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Dans le contexte d’une offensive diplomatique contre la Syrie, la France incite à la guerre (WSWS)

par WSWS 16 Mai 2014, 21:30 France Syrie Guerre Terrorisme Bachar al-Assad Fabius

Dans le contexte d’une offensive diplomatique contre la Syrie, la France incite à la guerre (WSWS)
Dans le contexte d’une offensive diplomatique contre la Syrie, la France incite à la guerre
Par Kumaran Ira
WSWS

Durant une visite officielle, mardi à Washington, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit regretter que Washington ne soit pas entré en guerre l’automne dernier contre la Syrie et a de nouveau lancé des accusations infondées selon lesquelles le président syrien Bachar al-Assad aurait utilisé des armes chimiques contre la population syrienne.

En formulant ces accusations, Fabius incite directement à la guerre en Syrie. Il a rappelé la promesse de la « ligne rouge » du président américain Barack Obama d’entrer en guerre si Assad utilisait l’arme chimique. Affirmant à tort que le régime syrien avait fait usage de gaz toxique en août dernier dans la Ghouta, banlieue de Damas, Fabius a dit regretter que la France n’ait pas pu entrer en guerre contre la Syrie parce que Washington et Londres avaient décidé de ne pas attaquer la Syrie en septembre.

« Pas question pour la France d’agir seule, » a dit Fabius. « Nous le regrettons parce que nous pensons que ça aurait changé beaucoup de choses, à beaucoup d’égards. »

Les accusations de Fabius concernant l’usage de l’arme chimique sont une falsification politiquement criminelle et délibérée. Il a ignoré le fait que lorsque le parlement britannique avait voté contre la guerre en Syrie à l’automne dernier, le premier ministre britannique, David Cameron avait lui-même reconnu que les puissances occidentales n’avaient aucune preuve tangible que le régime d'Assad avait perpétré les attaques dans la Ghouta.

Fabius a aussi ignoré l’article dévastateur rédigé par le journaliste d’investigation chevronné, Seymour Hersh, qui avait établi que c’était le gouvernement turc, allié des Etats-Unis et de la France, qui avait organisé l’attaque de la Ghouta. Son objectif était, tout comme les déclarations de Fabius aujourd’hui, de fournir un prétexte pour lancer la guerre en Syrie. (Voir : « Nouvel exposé de Seymour Hersh: la Turquie a organisée des attaques au gaz pour provoquer une guerre des États-Unis contre la Syrie »

Les déclarations de Fabius sont un avertissement à la classe ouvrière internationale. Non seulement le gouvernement PS (Parti socialiste) de la France veut une guerre en Syrie, qui pourrait dégénérer en une guerre mondiale impliquant les principaux alliés de la Syrie, l’Iran et la Russie, mais il collabore étroitement avec Washington et d’autres puissances de l’OTAN pour la lancer.

Il y a de nombreux signes d’un effort diplomatique renouvelé pour la guerre. Des pourparlers sur la Syrie, dirigés par Kerry et réunissant des ministres venus de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne et de plusieurs pays arabes ainsi que le dirigeant de l’opposition syrienne, Ahmad Jarba, commencent aujourd’hui à Londres. Jarba vient de passer plus d'une semaine à Washington pour participer à des réunions à haut niveau, visant à renforcer le soutien américain à l’opposition dans leur combat contre Assad.

Mardi, Ladhdar Brahimi, émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la paix en Syrie, a annoncé sa démission après avoir occupé ce poste depuis 2012.

Les accusations de Fabius selon lesquelles Assad aurait utilisé du gaz chloré reprennent un rapport publié mardi par l’organisation des Droits de l’homme (Human Rights Watch, URW) basée aux Etats-Unis. Le rapport de HRW allègue que les forces pro-Assad ont fait usage de gaz chloré chargé dans des bombes rudimentaires lors d’attaques perpétrées à la mi-avril dans trois villes au Nord de la Syrie, tuant 11 personnes et en blessant près de 500 autres. Ni le HRW ni Fabius n’ont produit un quelconque élément de preuve fiable pour appuyer leurs allégations.

Le HRW affirme qu’il « ne peut pas confirmer de façon indépendante » des allégations d’utilisation de gaz chloré qui, dit-il, s’appuient en grande partie sur des accusations faites par des activistes islamistes d’extrême droite, intermédiaires des puissances occidentales, à l’intérieur de la Syrie.

Quant à Fabius, il a dit lors d’une conférence de presse avec son homologue américain, le secrétaire d’Etat John Kerry : « Nous avons des éléments, au moins 14 éléments, qui montrent que dans les semaines récentes, de nouveau des armes chimiques en plus petite quantité ont été utilisées, notamment du chlore ». Cyniquement, il a prétendu qu’il avait été difficile d’obtenir une preuve définitive parce que le gaz chloré s’évapore trop vite pour pouvoir en recueillir des échantillons, il a dit : « Nous sommes en train de faire examiner des échantillons qui ont été prélevés. »

Kerry a réitéré les remarques de Fabius en accusant Assad « qui ne veut pas négocier, qui a absolument refusé de négocier à chaque session… Ceci confirme la poursuite d'une attitude consistant à se cramponner obstinément au pouvoir de la part d’un homme qui est prêt à larguer des barils d’explosif sur son peuple, à les gazer, à faire tirer l’artillerie sur des civils innocents, à affamer les gens chez eux et à, malgré tout, revendiquer le droit de gouverner le pays. »

Le « regret » de Fabius que les puissances occidentales n’aient pas lancé une guerre en Syrie ainsi que les nouvelles accusations montées de toutes pièces sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime d'Assad montrent que les puissances occidentales sont une fois de plus en train de mobiliser pour une guerre contre la Syrie. Il souligne aussi la signification du renforcement militaire que Washington, Berlin, Paris et leurs alliés sont en train d’effectuer partout en Europe de l’Est et qui vise la Russie, soi-disant à propos de la crise ukrainienne.

La Russie, allié clé de la Syrie, est apparue comme l'obstacle crucial au lancement d’une guerre contre la Syrie en opposant, en septembre dernier, son véto aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU censées servir de justificatifs à une guerre menée par les Etats-Unis contre la Syrie. Actuellement, la Russie est confrontée non seulement à l'hostilité du régime ukrainien d’extrême droite de Kiev, qui a émergé du coup d’Etat soutenu par l’OTAN et mené en février dernier par les fascistes, mais aussi aux troupes de l’OTAN qui sont stationnées le long de ses frontières occidentales. Elle se trouve dans une position bien plus faible pour s’opposer à une guerre contre la Syrie, son allié principal dans le monde arabe, incitée par Washington et Paris.

En faisant pression pour un tel conflit qui risque directement de provoquer une guerre mondiale, le gouvernement PS du président français, François Hollande, fait preuve d’un caractère foncièrement réactionnaire et anti-classe ouvrière. Il foule au pied la profonde opposition à la guerre qui existe au sein de la classe ouvrière française. Durant l’alerte à la guerre contre la Syrie de septembre dernier, des sondages d’opinion avaient révélé que 64 pour cent de la population française étaient opposés à la guerre.

Hollande incite néanmoins à la guerre, cherchant ainsi à détourner l’attention de l’intensification des tensions de classe dans le pays, provoquées par ses attaques contre la classe ouvrière. Ces attaques ont fait de son gouvernement le plus impopulaire de France depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Deux ans après son accession au pouvoir, Hollande s’est embarqué dans des guerres agressives en Afrique, dont des interventions militaires au Mali et en République centrafricaine, ainsi qu’au Moyen-Orient. Des responsables du PS avaient, au moment de lancer la guerre au Mali, déclaré à maintes reprises qu’un objectif majeur du lancement des guerres était de changer le climat politique en France et de permettre à Hollande d’aller de l’avant avec des attaques impopulaires contre la classe ouvrière.

Ils avaient ouvertement expliqué qu’ils façonnaient leurs guerres selon le modèle de la guerre des îles britanniques Falkland (guerre des Malouines) de 1982. Dans cette guerre, le premier ministre britannique, Margaret Thatcher avait cherché à renforcer le soutien pour son gouvernement au sein des classes moyennes et à planifier les mesures d’austérité contre les travailleurs, dont l’anéantissement de la grève des mineurs de 1984-85. (Voir : « La France profite du meurtre des journalistes de RFI pour intensifier sa guerre au Mali »)

Avec une telle politique, Paris met en branle une dynamique conduisant soit à une guerre catastrophique soit à une confrontation entre le PS et la classe ouvrière avec des implications révolutionnaires. Alors que les pyromanes impérialistes à Paris tentent de résoudre leurs problèmes internes insolubles en misant tout sur la guerre, ils sont en train de dévaler, les yeux fermés, le précipice menant à la catastrophe.

(Article original paru le 15 mai 2014)

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