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Le Nouveau Parti anticapitaliste soutient le putsch fasciste en Ukraine (WSWS)

par Alex Lantier 7 Mai 2014, 14:26 Ukraine OTAN NPA

Le Nouveau Parti anticapitaliste soutient le putsch fasciste en Ukraine (WSWS)
Le Nouveau Parti anticapitaliste soutient le putsch fasciste en Ukraine

Par Alex Lantier
WSWS

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et ses collaborateurs internationaux du Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale (USFI) pabliste ont applaudi le coup d'Etat du 22 février à Kiev qui a renversé le président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Ils soutiennent ainsi un régime pro-impérialiste en Ukraine qui risque de provoquer une guerre avec la Russie, tout en reconnaissant que ce régime est dirigé par des groupes fascistes. Ceci constitue une preuve irréfutable de leur passage dans le camp de la réaction politique la plus noire.

La “Déclaration sur l'Ukraine” fait une allusion voilée au fait que le régime à Kiev créé par le putsch vise à imposer l'austérité sociale et à attiser le conflit avec la Russie et les russophones ukrainiens. Écrivant que “le mouvement de masse lui-même n'a aucun programme progressiste sur les questions démocratiques, nationales et sociales”, elle déclare : “Les nouveaux partis au pouvoir continueront les attaques sociales avec de possibles confrontations internes, conduisant à la désintégration du pays.”

Sur la base de cette analyse, l’USFI appelle ses partisans à rejoindre les manifestations: “Alors que les principales forces organisées sont, pour l'instant, de droite et d'extrême-droite, nous soutenons les forces sociales et politiques qui essaient de bâtir une opposition de gauche au sein de ce mouvement. Ce faisant, elles ont refusé de rester en dehors du mouvement et de laisser identifier l'ensemble du mouvement avec sa composante d'extrême-droite.”

Pour justifier son soutien au putsch, l’USFI emploie le même mensonge qu'elle a répandu sur la guerre en Syrie dirigée par la CIA et menée par des combattants liés à Al-Qaïda. Elle prétend qu'un petit mouvement de droite, soutenu par l'impérialisme, est un soulèvement démocratique de masse.

Ce mensonge est d’autant plus flagrant que les témoignages de l’USFI des événements en Ukraine le contredisent directement. Dans une interview avec Hebdo L'Anticapitaliste, intitulé “Une révolte de masse d’Ukrainiens pour la démocratie”, Zakhar Popovych du groupe ukrainien l'Opposition de gauche, qui a participé aux manifestations de Maïdan, prétend qu’elles constituaient une révolution démocratique. Le compte rendu de Popovych discrédite cependant cette présentation.

Il écrit: “Les premières attaques contre la police anti-émeute du Berkut furent organisées principalement par les néo-nazis de Pravyi Sektor [Secteur droit] qui sont encore plus radicaux que Svoboda (“Liberté”, extrême-droite).” Il note que “les gens du Maïdan (…) étaient pour la plupart des ukrainophones originaires des villages de l’ouest de l’Ukraine.”

Son analyse de la dernière vague de manifestations avant le putsch discrédite l’idée qu’un soulèvement de masse révolutionnaire s'est tenu à Kiev : “La place du Maïdan fréquentée lors d’une soirée «normale» par quelques centaines de personnes, a été envahie par plusieurs milliers d’hommes et de femmes qui sont restés toute la nuit. Cette mobilisation de masse a probablement sauvé le Maïdan du «nettoyage» qui était clairement préparé par la police.”

Les affirmations selon lesquelles le coup d’Etat de Kiev a été une “révolte de masse pour la démocratie” sont des mensonges absurdes. A la différence des soulèvements contre les dictatures pro-impérialistes en Égypte et en Tunisie, qui ont mobilisé des millions ou des dizaines de millions de travailleurs, le coup d’Etat a mobilisé des milliers ou des dizaines de milliers de personnes, organisées autour de noyaux de combattants fascistes. Il n'y a pas eu de grèves de masse ou de mobilisations des travailleurs, la seule voie progressiste par laquelle le régime réactionnaire de Ianoukovitch aurait pu été renversé.

Les forces d'extrême-droite du Maïdan avec lesquelles le NPA propose de travailler incluent Svoboda ou Secteur droit, qui glorifient ouvertement les unités SS nazies qui ont participé à la Shoah.

Le soutien de la pseudo-gauche à un coup d’Etat dirigé par des fascistes est un avertissement à la classe ouvrière. Basée dans les couches aisées des classes moyennes fascinées par la violence et convaincues que les fascistes expriment légitimement le mécontentement social, ils sont profondément hostiles à la classe ouvrière et au socialisme. Ils se préparent à soutenir des régimes autoritaires en Ukraine et internationalement.

Ilya Budraitskis, un dirigeant du Mouvement socialiste russe pabliste (RSM), salue Secteur droit dans un article intitulé “Le mouvement de protestation en Ukraine : Un Secteur gauche est-il possible?” Il écrit: “Sans les partisans d’ultra-droite d'une ‘dictature nationale’ de Secteur droit, il n’y aurait jamais eu de barricades sur Hrushevskogo ou de ministères occupés transformés en « quartier généraux de la révolution ». Il n’y aurait tout simplement pas eu un seul des événements qui ont effectivement empêché la consolidation d'un « parti de l'ordre » et la mise en place d'un « état d'urgence » d'en haut.”

La glorification par Budraitskis des fascistes comme dirigeants d'une révolte par le bas est une fraude méprisable. L'opposition ukrainienne a reçu l'appui des puissances impérialistes et d'une section des oligarques ukrainiens, pour mettre en place un régime anti-russe qui imposerait de profondes coupes sociales contre les travailleurs.

Les manifestations du Maïdan étaient organisées sur le mot d’ordre réactionnaire d'une adhésion à l'Union européenne (UE). Elles ont commencé en novembre quand Ianoukovitch, craignant des manifestations de masse, a abandonné un accord d'association avec l'UE imposant des attaques contre les retraites et des augmentations massives des prix de l'énergie.

Lors des manifestations, des dizaines de responsables américains et européens ont visité Maïdan, appelant à un changement de régime. Selon le sous-secrétaire d'État américain pour l'Europe et l'Eurasie, Victoria Nuland, Washington a dépensé $5 milliards depuis la dissolution de l'URSS pour financer l'opposition ukrainienne.

Rejetant la classe ouvrière, Budraitskis articule le point de vue réactionnaire et pessimiste que la victoire de l'extrême-droite est inévitable. Il propose de fonder un “Secteur gauche”, c'est-à-dire une version pseudo-gauche du Secteur droit pro-nazi qui travaille avec l’extrême-droite, comme modèle pour la construction des partis de “gauche” pour une époque entière.

Il écrit, “Je comprends complètement combien mon raisonnement pourra sembler fragile, mais je pense toujours que cette discussion — quant à la possibilité d'un « Secteur gauche » et sa lutte pour l'hégémonie dans la protestation — est importante non seulement dans le contexte ukrainien, mais aussi pour l'avenir, dans lequel nous ferons face de façon similaire (si ce n’est pire) à ces mêmes circonstances à chaque fois.”

Le commentaire de Budraitskis qu'une perspective de “Secteur gauche” est importante au-delà de l'Ukraine et pour l'avenir souligne que les partis de la pseudo-gauche appliqueront ses arguments pour justifier de travailler avec des forces d'extrême-droite à travers le monde. En France, ceci justifierait la participation du NPA dans des manifestations aux côtés du Front National (FN) néo-fasciste, qui lance également des appels démagogiques et a monté des protestations sur diverses questions sociales.

La construction d'un “Secteur gauche”, écrit Budraitskis, “permettrait la construction des forces de gauche radicales dans la situation post-révolutionnaire, qui sera probablement la notre dans un avenir proche, quand enfin le parti communiste d'Ukraine (KPU) aura mis fin à son existence ignominieuse. La demande actuelle d'interdire le KPU (ainsi que le Parti des régions russophone), à laquelle les manifestants appellent avec de plus en plus de force au fil du temps, est lié non seulement à la tradition anti-communiste, mais tout autant au programme politique du KPU, qui a lié son destin inextricablement avec les clans oligarchiques et au lobby pro-russe réactionnaire.”

L’appel de Budraitskis à la destruction du KPU après la victoire des protestations est glaçant. La chute du KPU qu’envisage Budraitskis n'est pas l'effondrement d'un parti stalinien pro-capitaliste lors d'une offensive révolutionnaire de la classe ouvrière ; c'est la liquidation de cadres et d’électeurs du KPU par les forces pro-nazies que soutient la pseudo-gauche. Les commentaires de Svoboda à ce sujet sont très clairs.

En 2010, des responsables de Svoboda avaient posté ce commentaire sur un forum dans le site officiel du parti : “Pour créer une Ukraine vraiment ukrainienne dans les villes de l'est et du Sud... nous devrons annuler le parlementarisme, interdire tous les partis politiques, nationaliser toute l’industrie, tous les médias, interdire toute importation de littérature en Ukraine depuis la Russie,... nous devrons remplacer complètement les dirigeants de la fonction publique, dans l'éducation, chez les militaires (en particulier dans l'Est), liquider physiquement tous les intellectuels de langue russe et tous les ukrainophobes (rapidement, sans s’embarrasser d’un procès. L’inscription des ukrainophobes peut être faite ici par tout membre de Svoboda), exécuter tous les membres des partis politiques anti-ukrainiens.”

Les appels du NPA à la collaboration avec les fascistes et l'adoption officielle de telles positions dans une déclaration de l’USFI signalent une étape politique. L’escalade des guerres impérialistes et des crises sociales ont bouleversé le cadre politique dans lequel ces groupes petit-bourgeois affichaient une façade de “ gauche”, alors qu'ils travaillaient avec les partis bourgeois pour lier la classe ouvrière au capitalisme. Avec leur approbation d’une collaboration avec des groupes fascistes, le masque a glissé, dévoilant la réalité d'extrême-droite cachée en-dessous.

L'évolution du NPA, fondé il y a cinq ans pour rompre le lien purement symbolique que conservait son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), avec Trotsky et le socialisme, donne raison à l’évaluation que faisait à l'époque le WSWS.

En 2009, le WSWS écrivait : “L’objectif réel de la LCR en se liquidant, est en fait de liquider l’héritage politique de Trotsky, c’est-à-dire l’insistance sur l’indépendance politique complète de la classe ouvrière, l’internationalisme révolutionnaire, et une opposition indiscutable à la collaboration avec l’Etat bourgeois, les bureaucraties stalinienne et social-démocrate ainsi que toutes les variantes du nationalisme bourgeois et du radicalisme petit-bourgeois. [Son] choix … de l’anticapitalisme comme guide idéologique constitue, dans le contexte politique européen et, à plus forte raison, français, un pas en arrière colossal et vers la droite, vers le plus petit dénominateur commun. Politiquement vague, ce terme englobe toutes sortes de mécontentements sociaux, indépendamment de leur base sociale ou de leur orientation. Il peut être adopté par de larges sections de la petite bourgeoisie, de droite comme de gauche — il recouvre tout ce qui se trouve entre l’anarchisme proposé par Pierre-Joseph Proudhon au milieu du dix-neuvième siècle et le violent mouvement protestataire populiste de droite de Pierre Poujade au milieu du vingtième siècle. »

Vu les appels du NPA à des alliances avec des groupes pro-nazis, on pourrait ajouter qu'il y avait des éléments au sein même du parti nazi qui se présentaient comme anticapitalistes.

Le NPA a fondé sa politique réactionnaire sur une conception subjective et anti-marxiste de l'histoire résumée par son dirigeant, Alain Krivine, dans son essai intitulé “Le Nouveau Parti anticapitaliste”.

Appelant à une organisation capable de construire “des fronts unis” avec des groupes féministes, écologistes, les syndicats et la pseudo-gauche, il écrivait : “Contrairement à la LCR, le NPA, cependant, ne résout pas certaines questions, il les laisse ouvertes pour de futures conférences, par exemple tous les débats stratégiques sur la prise du pouvoir, les revendications transitoires, le double pouvoir, etc. Il ne prétend pas être trotskiste en tant que tel, mais considère le trotskisme comme l'un des contributeurs, entre autres, du mouvement révolutionnaire. Ne voulant pas, comme nous avons dû le faire sous le stalinisme, parvenir à une politique en regardant dans le rétroviseur, le NPA n'a aucune position sur ce qu'était l'Union soviétique, le stalinisme, etc. La politique est fondée sur un accord sur l'analyse de la période, ainsi que sur les tâches”.

L'orientation du NPA vers les fascistes ukrainiens souligne le contenu réactionnaire de ces perspectives pragmatiques et anti-marxistes, qui se font passer pour une philosophie tolérante de l’unité. En rejetant l'URSS, la lutte de Trotsky en faveur du socialisme contre le stalinisme, et toutes les luttes de classes au 20e siècle, le NPA a éliminé tous les obstacles politiques à des alliances dont l'impérialisme et la base sociale petite-bourgeoise du NPA pourraient avoir besoin. Il peut maintenant créer des « fronts unis » avec non seulement d'autres forces de la pseudo-gauche et des staliniens qui ont soutenu la restauration du capitalisme en URSS, mais aussi avec la CIA, Al Qaïda et des partis fascistes.

En se fondant sur un étroit et anhistorique “accord sur l'analyse de la période, ainsi que sur les tâches”, le NPA a collaboré avec le fascisme ukrainien, l'UE et Washington, avec lesquels il a convenu de l'existence d'une crise en Ukraine et de la nécessité de renverser Ianoukovitch.

Cet alignement reflète à la fois l'appui du NPA aux intrigues impérialistes et sa réponse réactionnaire à la montée des tensions de classe et de la crise politique du capitalisme européen. Partout en Europe, les partis sociaux-démocrates vers lesquels les pablistes s'orientaient depuis des décennies s’effondrent, discréditées par les politiques d'austérité imposées après le krach de Wall Street en 2008. Le PASOK grec, qui a imposé l’austérité la plus brutale, est passé du statut de grand parti de gouvernement “de gauche” en Grèce au statut de parti mineur fidélisant moins de 10 pour cent de l’électorat, travaillant dans un gouvernement de coalition dirigé par les conservateurs.

En France, le NPA est atterré par l'effondrement de la cote de popularité du Parti socialiste (PS) du Président François Hollande. Il a soutenu Hollande lors de l'élection présidentielle de 2012, admettant cyniquement qu'il mettrait en œuvre des coupes sociales et des politiques néolibérales. Maintenant, il observe attentivement la montée du FN néo-fasciste de Marine Le Pen, qui se présente comme le seul parti d'opposition de France, en s'appuyant sur la désillusion populaire envers le NPA et d'autres groupes de pseudo-gauche, en évaluant son impact sur l'avenir du NPA.

Dans le “Rapport sur la situation internationale ” présenté par François Sabado en juillet dernier, le NPA a reconnu que la foi à toute épreuve de son parti dans la durabilité de la « gauche » bourgeoise avait été ébranlée.

Il a écrit, “En France, la crise morale et politique est énorme. La politique du Parti socialiste est massivement rejetée. Nous pensions que le sort du PASOK grec — un effondrement total — était une singularité grecque et que la social-démocratie pourrait faiblir, mais ne s'effondrerait pas à ce point. Lorsque nous analysons les récentes élections partielles en France, nous ne pouvons exclure ce type d'effondrement pour le PS.”

Pour un parti petit-bourgeois corrompu comme le NPA, la perspective d'un effondrement du PS n’ouvre pas à la possibilité de construire un parti de masse révolutionnaire dans la classe ouvrière, à laquelle il est irrémédiablement hostile. Au contraire, elle apporte la menace d’une terrifiante perte des privilèges et du prestige dont le NPA a bénéficié pendant des décennies.

Le PS a créé un climat politique qui étouffait les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière et garantissait aux cadres du NPA des sinécures dans la bureaucratie syndicale financées par les entreprises, de lucratives subventions universitaires, et l'accès aux médias. Alors que l’influence du FN monte au sein de la bourgeoisie, le NPA, par le biais de sa politique en Ukraine, tâte le terrain pour évaluer comment se positionner vis-à-vis de forces qui pourraient un jour être ses nouveaux maîtres.

D’éventuelles objections du NPA ou de l’SUQI que ses grands principes permettraient d'éviter toute association avec les forces fascistes seraient un mensonge cynique. En fait, l’USFI se vante de ne pas avoir de principes. Comme Bertil Videt, qui est à la tête de la section danoise de l’USFI, l’a écrit, dans le livre De nouveaux partis de la gauche, “Nous n'avons aucune garantie qu'un parti anticapitaliste ne sera pas tenté par le goût du pouvoir et abandonnera les grands principes, comme l'a fait le parti italien Refondation communiste, qui a soutenu l'intervention militaire italienne en Afghanistan et les bases américaines en Italie. ”

Avec cet énoncé réactionnaire et son soutien au fascistes ukrainiens, l’USFI indique à la bourgeoisie que, en échange d’un pot-de-vin suffisant, elle effectuera n’importe quel crime politique, aussi méprisable soit-il, contre la classe ouvrière. Dans les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière qui sont à venir, elle fonctionnera comme un agent d’extrême-droite de la réaction sociale.

(Article original paru le 2 avril 2014)

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