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L’Algérie : une force "tranquille" menacée de toute part (LGS)

par Chems Eddine CHITOUR 31 Mai 2014, 20:21 Libye France Françafrique Mali Algérie

L’Algérie : une force "tranquille" menacée de toute part (LGS)
L’Algérie : une force "tranquille" menacée de toute part
Par Chems Eddine CHITOUR
LGS

« Ici-bas règnent les passe-droits ; dans l’au-delà, place au droit. » Proverbe libyen ; La Libye en proverbes – 1905

Encore une fois, et malgré ce calme trompeur, l’Algérie vit à bas bruit une étape déterminante de son histoire. Il s’agit de sa sécurité. Sécurité intérieure encore et toujours fragile, notamment avec les conflits récurrents concernant la mal-vie de régions qui peuvent à tout moment déraper et devenir incontrôlables car dérivant sur un autre terrain qui fragilisera encore plus l’unité du pays. L’Algérie est aussi vulnérable sur le plan externe. Elle a plusieurs milliers de kilomètres de frontières avec des pays devenus instables. C’est le cas de la Tunisie en prise avec les démons de la division au nom du divin, c’est le cas de la Maurétanie, du Sahara occidental ainsi que des menaces et provocations marocaines, notamment à propos de l’emblème national. Il est hors de doute que le peuple algérien, tenu soigneusement à l’écart des enjeux réels sera difficilement mobilisable, à Dieu ne plaise, en cas de problème. Qu’on en juge ! Tous les pays frontaliers de l’Algérie sont à des degrés divers hostiles à l’Algérie et il est faux de dire que l’Algérie exporte la stabilité. Personne ne veut de la stabilité en Afrique, à commencer par la nôtre.

Qu’on le veuille ou non, il est pratiquement certain que quelque part dans le logiciel en cours, la déstabilisation définitive est à l’étude. Too big to fall que l’on essaie de nous faire croire est en fait un soporifique. Il n’y a pas d’entité aussi grosse soit-elle qui ne doit pas tomber ; s’il est indispensable elle tombe. Les pays frontaliers : plus de quatre mille kilomètres avec l’Algérie sont en pleine déconfiture.

La Mauritanie : un sursis précaire

Un pays où la révolte gronde est la Mauritanie tenue d’une main de fer par le général président. Nicolas Beau nous en parle. Main basse sur la Mauritanie : " Véritable angle mort sur le plan international, le régime mauritanien illustre la collusion qui existe entre les potentats locaux et les puissances occidentales, qui couvrent ces régimes sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, alors que le chef d’Etat, un général inconnu et médiocre du nom d’Aziz, et son clan s’approprient les richesses de Mauritanie. (...) Depuis 1978, un militaire en chasse un autre au sommet de l’État. Le pouvoir ne tient que par la peur qu’inspire le Basep, la super-police présidentielle. Une économie qui devrait prospérer grâce à des matières premières abondantes est entièrement vampirisée par le clan de la présidence. (...) Ce qu’il faut retenir, c’est que le président et le régime actuels ont beau être ce qu’ils sont (corruption, népotisme, etc, etc), tant qu’ils ne dérangent pas, la "Communauté internationale ", on les laissera tranquilles. Mais le jour où l’opposition sera suffisamment forte et risque de gagner les élections ils seront balayés pour être remplacés et tout recommencera comme avant ". Il est hors de doute : les choses changeront brutalement si rien n’est fait pour l’alternance. " (1)

Le Mali où rien n’est réglé malgré l’opération soporifique Serval

D’abord le Mali : après l’attaque survenue à Kidal, dans le nord-est du Mali, le 17 mai, le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop demande à l’ONU un renforcement du mandat de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, et le désarmement de la rébellion touaregue qui sévit dans la région. Selon Bamako, 36 personnes dont des responsables locaux et huit militaires ont été tués lors des combats qui se sont déroulés alors que le Premier ministre Moussa Mara était en visite dans la ville. Deux Casques bleus et 20 policiers de l’ONU ont aussi été blessés. " L’agression survenue à Kidal ne peut demeurer impunie ", a déclaré Abdoulaye Diop lors d’une vidéoconférence avec des représentants de l’ONU, mardi 20 mai. Il y a regretté que, selon lui, le gouvernement malien attaqué à Kidal " n’a pas bénéficié du soutien et de la protection qu’il est en droit d’attendre en cette circonstance (...) [contre] des hordes de narcoterroristes lourdement armés ". Il a demandé :" Qu’une commission internationale soit constituée pour vérifier les faits afin que les responsables soient traduits devant les juridictions nationales et internationales. "" La priorité doit être maintenant d’éviter une escalade et de revenir au dialogue et au cantonnement des groupes armés ", a renchéri l’ambassadeur français Gérard Araud. Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diope a, en retour, assuré que le gouvernement malien tiendra ses engagements de mener " un dialogue sincère devant déboucher sur un accord de paix global et définitif " avec la rébellion touaregue (2).

Pour Nathalie Guibert, " Paris voit ses plans de redéploiement militaire au Sahel contrariés, après les accrochages meurtriers entre l’armée malienne et des combattants touareg, samedi 17 mai, à Kidal. Dans Kidal, la ville symbole de l’extrême nord du Mali, la réconciliation nationale semble impossible, et la situation sécuritaire reste problématique, malgré le retour de l’administration centrale et la présence de la Minusma, la force de l’ONU déployée dans le pays. Au cours de l’accrochage du week-end, qui s’est produit pendant la visite du Premier ministre, Moussa Mara, l’armée malienne a annoncé avoir perdu 8 soldats et compté 25 blessés, tandis que 28 combattants touareg auraient été tués. Très médiatisé, le déplacement de Jean-Yves Le Drian devait sceller la fin officielle de l’opération " Serval ", déployée au Mali depuis janvier 2013. Il est impossible d’annoncer la clôture de " Serval " sans risquer d’affaiblir le président malien Ibrahim Boubacar Keita et son nouveau gouvernement, quand la situation de Kidal démontre que l’intégrité territoriale du pays n’est pas acquise, reconnaît-on dans l’entourage du ministre français. "(3)

La somalisation de la Libye

La situation restait confuse à Tripoli au lendemain de l’attaque du Parlement par un groupe armé qui a réclamé sa suspension. La crainte du chaos en Libye est sérieuse, après la grave détérioration de la situation ces 72 dernières heures. Appréhendant le pire. De quoi s’agit-il ? Khalifa Haftar un général à la retraite qui a vécu vingt ans aux Etats-Unis, a lancé samedi des offensives soutenues contre les bases et repaires islamistes et l’attaque, le lendemain, menée par une milice armée dont l’identité n’a pas été précisée contre le siège du Congrès général national (CGN), le Parlement libyen. Un bâtiment annexe du CGN a été incendié et les députés ont été évacués. Certains n’hésitent pas à y voir les prémices d’une guerre civile, voire une somalisation inéluctable de la Lybie. Les milices, qui se sont formées dans le sillage de la guerre livrée alors au despote déchu, ont pignon sur la vie politique, économique et sécuritaire du pays. L’attaque samedi dernier du siège du Parlement a induit, comme première mesure, la suspension du CGN, dont le mandat de 18 mois avait expiré depuis fort longtemps.

Le général est à la tête d’une force paramilitaire visiblement puissante. Selon le ministère de la Santé libyen, les affrontements de Benghazi ont fait 79 morts et 141 blessés. La situation était demeurée tendue lundi dernier à Benghazi. Le général Khalifa Haftar a indiqué maintenir ses troupes en alerte et qu’il n’avait nullement l’intention d’abandonner ses positions. Ce qui voudra dire que la violence peut ressurgir à tout instant. (4)

" Le chaos, écrit Merzak Tigrine, se généralise en Libye Après le général à la retraite qui s’est attaqué aux milices à Benghazi, les violences se sont propagées à Tripoli où le Congrès général national et une base militaire ont été les cibles d’hommes armés. L’anarchie semble totale en Libye. (...). En effet, le moins que l’on puisse dire est que la Libye est en proie à l’anarchie, et les autorités de transition ne parviennent pas à contrôler les innombrables milices armées qui font la loi dans le pays. (...) Le colonel Mokhtar Fernana, commandant de la police militaire, a déclaré sur deux chaînes privées de télévision : "Nous, membres de l’armée et les révolutionnaires (ex-rebelles), nous annonçons la suspension du CGN", précisant qu’il a donné les prérogatives législatives à une Assemblée constituante élue en février et maintenu le gouvernement intérimaire de Abdallah Al-Theni. Tripoli considère cette offensive comme une tentative de coup d’Etat. " (5)

Quel est le rôle de l’Algérie ?

On peut dire que jusqu’à présent, l’Algérie s’en sort pour le moment honorablement, mais peut-elle continuer ainsi ? Pour Jean-Yves Le Drian venu à Alger consulter : "L’Algérie et la France ont des défis communs à relever pour leur sécurité." Pour lui : " A la demande des pays africains, la France joue un rôle actif dans la lutte contre les groupes armés terroristes qui menacent autant la sécurité de la région que celle de mon pays et de l’Europe. (...) Le Mali a recouvré son intégrité territoriale et politique. (...) Pour autant, les derniers événements de Kidal démontrent la fragilité de cet équilibre précaire obtenu dans le Nord. (...) Je suis convaincu que l’Algérie et la France ont beaucoup à faire, ensemble, dans ce domaine en Méditerranée, au Sahara et au Sahel.. (6)

L’analyse de Abdelaziz Medjahed général-major, ancien directeur de l’Académie militaire interarmes de Cherchell, retraité est pertinente. Pour lui, le ballet des visites d’officiels français et américains en Algérie a pour objectif de "couper l’herbe sous le pied de la Russie". Nous l’écoutons : " C’est tout le continent africain qui est en pleine crise, pas uniquement le Mali et la Libye. Il y a la Centrafrique, le Kenya, le Nigeria, le Soudan, etc., poussant les Etats-Unis, par exemple, à déployer quelque 5000 soldats déclarés sans compter les bases non déclarées installées au Niger, au Mali et probablement au sud de la Tunisie. Il faut lier les visites à tout l’environnement et non pas à une région seulement. N’oubliez pas qu’il y a trois jours, la France a organisé un mini-sommet à Paris, auquel ont pris part cinq chefs d’Etat africains pour, officiellement, coordonner la riposte contre le groupe Boko Haram au Nigeria.

" Boko Haram et Al Qaîda, poursuit-il, sont les deux faces d’une même pièce. Pour moi, ils sont utilisés comme des chevaux de Troie par l’impérialisme occidental. Nous assistons à une convergence des intérêts des pays occidentaux, à leur tête la France et les Etats-Unis, qui sont les alliés incontournables d’Israël. Ils ont échoué contre l’Iran et la Syrie, d’une part, et d’autre part, ils ont vu que la Russie, leur ennemi historique, qu’ils pensaient endormie, s’est réveillée bien plus forte qu’avant à travers l’Ukraine. Ils ont donc réadapté leurs stratégies en lui coupant l’herbe sous le pied. Ils essayent, par tous les moyens, de dissocier la Russie de ses alliés. Rappelez-vous la visite de John Kerry ; le même jour, il y a eu celle de l’émir du Qatar. Les deux se sont donné le mot pour faire pression sur l’Algérie, afin qu’elle vende à l’Europe du gaz en remplacement du gaz russe qui passe par l’Ukraine. Nous sommes sollicités par tous. Ce qui nous met dans une position de force et donc nous pouvons exiger ce qui va dans l’intérêt de l’Etat (...) Je pense que les Français et les Américains essayeront de nous attirer vers des appâts pour nous éloigner au maximum des Russes " (7) Nous voudrions partager l’optimisme du général-major, mais ce n’est pas possible. Pour notre part, nous pensons que la situation de l’Algérie va être des plus intenables. Même satisfecit lu sur El Watan : " L’Algérie exporte les valeurs de paix et de stabilité", a déclaré Mohamed Larbi Ould Khelifa, président de l’APN. L’Algérie, plus grand pays d’Afrique, est presque chargée de la mission de "gendarme en chef" dans la région sahélo-saharienne et maghrébine. L’Algérie défend une "approche africaine" dans la prévention des crises sur le continent, peut-il compter sur l’Union africaine ? Ou faut-il que la diplomatie algérienne engage une offensive politique continue pour "récupérer" l’initiative au Sahel et, par extension, en Afrique ? L’armée algérienne s’est-elle adaptée à l’évolution rapide des menaces extérieures pour les prévenir et les contrer ? Ou reste-t-elle figée dans le modèle dépassé de "l’armée populaire" abandonné par presque tous les pays ex-socialistes ! Moscou, qui suit de près la situation en Libye et au Mali, pourrait être un partenaire "idéal" pour Alger au cas où... Engageant un bras de fer avec Washington et Bruxelles à cause de la crise ukrainienne, la Russie va se tourner vers ses partenaires traditionnels en Méditerranée. Et comme l’Algérie est le troisième fournisseur de gaz de l’Europe, la Russie, plus grand vendeur de matériel militaire à l’Algérie, serait tentée par un rapprochement stratégique avec l’Algérie. L’Algérie, qui doit donc assurer un certain jeu d’équilibre entre Moscou et Bruxelles, paraît en position de force." (8)

En définitive, la France au nom de ses intérêts a semé le chaos en Libye et n’a pas amené la paix au Mali où tout est à faire. : " Chef de file de la coalition internationale, la France est en grande partie responsable de la situation chaotique qui sévit en Libye. Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont totalement désengagés de ce pays dès la chute de Mouamar Kadhafi. "

"J’ai approuvé l’intervention en Libye, mais j’ai regretté que l’accompagnement n’ait pas suivi." Cette sentence est du président français. François (...) C’est une reconnaissance explicite que l’intervention de la France est la cause du chaos en Libye. (...) A l’instar de son prédécesseur, François Hollande tient à marquer son mandat par une intervention militaire en Afrique. Il débute son quinquennat par l’opération Serval, dont l’objectif étant d’éliminer les terroristes d’Aqmi et du Mujao installés au nord du Mali. Encore une fois, la victoire française ne sera que temporaire. " (9)

Jean-Yves Le Drian ne s’est pas trompé. A tort ou à raison, on amplifie le rôle de l’Algérie. En fait, l’affaire malienne est une patate chaude que la France veut refiler à l’Algérie après y avoir porté le chaos comme en Libye. Un autre théâtre d’opération attend la France au Nigéria où elle compte exporter son savoir-faire qui va terminer, on peut le parier, par un autre chaos pour les peuples. La seule certitude c’est que le pétrole continuera à couler à flots. La vie des Africains n’est pas essentielle, nous l’avons vu avec le feuilleton Boko Haram.

Que reste -t-il de la Libye avec les seigneurs de la guerre ? Même si le général Khalifa Haftar semble avoir les moyens et l’autorisation pour ramener un ordre ? Les évènements futurs nous montreront que nous nous acheminons à un scénario à l’Egyptienne avec le maréchal Al Sissi avec l’adoubement de l’Occident pour casser les Frères musulmans...

Chems Eddine CHITOUR

1. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/main-basse-sur...

2. Le Mali souhaite un " mandat plus robuste " de l’ONU Le Monde.fr avec AFP 21.05.2014

3. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/05/20/mali-des-affrontement...

4. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/05/20/article.php?sid=1636...

5. http://www.liberte-algerie.com/international/le-chaos-se-generalise-en...

6. http://www.elwatan.com/actualite/jean-yves-le-drian-l-algerie-et-la-fr...

7. http://www.elwatan.com//actualite/nous-sommes-sollicites-par-tous-20-0...

8. http://www.elwatan.com/

9. Paris-Washington-Rome-Doha Libye : qui est responsable du chaos ? http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/05/21/article.php?sid=1637...

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