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Boko Haram une bénédiction pour l'impérialisme en Afrique : les États-Unis forment des escadrons de la mort (BAR)

par Sam La Touch 31 Mai 2014, 08:02 Africom USA Impérialisme Escadrons de la mort Nigeria Boko Haram Francee Américafrique Articles de Sam La Touch

Boko Haram une bénédiction pour l'impérialisme en Afrique : les États-Unis forment des escadrons de la mort (BAR)
Boko Haram une bénédiction pour l'impérialisme en Afrique : les États-Unis forment des escadrons de la mort
Article originel : Boko Haram a Blessing for Imperialism in Africa: U.S. Training Death Squads
Par Glen Ford
Black Agenda Report

Traduction SLT



Militairement, l'Afrique est en train de devenir un continent étatsunien. Barack Obama, qui a été le président de tous sauf la première année d'existence de l'AFRICOM, a réussi à intégrer des unités de combat étatsuniennes, des bases, à renforcer certains régimes, à équiper et financer les structures militaires de tous les pays africains hormis pour une poignée de pays résistants. Le grand rêve panafricaniste et ancien du président ghanéen Kwame Nkrumah d'une Afrique unie militairement n'a pas été réalisé - face aux appétits des Etatsuniens et des Européens. Sous couvert d'une intervention «humanitaire», Obama a considérablement élargi les projets d'expansion de Bill Clinton et de George Bush en Afrique, de sorte que seulement quelques taches sur la carte de l'Afrique restent en dehors de la sphère des opérations de Washington. L'Érythrée et le Zimbabwe sont les exceptions notables - et, par conséquent, les cibles futures.

L'Afrique est un territoire occupé. L'Union africaine ne prétend même pas être responsable de ses propres missions de maintien de la paix, qui sont devenues en fait des opportunités pour les forces armées africaines de se faire payer pour faire le job de l'Occident. La Chine et le Brésil peuvent recueillir la part substantielle du commerce avec l'Afrique, mais les hommes disposant des armes à feu sont fidèles à l'AFRICOM - le papa gâteau pour la classe militaire africaine. Les troupes étatsuniennes dorment maintenant dans les casernes africaines. Elles sont les frères d'armes des officiers africains et peuvent déterminer les futurs présidents africains.

Le rythme de la pénétration étatsunienne de l'Afrique de l'Ouest s'est accéléré de façon spectaculaire depuis 2011, quand Obama (Sarkozy et Cameron, ndt) a liquidé le gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi, installant un flux de jihadistes et d'armes vers la Syrie et vers le Sud pour déstabiliser les nations du Sahel. Un chaos s'en est suivi - un beau chaos diriez-vous si vous étiez un planificateur militaire des États-Unis à la recherche d'une justification pour des missions de plus en plus importantes. L'agression de l'OTAN contre la Libye a engendré le chaos dans la sous-région subsaharienne qui a justifié l'occupation française et étatsunienne du Mali et du Niger. Les djihadistes d'Afrique du Nord hyperactifs, renforcés par les bombes étatsuniennes (cf. ce qui s'est passé en Libye, ndt), des armes et de l'argent, forment et équipent leurs frères du continent, y compris les éléments de Boko Haram au Nigeria. Les guerriers islamiques de langue yoruba ont légué à l'AFRICOM un cadeau inestimable : près de 300 écolières nécessitant d'être délivrées, prétexte parfait pour une intervention «humanitaire».

Il n'y a pas eu besoin de demander à deux reprises à Obama de "faire quelque chose !".

Les chefs d'Etat du Nigeria, du Tchad, du Niger, du Bénin et du Cameroun ont été convoqués à Paris (prétendant que c'était leur idée) où ils ont déclaré la "guerre totale " à Boko Haram, tandis que les «observateurs» des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne (intervenants dans les affaires internes de l'Afrique depuis des années) regardaient. Le président français François Hollande a déclaré "qu'un plan d'action mondial et régional" sortirait de la conférence .

"Les chefs d'Etat du Nigeria, du Tchad, du Niger, du Bénin et du Cameroun ont été convoqués à Paris où ils ont déclaré la « guerre totale » à Boko Haram."

Bien sûr, les cinq Etats africains n'ont ni l'argent, ni la formation, ni l'équipement, ni la capacité de collecte de renseignements pour un tel plan. Ce sera un plan euro-étatsunien pour la défense et la sécurité de l'Afrique de l'Ouest - contre d'autres Africains. Immédiatement, les États-Unis ont envoyé 80 soldats au Tchad (pays qui sur le plan militaire a longtemps été un état mercenaire au service de la France) pour ouvrir une nouvelle base de drones, afin de renforcer le parc de drones étatsuniens existants déjà au Niger, au Burkina Faso, en Ethiopie, en Somalie, aux Seychelles, à Djibouti (où il existe une énorme base française et étatsunienne), et les sites de la CIA qui ne doivent pas être divulgués.

Le nouveau groupe de sécurité en Afrique de l'Ouest est devenue une réplique de l'OTAN, une annexe visant à être façonnée par les planificateurs militaires impérialistes pour affronter les ennemis choisis par Washington et Paris.

Quel formidable élan humanitaro-militaire ! Les filles sont absentes depuis un mois, et pourraient ne pas être secourues vivantes, mais cinq pays africains voisins - l'un d'eux étant la plus grande économie du continent - ont déjà été embrigadés dans une alliance militaire dominée par l'OTAN avec d'autres Etats africains subordonnés.

Il est vite apparu que l'AFRICOM avait déjà une relation spéciale avec l'armée nigériane qui n'a été annoncée qu'après l'enlèvement des écolières. AFRICOM va former un bataillon de Rangers du Nigeria dans la contre-insurrection guerrière, ce sera la première fois que ce commandement étatsunien fournira une formation « intégrale » aux Africains à une telle échelle.

Avec le public étatsunien embrigadé dans l'esprit interventionniste de l'opération "Save our girls", les opérations secrètes sont soudainement devenues publiques. Le New York Times révèle que les Etats-Unis ont organisé un programme secret pour former des bataillons de lutte contre le terrorisme pour le Niger et la Mauritanie. Les forces spéciales des Bérets verts et les tueurs de la Delta Force instruisent des commandos triés sur le volet dans la contre-insurrection au Mali. Une source du Times, laisse clairement entendre que les opérations secrètes sont conçues pour recouvrir la région d'escadrons de la mort formés par les Etats-Unis. Michael Sheehan était jusqu'à l'année dernière en charge des opérations spéciales au Pentagone - Death Squads Central (Centrale des escadrons de la mort) - où il a poussé à plus de formateurs pour des Opérations Spéciales pour les armées africaines. Sheehan détient désormais la "présidence prestigieuse" de la West Point’s Combating Terrorism Center (du Centre de West Point de Lutte contre le Terrorisme). Dans les années 1980, il était le commandant des forces spéciales de l'Amérique latine - ce qui signifiait en langage à peine codé : escadrons de la mort.

"L'AFRICOM formera un bataillon de Rangers du Nigeria dans la guerre de contre-insurrection."

Les Forces spéciales de l'armée des États-Unis ont toujours été des tueurs politiques, fonctionnant le plus souvent avec la CIA. Le Phoenix Program, au Vietnam, qui a tué entre 26 000 et 41 000 personnes et torturé beaucoup d'autres, était un crime de guerre de la CIA allié aux forces spéciales. De 1975 jusque dans les années 80, la CIA et ses forces spéciales ont apporté un soutien technique et des armes à des tueurs pour l'Opération Condor, les escadrons de la mort dirigés par un consortium de juntes militaires en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie et au Brésil, probablement responsable de 60 000 meurtres. Sheehan a probablement été impliqué dans l'Operation Condor et sa composante d'Amérique centrale, l'Opération Charly, et depuis a perfectionné l'art des assassinats politiques. S'il est chanceux et se sent justifié par les événements en Afrique, alors les escadrons de la mort formés par les Etats-Unis sont sur le point de proliférer dans cette partie du monde.

Il n'y a pas de doute qu'Obama apprécie les Opérations Spéciales, car ces opérations de petites unités de meurtriers dirigés par des tueurs professionnels intervenant de nuit ne s'apparentent par à une guerre - et peuvent, si nécessaire, être imputées à d'autres "terroristes". Cependant, l'histoire - l'histoire récente - prouve que les États-Unis peuvent parvenir à leurs fins avec des carnages de grande ampleur (et sans limites) en Afrique. En 2006, l'invasion de l'Ethiopie par la Somalie, soutenue par les forces étatsuniennes au sol, dans les airs et par la mer, a donné lieu à l'époque à "la pire crise humanitaire en Afrique", "pire que le Darfour", selon les observateurs de l'ONU, avec des centaines de milliers de morts. Les États-Unis ont alors refusé l'aide alimentaire pour affamer les combattants somaliens Shabaab, conduisant à une perte encore plus catastrophique de vies humaines. Mais, la plupart des Etatsuniens ne sont pas conscients de ces crimes contre l'humanité à l'encontre des Africains ("crimes again Black Humanity").

Les alliés éthiopiens des Etats-Unis ont commis un génocide contre l'ethnie Somali dans la région de l'Ogaden en toute impunité et ont interdit aux médias internationaux l'accès de la région. Les Présidents Clinton, Bush et Obama - chacun d'entre eux aidés par Susan Rice - ont collectivement tué six millions de Congolais depuis 1996. Le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale a été le résultat prémédité du chaos délibérément imposé par les Etats-Unis au Congo (RDC, ndt) riche en minéraux et par ses sbires du Rwanda et de l'Ouganda voisin. Paul Kagame, l'actuel leader du Rwanda, a abattu un avion avec deux présidents à bord en 1994, déclenchant les massacres qui ont amené Kagame au pouvoir et envoyé par la suite le Congo voisin sur la route de l'enfer. Les Etats-Unis célèbrent Kagame comme un héros, bien que le dictateur tribal Tutsi envoie des escadrons de la mort partout dans le monde pour étouffer ceux qui s'opposent à lui.

"Les États-Unis peuvent parvenir à leur fin avec des carnages de grande ampleur (illimités) en Afrique."

Le Président ougandais Yoweri Museveni, un ami des États-Unis depuis l'époque de Ronald Reagan, a commis des actes de génocide contre ses rivaux de la tribu Acholi, les jetant dans des camps de concentration. Joseph Kony a été l'un de ces Acholi, qui apparemment est devenu fou. Depuis des années, Kony n'est plus une menace pour l'Ouganda ou pour tout autre pays de la région, mais le président Obama a utilisé une prétendue observation d'une hypothétique présence de bribes de son Armée de Résistance du Seigneur en RDC pour envoyer 100 Bérets verts en République démocratique du Congo, en Ouganda, au Rwanda, en République centrafricaine et au Soudan du Sud. Le mois dernier, Obama a envoyé 150 soldats et plus de quatre avions pour l'Afrique centrale, affirmant à nouveau que Kony se cachait quelque part.

En fait, les troupes étatsuniennes ont été déployées près du sud Soudan, que les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël ont déstabilisé depuis des décennies dans le but de diviser la nation du Soudan. Le Soudan du Sud est devenu indépendant, mais il est resté instable et est loin d'être une nation, il s'agit plutôt d'un endroit riche en pétrole convoité par les États-Unis. Des dizaines de milliers d'autres personnes sont certains de mourir en combattant dans le Soudan du Sud, mais peu d'Etatsuniens blâmeront leur propre pays.

Comme le montre le carnage au Congo, des populations entières peuvent être rayées de la carte en Afrique sans que la plupart des gens en Occident s'en aperçoivent. Les escadrons de la mort entraînés par les Etats-Unis au Nigeria, au Niger, en Mauritanie et au Mali, et ceux qui traqueront bientôt les victimes au Cameroun et au Bénin, ne se limiteront pas à la chasse à Boko Haram. Les escadrons de la mort sont, par définition, déstabilisant ; ils empoisonnent l'environnement politique et social au-delà de toute limite, comme l'Amérique centrale des années 80 peut en témoigner.

Pourtant, c'est la méthode de conquête préférée de l'impérialisme étatsunien dans le monde non-blanc. C'est ce que les Etatsuniens font réellement, quand les gens demandent à ce qu'ils "fassent quelque chose".

Glen Ford, Éditeur de BAR exécutif, peut être contacté à Glen.Ford@BlackAgendaReport.com.

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