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Jean-Yves Le Drian le bonimenteur (Mondafrique)

par Nicolas Beau 11 Mai 2014, 11:04 France Mali Françafrique Le Drian Armée française Serval

Jean-Yves Le Drian le bonimenteur (Mondafrique)
Jean-Yves Le Drian le bonimenteur
Mondafrique
Par Nicolas Beau



Comment transformer un échec en victoire ? Dans le dossier malien, il faut saluer le talent de magicien du ministre de la Défense, Jean Yves le Drian, en tournée en Afrique de l’Ouest. Face au regain de terrorisme à Gao et à Kidal, ce proche de Hollande invente une nouvelle avancée conceptuelle en préconisant « « le redéploiement des troupes françaises en Afrique ».

Ces derniers mois, les sanctuaires djihadistes du Nord Mali se sont considérablement renforcés. La profondeur stratégique que représente le Sud libyen, livré à l’anarchie, permet aux terroristes d’AQMI et du MUJAO, de s’appuyer sur une base arrière riche en armes et en combattants. Le harcèlement des groupuscules violents est plus fort que jamais. « Nous assistons à une retour des djihadistes dans le Nord du Mali, nous avons peur », affirment de nombreux maliens à notre correspondant, Mohamed Ag Ahmedou.

Un fiasco annoncé

Du coup, 3000 à 4000 soldats français sont encore nécessaires pour assurer un semblant d'ordre au Mali, alors que le président français avait promis que seulement un millier de soldats serait nécessaire en décembre 2013. Une telle présence suppose de mobiliser trois ou quatre fois plus de militaires. L'armée française doit en effet faire face à la relève des troupes et assurer la logistique. La note est salée pour le ministère de la Défense et réglée au titre des « opérations extérieures. Dans les faits, l'addition n’est financée que par une réduction des dépenses de fonctionnement de l’armée française. Certains gradés de l’armée de l’air expliquent qu’aujourd’hui il a fallu réduire les exercices d’entrainement, faute de carburant !

Encore faut-il parvenir, face à l’opinion française, à travestir la réalité. C’est à ce moment là qu’intervient l’irremplaçable Jean Yves Le Drian, passé maitre dans l’art de jouer le bonimenteur. En voyage en Afrique de l’Ouest (Sénégal et Cote d’Ivoire), le ministre français vient d’annoncer « le redéploiement » des troupes : mille hommes dans la région de Gao et trois mille sur « la bande sahélo-sahélienne ». Cet habillage conceptuellement créatif n’abuse personne. L’essentiel des troupes restera au Mali, sous peine que le pays n’explose, miné par la corruption, les fractures ethniques et la faiblesse de ses forces armées. La base militaire que la France possède au Tchad, la poignée de militaires tricolores qui veillent sur les mines d’Areva au Niger et l’antenne de la DGSE en Mauritanie n’absorberont pas l’essentiel des troupes de « la bande sahélo-sahélienne ».

Nos amis les touaregs

Autre tour de passe passe, le ministre de la Défense n’évoque quasiment pas le rôle essentiel que joue aujourd’hui, sur le terrain, les militants du Mouvement National de Libération de l’Awazad (MNLA), le mouvement touareg laïque qui est l’allié de toujours des services et des militaires français. Ce sont eux, nous indique notre correspondant au Mali, Mohamed Ag Ahmedou, qui, le premier mai 2014, affrontent les jihadistes d’Aqmi à Boghassa, un village du massif de l’Adrar des Ifoghas. Ce sont eux encore qui ont combattu les terroristes, quelques jours après, au sud de Kidal. Pour la première fois, le MNLA, adossé aux troupes françaises, parvient à capturer neuf prisonniers.

Lorsqu’il faut aller déloger les terroristes à la pince à escargot dans leurs réduits montagneux, les alliés touaregs de la France perdent de nombreuses vies humaines. Lorsque les mêmes partent dans la brousse retrouver leur famille, certains se font assassiner. Ces sacrifices sont tus comme l’étaient très largement les pertes humaines tcahdiennes lors de l’opération Serval. Cet ingrat de François Hollande salue, certes, la mémoire du soldat français tué le 8 mai, mais point celle des fidèles alliés de l’armée française.

IBK, une fausse valeur.

La stratégie d’alliance de l’armée française avec les touaregs du MNLA est mise à mal par le président malien Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, qui avait été élu aux forceps, le 11 aout 2013, avec le soutien éhonté de Hollande, fidèle héritier de la Françafrique. Or depuis, le pouvoir de Bamako joue sur la corde nationaliste des ethnies Bambaras du sud du pays; mais rien n'a été fait pour amorcer une négociation avec le Nord, jeter les bases d’une réconciliation, amorcer une autonomie des régions.

Un ministère a été créé à cet effet, des conseillers spéciaux envoyés à Kidal et à Gao et les partenaires algérien et marocain sollicités pur jouer les médiateurs. Mais rien n’avance concrètement. IBK fait la sourde oreille face a à la revendication du MNLA de voir accorder un statut particulier à la ville de Kidal, leur fief depuis toujours.

Le retour de la Françafrique

La diplomatie française, coincée dans une double alliance avec IBK et le MNLA, qui ne parviennent pas à s’entendre, est dans une totale impasse. D’autant plus que le président malien ne fait pas preuve de la reconnaissance élémentaire face à ses amis français qu’il agresse, le 4 décembre 2013, à la veille du sommet franco-africain. « La communauté internationale (comprenons la France) oblige le Mali à négocier avec un groupe armé (à savoir le MNLA ».C’est peu dire que les déclarations du président malien dans « le Monde » n’ont guère plu en haut lieu.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Des fuites sont organisées par le ministère français de l’Intérieur dans « le Monde » sur l’instruction judiciaire qui met en cause en les liens financiers entre le président malien et les frères Tomi, ces affairistes corses qui ont connu leur heure de gloire sous Charles Pasqua. Soit un message envoyé au pouvoir de Bamako. L’alternative proposée par Paris à Bamako est simple : ou vous cédez du terrain à notre allié du MNLA, ou l’enquête ira à son terme.

Hélas, le président malien est tout occupé à acheter un luxueux avion pour son compte personnel au cout prohibitif de vingt milliards de francs CFA et à laisser son fils Karim piller le pays. IBK est-il capable d’infléchir sa politique, alors qu’il n’a pas de véritable « feuille de route », comme l’a noté récemment le chef de l’opposition malienne, Souleymane Cissé? Gageons que le long entretien que donne "le frère" d'IBK, Michel Tomi, dans "Jeune Afrique" la semaine prochaine ne va pas améliorer l'image du président malien en France !

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