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L'Afrique du Sud a un ministre des Finances noir pour la première fois (AFP)

par Claudine RENAUD 26 Mai 2014, 12:31 Afrique du sud Ministre de l'économie Nhlanhla Nene

L'Afrique du Sud a un ministre des Finances noir pour la première fois (AFP)
L'Afrique du Sud a un ministre des Finances noir pour la première fois
Par Claudine RENAUD
Johannesburg (AFP)

L'Afrique du Sud a depuis dimanche soir pour la première fois de son histoire un ministre des Finances noir, Nhlanhla Nene, symbole des transformations socio-économiques radicales que le président Jacob Zuma a promis pour son second mandat.

M. Nene, 55 ans, ancien directeur du comité local d'organisation de la Coupe du Monde de football 2010 et ministre adjoint des Finances depuis 2009, prend ses fonctions alors que M. Zuma a promis de passer à l'acte II de la transformation de son pays.

Passé à la démocratie il y a vingt ans en 1994 avec la fin des discriminations raciales, le droit de vote accordé pour la première fois aux Sud-Africains noirs et l'élection de Nelson Mandela, l'Afrique du Sud demeure championne des inégalités.

La politique de réconciliation avec la minorité blanche des années Mandela et le virage libéral pris par l'ANC dès le milieu des années 1990 a laissé intacte une grande partie du pouvoir des Blancs dans l'économie sud-africaine.

Un programme d'émancipation économique des Noirs (BEE) a fait émerger une classe noire aisée inexistante sous le régime d'apartheid. Elle a fait au passage la fortune éclair de dirigeants politiques et syndicaux proches du parti au pouvoir, l'ANC.

Malgré ça, une majorité de très hauts responsables sont encore des hommes blancs, dans les mines (67%), les usines (plus de 66%) et les exploitations agricoles (75%), selon des données 2011.

Et les laissés-pour-compte de la nouvelle Afrique du Sud s'impatientent, réclamant une forme de décolonisation économique du pays.

La transformation de l'économie "sera centrale", a promis M. Zuma dans son discours d'investiture pour un deuxième mandat de cinq ans. Il avait été logiquement reconduit mercredi après la victoire de l'ANC aux législatives du 7 mai avec 62,15% des voix.

"Nous avons fait des progrès pour transférer la propriété et le contrôle de l'économie mais il y a encore beaucoup de travail à faire", a-t-il dit notamment.

Ira-t-il au-delà d'un simple affichage volontariste? Ou le statu-quo va-t-il perdurer? Aucun économiste ou observateur ne se risquait à un pronostic ferme ces derniers jours, et la composition de son nouveau gouvernement laisse la question entière.

Dimanche, deux quotidiens citaient M. Zuma affirmant qu'il comptait en étonner plus d'un avec sa volonté d'avancer "vite" durant les cinq ans qui viennent, sans se laisser intimider par quiconque.

Même si l'organigramme gouvernemental a été en partie reconfiguré pour créer par exemple un ministère des Femmes dépendant de la présidence, confié à l'ex-ministre des Mines Susan Shabangu, le nouveau gouvernement Zuma II avait dimanche comme un air de déjà vu.

Sans surprise, le numéro deux de l'ANC depuis le congrès de 2012, l'ex-syndicaliste devenu milliardaire Cyril Ramaphosa, est nommé vice-président.

Certains ministres ont juste changé de portefeuille, tels Derek Hanekom qui passe des Sciences au Tourisme, ou Mme Naledi Pandor de l'Intérieur aux Sciences.

D'autres n'ont pas bougé, Aaron Motsoaledi à la Santé, qui peine à faire avancer la future sécurité sociale pour tous, ou Mme Angie Motoshekga, toujours à l'Education malgré le scandale des manuels scolaires manquants et plus généralement, le piètre état de l'école publique nationale.

Mme Maite Nkoana-Mashabane conserve les Affaires étrangères. Le communiste Rob Davies, dont les investisseurs auraient bien voulu la tête, garde le Commerce et l'Industrie. Mme Mildred Oliphant reste ministre du Travail.

Aux Mines, secteur stratégique où une grève sans précédent paralyse la production de platine depuis janvier, est promu un vétéran de l'ANC en exil, Ngoako Ramathlodi.

Le ministre de la Police Nathi Mthethwa, en poste lors du massacre de 34 mineurs en grève à Marikana en 2012, est remplacé et part à la Culture.

Au total, le nouveau cabinet comprend 72 membres, 35 ministres dont 15 femmes, et 37 vice-ministres dont 16 femmes.

La nomination de M. Nene aux Finances pourrait constituer un test pour le rand, la monnaie sud-africaine, sous pression depuis des mois, même s'il incarne une forme de continuité.

M. Nene était depuis 2009 dans l'ombre de Pravin Gordhan, d'origine indienne, figure respectée sur la scène internationale et qui reprend le portefeuille des Affaires locales et traditionnelles, sensible vu l'incurie de nombreuses municipalités.

M. Nene hérite d'une situation difficile, avec une croissance insuffisante pour résorber le chômage chronique dont souffre le pays, dont la majorité des habitants a moins de 25 ans et n'a donc jamais connu l'apartheid.

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