répression, la presse française, muselée et aveuglée par la crise algérienne, ne dira mot. Finalement, le 2 octobre, le leader de l'UPC, Felix Moumié, est assassiné à Genève par les services secrets français.

Messmer, après ces loyaux services rendus à sa patrie, est récompensé en 1960 (année de l’indépendance du Cameroun sous tutelle française), quand il est nommé ministre des Forces armées à Paris.

Avec sa disparition, c'est aussi un des grands artisans du génocide Camerounais qui tire sa révérence. Génocide que la France n'aura jamais le courage de reconnaître. Politique génocidaire mise en place par De Gaulle dans toute l'Afrique dite « francophone » et dont la mise en application était orchestrée par Roland Pré, Pierre Messmer et bien d'autres lugubres personnages qui entreront dans l'histoire de la France comme de « Grands ».

Cette guerre n’a jamais été reconnue, ni par la France ni par les autorités officielles camerounaises qui ont bénéficié de l’écrasement des nationalistes camerounais. En déplacement à Yaoundé en 2009, le Premier ministre français François Fillon balaya ces événements en parlant de « pure invention ».

La jeunesse africaine doit plutôt retenir de cet homme qu'il a contribué à la déstructuration des équilibres de leur continent et qu'il est important de garder en esprit que « La France n'a pas des amis, elle n'a que des intérêts » comme le disait De Gaulle, le fondateur de l'idéologie néocolonialiste qui sévit en Afrique et dont les conséquences sont décrites dans « Les servitudes du pacte colonial » de Mamadou Koulibaly.

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- Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971), Manuel Domergue, co-auteur avec Thomas Deltombe et Jacob Tatsitsa

- La colonisation et le Cameroun contemporain, Jean-Claude Kanmogne Tamuedjon, L'harmattan

- Roland Tsapi, Le messager, 3 Septembre 2007

- Archives de Mboangila

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