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La gomme arabique du Soudan : l’étincelle de la vie ou la fortune de Coca Cola ? (Investig Action)

par africaenmente.blogspot.be 24 Mai 2014, 18:52 Soudan USA Coca-Cola Gomme arabique

La gomme arabique du Soudan : l’étincelle de la vie ou la fortune de Coca Cola ? (Investig Action)
La gomme arabique du Soudan : l’étincelle de la vie ou la fortune de Coca Cola ?

Source : africaenmente.blogspot.be
Traduction : Collectif Investig'Action 
Investig Action

La gomme arabique : solution miracle aux problèmes du Soudan ou instrument néo-colonial au service des multinationales ? Pourquoi aucun média ne mentionne-t-il jamais le nom de Coca Cola dans cette affaire ?

Le 16 février dernier, le quotidien Soudan Tribune publiait un article sur un produit dont le Soudan est le plus grand producteur mondial : la gomme arabique. Sous le titre « Le Soudan a exporté 42 tonnes de gomme arabique aux Etats-Unis en 2013-OFFICIEL » le journal informait de ce fait sans aucune autre explication, ni sur ce qu’est la gomme arabique, ni sur son importance pour le pays, ni sur la relation commerciale entretenue entre le Soudan et les Etats-Unis, et se gardant bien de mentionner le nom de la principale entreprise pour qui la gomme arabique est vitale : Coca-Cola.

La gomme arabique est d’une telle importance qu’il existe au Soudan un Conseil de la Gomme Arabique : Le GAC. Elle constitue une matière première stratégique et de grande importance. Le Secrétaire Général du GAC, Abdel-Magic Abdel-Gadir, a révélé publiquement que le Soudan avait exporté 42 tonnes de gomme arabique aux Etats-Unis en 2013, ce qui représente une somme de 103 millions de dollars. Il a aussi annoncé une prévision de 55 tonnes pour 2014, tout en ajoutant que « les Etats-Unis continuent d’importer de la gomme arabique du Soudan de façon indirecte ».

L’article explique brièvement que « le Soudan est sur la liste des pays favorisant le terrorisme aux Etats-Unis depuis 1993 ». Il est aussi fait mention du fait que « le Soudan fait également l’objet de sanctions économiques à échelle mondiale depuis 1997 ». « Cependant, en 2010, les USA ont annoncé la levée des sanctions sur les équipements et les services agricoles, ce qui permettrait à une douzaine d’entreprises d’obtenir des licences d’exportation ».

Quelques hauts fonctionnaires du gouvernement soudanais ont toujours déclaré que « plusieurs entreprises états-uniennes évitent les sanctions économiques à travers la production de décisions juridiques » dans certains états afin qu’ils leur permettent de réaliser des « investissements agricoles au Soudan »

L’article ajoute finalement que “le Soudan a réussi à faire pression sur les USA grâce à la gomme arabique pour qu’ils lèvent les sanctions, en mentionnant l’importance de cette matière première pour les marchés nord-américains ». « Les Etats-Unis ont exclu la gomme arabique des sanctions, étant donnée l’importance capitale de cette matière première pour l’industrie alimentaire et pharmacologique ».

Quelle est la dure réalité derrière tout ceci ?

La gomme arabique est un composant important de l’industrie alimentaire et pharmacologique, certes, il s’agit du composant E414, présent dans de nombreux aliments de consommation courante. Elle s’utilise également pour sa viscosité ou comme épaississant et émulsionnant pour fabriquer des bonbons gélatineux ou des guimauves. C’est aussi un ingrédient contenu dans les peintures, teintures, dissolvants, bitumes, adhésifs, papier à cigarettes, enrobage de médicaments, chewing-gums crèmes, fil, feux d’artifices… Mais le principal consommateur mondial de gomme arabique c’est Coca-Cola, il en consomme autant que de sucre, bien que les chiffres précis soient difficiles à trouver sur Internet, probablement à cause de la fameuse formule secrète…

Cette matière, également connue comme gomme d’acacia est principalement produite au Sahel, du Sénégal à la Somalie, bien qu’elle se cultive aussi sur la péninsule arabique. Néanmoins, en 2007 par exemple, le Soudan, le Tchad et le Niger ont à eux seuls fournit 95% de la production mondiale. Le soudan produit environ 80% de la production mondiale annuelle, malgré de légères fluctuations d’une année sur l’autre.

Dans cet article du Soudan Tribune, certaines choses peuvent donc être lues entre les lignes :

- La pression soudanaise à laquelle l’article fait référence date de 2007, lorsque l’ambassadeur du Soudan aux USA, lors d’une conférence de presse, a brandi une canette de Coca-Cola en menaçant les Etats-Unis de ne plus les fournir en gomme arabique si les sanctions économiques sur son pays n’étaient pas levées. La seule sanction levée fut celle concernant ce « produit agricole ». La menace n’a donc pas été très utile, si ce n’est pour que cet ambassadeur perde son mandat cette même année…

- La plus grande partie du commerce de cette matière première se réalise à travers le marché noir, illégalement. En disant « officiel » le titre de l’article se réfère aux chiffres en possession du gouvernement soudanais, or ce chiffre serait probablement multiplié par mille si l’on comptabilisait les exportations non-officielles. La demande de gomme arabique est de 60 000 tonnes annuelles. Or, le Soudan en produit les 80% et Coca-Cola en consomme la majeure partie… les comptes officiels entre exportations, importations et de bénéfices générés ont visiblement quelques lacunes à combler…

- Il y a d’autres matières premières, hormis le pétrole et le gaz, qui provoquent des guerres et des mainmises néocoloniales-violentes- dans les pays africains.

- Coca-Cola est une entreprise si puissante que le gouvernement des Etats-Unis est capable de changer les lois internationales pour qu’elle puisse se fournir en matières premières.

-Les médias soudanais n’osent même pas mentionner le nom de Coca-Cola. Cette entreprise qui fait sa promotion en disant que tout n’est que joie, avec un coke dans la main, semble pourtant, dans la vie réelle, répandre plus de peur que de joie.

Traduction : Collectif Investig'Action

Source : africaenmente.blogspot.be

Sur le Soudan, lire la remarquable analyse de Mohamed Hassan :
“ Soudan : une guerre non déclarée contre un ennemi qui n’est pas nommé”

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