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"Cher monde, vos hashtags (# BringBackOurGirls) ne ramèneront pas nos filles" (The Guardian)

par Sam La Touch 11 Mai 2014, 06:29 Articles de Sam La Touch Nigeria USA Armée US Africom -BringBackOurGirls GoodLuck Jonathan Boko Haram

"Cher monde, vos hashtags (# BringBackOurGirls) ne ramèneront pas nos filles" (The Guardian)
"Cher monde, vos hashtags (# BringBackOurGirls) ne ramèneront pas nos filles"
'Dear world, your hashtags won't #BringBackOurGirls'
Jumoke Balogun
The Guardian

Traduction SLT


Merci pour vos inquiétudes à notre égard, mais en appeler aux Etats-Unis plutôt que de de demander au Nigeria de prendre des mesures fait plus de mal que de bien, déclare Jumoke Balogun.

Une simple question à vous poser. Etes-vous Nigérian ? Avez-vous les droits constitutionnels dont disposent les Nigérians pour participer à leur processus démocratique ? Sinon, j'ai des nouvelles pour vous. Vous ne pouvez pas faire grand chose au sujet des jeunes filles enlevées au Nigeria. Vous ne pouvez rien faire. Votre insistance à exhorter la puissance étatsunienne (française et britannique, ndt), en particulier la puissance militaire, pour résoudre ce problème finira par meurtrir le peuple du Nigéria.

Cela me touche que vous ayez pris le manteau de la «sensibilisation» au sujet des + de 200 filles qui ont été enlevées de leur école à Chibok ; cela me touche que vous ayez entendu les cris des mères et des pères qui vont passer encore une autre journée sans leur enfant. C'est bien que vous vous inquiétez.

Mais, en fait, lorsque que vous faites pression sur les puissances occidentales, en particulier sur le gouvernement étatsunien, pour qu'il s'implique dans les affaires africaines et lorsque vous défendez une intervention militaire, vous générer un problème beaucoup plus vaste. Vous devenez un participant complice d'un agenda militaire expansionniste sur le continent africain. Ce n'est pas bon.

Vous ne le savez sans doute pas, mais l'armée étatsunienne aime vos hashtags, car elle leur donne une légitimité pour empiéter et développer leur présence militaire en Afrique. Africom (United States Africa Command), le corps militaire
qui est chargé de superviser les opérations militaires US en Afrique, a beaucoup gagné à la suite de la campagne # KONY2012 et va maintenant gagner encore plus avec vos #BringBackOurGirls.

L'année dernière, avant que Barack Obama visite plusieurs pays d'Afrique, j'ai écrit sur la façon dont l'armée étatsunienne étend son rôle sur le continent. Rien que pour l'année 2013, Africom a effectué un total de 546 «activités militaires », soit en moyenne une mission militaire et demie par jour. Bien que nous ne savons pas grand chose sur la finalité de ces activités, gardons à l'esprit que la mission de l'Africom est de "promouvoir les intérêts de sécurité nationale des États-Unis".

Et ils continuent d'avancer leur pion. Selon un rapport, en 2013, les troupes étatsuniennes ont favorisé les intérêts étatsuniens et sont entrées au Niger, en Ouganda, au Ghana, au Malawi, au Burundi, en Mauritanie, en Afrique du Sud, au Tchad, au Togo, au Cameroun, à Sao Tomé-et-Principe, en Sierra Leone, en Guinée, au Lesotho, en Ethiopie, en Tanzanie et au Soudan du Sud.

L'armée étatsunienne a mené 128 "activités militaires" distinctes dans 28 pays africains entre juin et décembre 2013. Celles-ci sont en conjonction avec les opérations des drones étatsuniens au nord du Nigeria et en Somalie. Il y a aussi des
avant-postes militaires de contre-terrorisme à Djibouti et au Niger et des bases secrètes en Ethiopie et aux Seychelles qui servent de rampes de lancement pour l'armée étatsunienne pour assurer la surveillance et les frappes armées des drones.

Bien que la plupart de ces activités soient secrètes, nous savons que l'armée étatsunienne a eu un effet déstabilisateur dans quelques pays. Par exemple, un article du New York Times a confirmé que l'homme qui a renversé le gouvernement malien élu démocratiquement en 2012 a été formé et encadré par les États-Unis entre 2004 et 2010. De plus, un bataillon formé aux Etats-Unis a été dénoncée par l'Organisation des Nations Unies pour avoir commis des viols de masse en République démocratique du Congo.

Maintenant, les États-Unis gagnent du terrain en envoyant des conseillers militaires et encore plus de drones, désolé, je veux dire du personnel et des agents de sécurité, au Nigeria pour aider l'armée nigériane, qui soit dit en passant, est connue dans l'histoire pour avoir commis des massacres de masse contre le peuple nigérian.

Sachant cela, vous pouvez comprendre mon appréhension au sujet de la décision d'Obama. Comme l'écrivain d'origine nigérianne et étatsunienne Teju Cole l'a déclaré hier, l'implication du gouvernement des Etats-Unis et de l'armée ne fera que conduire à une militarisation accrue et à un affaiblissement de la démocratie.

En outre, la dernière fois que des conseillers militaires ont été envoyés en Afrique, ils n'ont pas fait beaucoup de bien. Rappelez-vous la campagne #KONY2012 ? Quand Obama a envoyé 100 troupes de combat pour capturer ou tuer le chef de l'Armée de résistance du Seigneur, Joseph Kony en Afrique centrale ? Eh bien, ils ne l'ont toujours pas trouvé et ils ont arrêté momentanément leur recherche, Obama a envoyé plus de troupes en mars 2014 qui se baladent maintenant en Ouganda, en République centrafricaine, au Soudan du Sud, et en République démocratique du Congo.

Par conséquent, vos appels pour que les États-Unis s'impliquent dans cette crise sapent le processus démocratique au Nigeria et entravent le mouvement grandissant contre l'administration inepte et kleptocratique de Goodluck Jonathan. Ce furent les Nigérians qui ont poussé leur président bon à rien à agir et l'ont défié pour améliorer le sort des jeunes filles disparues. C'est de leur pouvoir et de leur rôle de demander justice pour ces filles et de veiller à ce que le gouvernement nigérian soit tenue pour responsable. Votre pression sur les États-Unis fait plus de mal aux gens que vous êtes supposer aider et elle maintient et renforce la puissance militaire des États-Unis.

Si vous devez faire quelque chose, c'est d'en apprendre davantage sur les militants et les journalistes incroyables comme celui-ci, celui-ci, et celui-ci pour n'en nommer que quelques-uns, qui ont risqué leur vie et d'être arrêté en défiant le gouvernement nigérian à faire mieux pour son peuple dans le processus démocratique. Si vous devez tweeter, tweeter pour les soutenir et les renforcer ; mais ne soutenez pas l'action du gouvernement étatsunien qui cherche à enhardir la militarisation états-unienne de l'Afrique. Ne rejoignez pas le gouvernement étatsunien et ses militaire en entravant ce mouvement qui a commencé avec les Nigerians et est soutenue par des Nigérians.

Jumoke est Nigérianne et étatsunienne. Elle est co-fondatrice et co-rédactrice en chef de compareafrique.com

"Cher monde, vos hashtags (# BringBackOurGirls) ne ramèneront pas nos filles" (The Guardian)
Photo parodiant la campagne BringBackOurGirls en mettant l'accent sur les crimes commis par l'administration Obama en Afrique et dans le monde au travers du droit de tuer par des frappes armées réalisées par des drones

Photo parodiant la campagne BringBackOurGirls en mettant l'accent sur les crimes commis par l'administration Obama en Afrique et dans le monde au travers du droit de tuer par des frappes armées réalisées par des drones

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