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Sarkozy, la Libye et la DCRI : la peur derrière la frime de l'ex-président (Le Nouvel Observateur)

par Nouvel Observateur 4 Avril 2014, 16:53 France Libye Sarkozy Kadhafi DCRI 2007 Campagne présidentielle

Sarkozy, la Libye et la DCRI : la peur derrière la frime de l'ex-président (Le Nouvel Observateur)

Sarkozy, la Libye et la DCRI : la peur derrière la frime de l'ex-président
Le Nouvel Observateur

L'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy continuent de faire des vagues. "Le Monde" a révélé que l'ancien président de la République aurait cherché à s'informer sur le dossier Kadhafi dans lequel il serait mouillé. Auprès du patron des services de renseignements du ministère de l’Intérieur, cette fois. Une information qui choque notre chroniqueur. Nicolas Sarkozy a beau jouer les matamores, visiter en avant-première le nouveau vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines, parader aux côtés du président du PSG, d’Anne Hidalgo et de Najat Vallaud-Belkacem, dans la tribune présidentielle du stade de France, il est inquiet.

Et il a bien raison d'avoir peur, contrairement à ce qu’il a laissé entendre dans sa tribune aux Français publiées dans "Le Figaro" et selon laquelle il serait écouté à tort par une justice aux ordres qui utiliserait les méthodes dictatoriales de la Stasi.

Alors, ses fanfaronnades habituelles, ses confidences relayées à plaisir par les médias, par exemple son jugement à l’emporte-pièce sur Bernard Cazeneuve, le nouveau ministre de l’Intérieur qui, selon lui, n’aurait pas "l’autorité" nécessaire pour le poste, ne doivent tromper personne.

Il téléphone au patron du renseignement intérieur

Il suffit pour s’en convaincre, de se pencher sur les nouvelles révélations du "Monde" selon lesquelles Nicolas Sarkozy a des informateurs partout pour le renseigner sur ses affaires : non seulement dans l’institution judiciaire, comme on l’a appris lors de la divulgation du contenu des écoutes, mais aussi dans les rouages les plus élevés de la police de notre pays.

Cette fois, ça sent le roussi pour Nicolas Sarkozy. On apprend que l’ancien président était bel et bien préoccupé par les avancées d’une autre enquête, celle sur un possible financement par la Libye de sa campagne présidentielle de 2007.

Tellement perturbé, même, qu’il a tenté de se renseigner en téléphonant, en juin 2013 et janvier 2014, au nouveau patron du renseignement, Patrick Calvar, le haut fonctionnaire qui a succédé à Bernard Squarcini, remercié pour sa proximité trop grande avec l’ancien président de la République.

Entendu par les juges Tournaire et Grouman, M. Calvar a confirmé les faits : Nicolas Sarkozy lui a bien téléphoné en personne, de même que Michel Gaudin, l’ancien préfet de police de Paris, ex-directeur de la police nationale quand Sarkozy était ministre de l’Intérieur, devenu depuis la présidentielle perdue son directeur de cabinet.

L’interprète libyen, le témoin gênant

Tous deux voulaient savoir si Moftah Missouri, l'interprète personnel du colonel Kadhafi, allait être auditionné dans le cadre de l’enquête. Or, l’interprète risquait d’être un témoin bien gênant pour l’ancien président, lui qui avait affirmé le 20 juin 2013, sur France 2, dans l’émission "Complément d’enquête", que la Libye avait versé "une vingtaine de millions de dollars en liquide" au candidat Sarkozy. C’est ce même Missouri qui a authentifié la note publiée par Mediapart (considérée comme un faux par les conseils de l’ancien président) selon laquelle Nicolas Sarkozy aurait bénéficié d’un financement occulte global de quelque 50 millions de dollars en 2007 de la part de Kadhafi.

Assez embarrassé, le responsable de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), s’il a bien confirmé les conversations téléphoniques, s’est retranché derrière le "secret défense", refusant de dire par exemple si ses services avaient enquêté sur le dossier libyen.

Un réseau d’informateurs en toile d’araignée

Ces nouvelles révélations permettent aux journalistes du "Monde" d’expliquer combien l’ancien président a mis en place, avant son départ de l’Élysée, un véritable réseau d’informateurs à son unique service, en forme de toile d’araignée jetée sur nos institutions :

"Nicolas Sarkozy et ses proches disposent d'informateurs bien placés au sein de l'appareil d'État", expliquent-ils, en s’appuyant notamment sur un autre extrait de conversations enregistré dans lequel Michel Gaudin explique à l’ancien président qu’il aurait "d’autres sources d’information" susceptibles de les renseigner sur l’avancée de l’enquête des deux juges d’instruction.

Voilà qui vient conforter les précédentes révélations du "Monde" et de Mediapart, selon lesquelles Nicolas Sarkozy suivrait, jour après jour, le développement des instructions qui le concernent.

Une préoccupation permanente alors qu’officiellement, l’ancien président balaie d’un revers de main les nombreuses affaires qui le cernent, en expliquant que tout aurait été monté de toutes pièces et qu’il serait victime d’un acharnement sans précédent de la part du pouvoir qui lui a succédé.

Des liens entre Gilbert Azibert et André Ride

On savait déjà, par exemple, que Thierry Herzog, l’avocat de l’ancien président, disposait d’un espion de choix à la Cour de cassation, en la personne de Gilbert Azibert, le premier avocat général, qui aurait tenté d’influencer trois conseillers entre janvier et février dans l’affaire Bettencourt. Une information qui a entraîné l’audition d’au moins six magistrats de cette haute institution.

Mais voilà que le "Monde" évoque aussi les liens étroits qu’entretenait M. Azibert avec le procureur de Bordeaux André Ride qui, en mai 2013 "avait contraint le parquet de Bordeaux à requérir un non-lieu en faveur d'Eric Woerth, dans le volet "trafic d’influence" de l'affaire Bettencourt. Et cela, contre l'avis de la substitut chargée de régler le dossier".

On le voit, ces relais très efficaces non seulement dans l’appareil judiciaire mais aussi, dans les rouages de la police, travaillent tous azimuts, au gré des affaires en cours, indifféremment par exemple, c’est démontré, dans les dossiers de l’héritière de L’Oréal et du financement libyen.

Sa tribune du "Figaro", un écran de fumée

Ces nouvelles révélations resserrent un peu plus l’étau de la justice autour de Nicolas Sarkozy dont on aperçoit mieux, aujourd’hui, combien ses protestations dans "Le Figaro" ("les principes républicains foulés aux pieds") n’étaient rien d’autre qu’un écran de fumée.

Quand il osait prendre à témoin les Français du pseudo harcèlement dont il se disait victime de la part de la police ("la Stasi") et quand il faisait le procès médiatique de certains juges "de gauche", il pointait les méthodes que lui-même utilisait lorsqu’il était au pouvoir et qu’il continue d’utiliser grâce à de nombreux informateurs toujours zélés à le servir.

Oser affirmer que la gauche aurait mis en place un "cabinet noir" destiné à l’empêcher de se représenter à la présidentielle en 2017, relève du pur fantasme. Et ce n’est sans doute pas un hasard si la nomination de Bernard Cazeneuve au ministère de l’Intérieur ne lui convient pas et s’il cherche, en faisant fuiter dans les médias une confidence, à l’intimider.

Réputé méthodique, travailleur et intègre, celui qui s’est révélé un excellent ministre du Budget après le scandale Cahuzac saura sans aucun doute poursuivre le travail d’assainissement commencé par Manuel Valls.

L'inquiétude face à l'existence de "taupes" sarkozystes

Quant à Christiane Taubira, reconduite dans ses fonctions de garde des Sceaux, elle a annoncé qu’elle souhaitait renforcer encore, dans les prochaines semaines, l’indépendance de la Justice garantie par la Constitution (sans doute mieux respectée que sous le précédent quinquennat) : réforme du Conseil supérieur de la magistrature, transparence dans la nomination des parquetiers etc…

En attendant, les nouvelles révélations du "Monde" sur l’existence de "taupes" sarkozystes dans la police sont au moins aussi graves que celles qui concernaient les "informateurs" dans la justice.

Toute la question est de savoir si, cette fois encore, Nicolas Sarkozy va nous pondre une nouvelle lettre aux Français pour dénoncer l’acharnement dont il se prétend la victime.

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