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Les coups d'état et la terreur sont le fruit de la guerre de l'OTAN en Libye (The Guardian)

par Sam La Touch 25 Mai 2014, 11:44 Articles de Sam La Touch Libye OTAN Chaos Coup d'Etat USA France Grande-Bretagne Syrie

Les coups d'état et la terreur sont le fruit de la guerre de l'OTAN en Libye (The Guardian)
Les coups d'état et la terreur sont le fruit de la guerre de l'OTAN en Libye
Article original : Coups and Terror are the Fruit of Nato's War in Libya
Par  Seumas Milne
The Guardian

Traduction SLT

Les conséquences désastreuses de l'intervention de l'Occident se font encore sentir aujourd'hui à Tripoli et en Afrique, du Mali au Nigeria.

L'Irak a peut-être été une catastrophe sanglante et l'Afghanistan un échec militaire et politique cinglant. Mais l'engagement en Libye était censé être différent. La guerre de l'OTAN pour renverser le colonel Kadhafi en 2011 a été saluée comme une intervention de libération qui a réussi.

Les puissances occidentales ont tordu le sens de la résolution de l'ONU sur la protection des civils, la ville de Syrte a été renvoyée à l'état de ruines, le nettoyage ethnique à grande échelle a eu lieu et des milliers de civils ont été tués. Mais c'était pour une noble cause et l'objectif a été atteint sans faire de victimes au sein de l'OTAN.

Ce ne fut pas Bush et Blair qui étaient à la manette, après tout, mais Obama, Cameron et Sarkozy. Les gens sont libres, le dictateur était mort, un prétendu massacre avait été évité - et tout cela sans la présence de troupes de l'OTAN sur le terrain. Même l'année dernière, le premier ministre, David Cameron, légitimait l'intervention en Libye comme une intervention utile, promettant de soutenir avec les Libyens "à chaque étape."

Mais trois ans après que l'OTAN ait remporté la victoire, la Libye se dirige encore une fois vers la guerre civile. Au cours de ces derniers jours, le général Haftar lié à la CIA a lancé sa deuxième tentative de coup d'Etat en trois mois, soi-disant pour sauver le pays des «terroristes» et des islamistes. Dimanche dernier, ses forces ont pris d'assaut le parlement national à Tripoli, après que 80 personnes aient été tuées dans des combats à Benghazi deux jours plus tôt.

Maintenant le chef du gouvernement libyen a appelé les milices islamistes à défendre le gouvernement avant de nouvelles élections. Depuis que le pays est envahi par les milices beaucoup plus puissantes que les forces officielles, depuis que le pays est déchiré par de multiples divisions et qu'il est en proie à une ingérence externe constante, les chances d'éviter un conflit majeur sont en nette diminution.

Mais ce ne sont que les derniers épisodes des affrontements et des atrocités qui ont déferlé sur la Libye depuis sa «libération » par l'OTAN : comprenant notamment des attentats, des assassinats, l'enlèvement du Premier ministre, la saisie des terminaux pétroliers par des seigneurs de guerre, l'expulsion de 40.000 Libyens principalement noirs de leur maisons, et le meurtre de 46 manifestants dans les rues de Tripoli lors d'un incident - ignoré par les États qui sont censés être intervenus militairement pour protéger les civils.

En réalité, l'Occident a saisi l'occasion d'intervenir en Libye pour mettre son emprise sur les soulèvements arabes. Les forces aériennes de l'OTAN à l'appui de la rébellion libyenne ont multiplié le nombre de morts par un facteur 10, mais ont joué un rôle décisif dans la guerre - empêchant toute force politique ou militaire cohérente de combler le vide laissé par le renversement du régime de Kadhafi. Trois ans plus tard, des milliers de personnes sont détenues sans procès, il y a des entraves sévères à la dissidence, et les institutions sont près de s'effondrer.

Mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne forment encore les troupes libyennes pour les aider à garder le contrôle. Avant la chute de Kadhafi, Haftar a dirigé l'aile militaire du Front de salut national soutenu par la CIA. En prévision de sa dernière tentative de coup d'Etat, les Etats-Unis ont envoyé une force d'infanterie de marine en Sicile prête à intervenir, et John Kerry a promis d'aider la Libye à lutter pour "la sécurité et conre l'extrémisme".

Tant les Émirats Arabes Unis que l'Arabie saoudite soutiennent ouvertement Haftar, comme le fait aussi le leader du coup d'Etat militaire en Egypte, le général Sisi. Après avoir supprimé, emprisonné et fusillé en grand nombre les islamistes d'Egypte, Sisi et ses bailleurs de fonds du Golfe sont déterminés à empêcher le pouvoir en Libye de se consolider, dans ce pays riche en pétrole. Il y a des signes que Sisi - qui se plaint que l'Occident ait failli à sécuriser la Libye depuis le renversement de Kadhafi - veut utiliser la crise de la Libye afin d'envoyer ses propres forces.

Mais ce n'est pas seulement la Libye qui a subit les conséquences de l'intervention de l'OTAN. Les effets déstastreux de la guerre en Libye se sont propagés à travers l'Afrique, et contribuent à déstabiliser la région du Sahel et au-delà. Après la chute de Kadhafi, les Touaregs qui avaient combattu pour lui sont rentrés chez eux au Mali, en emportant les armes libyennes avec eux. En l'espace de quelques mois, le nord du Mali a basculé dans une rébellion armée et a été envahi par des combattants islamistes.

Cela a entraîné l'intervention militaire française de l'an dernier, soutenu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Mais l'impact de la déstabilisation de la Libye sur l'Afrique sub-saharienne est beaucoup plus important. Parmi les groupes dont les campagnes armées ont été alimentées par de grande grandes quantités d'armes lourdes provenant des arsenaux pillés de Kadhafi il y a le groupe Boko Haram.

Le soutien envers la terrible secte fondamentaliste nigériane - qui a enlevé 200 écolières le mois dernier et a été responsable de plus de 1.500 morts depuis le début de l'année - a été alimenté par la privation, la sécheresse et la répression brutale menée par l'Etat dans le nord musulman.

Mais, comme ailleurs en Afrique et au Moyen-Orient, chaque intervention extérieure propage le cycle de la terreur guerrière. Donc, l'appel à l'action lancé par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France suite au scandaleux enlèvement de Boko Haram ont rapproché ces pays du Nigeria riche en pétrole, tout comme la crise au Mali l'année dernière a conduit à la mise en place d'une base de drones militaires étatsunienne au Niger voisin.

Les forces armées des États-Unis sont maintenant impliquées dans 49 des 54 Etats africains, accompagnées par les anciennes puissances coloniales de la France et de la Grande-Bretagne, dans ce qui a entraîné un nouveau dépeçage du continent : une lutte pour les ressources et l'influence face au rôle économique croissant de la Chine, soutenue par une présence militaire croissante qui répand la terreur à mesure qu'elle se répand. Cette stratégie atlantiste en Afrique aura ses répercussions, comme celles de la guerre en Libye.

Les partisans de la guerre de l'OTAN contre la Libye argue, même si le pays est maintenant en proie à la violence et au chaos, qu'en Syrie il n'y a pas eu d'intervention militaire occidentale et que pourtant plus de 150.000 personnes ont trouvé la mort dans une terrible guerre civile. Mais bien sûr, les puissances de l'OTAN et les pays du Golfe sont intervenus pour soutenir les rebelles syriens.

Un des aspects les plus laids de la politique occidentale envers la Syrie est le soutien pour maintenir les groupes armés dans le jeu - sans pour autant leur donner un avantage décisif. En fait, les États-Unis, la Grande-Bretagne (et la France, ndt) et les pays du Golfe ont récemment intensifié leur soutien en raison des progrès du régime syrien sur le terrain.

Mais il n'est pas logique d'imaginer que le nombre de morts aurait été moindre en Syrie, ou que le conflit sectaire aurait été moins brutal, si les États-Unis et ses alliés avaient lancé une attaque militaire de grande envergure à n'importe quel stade du conflit. L'expérience de l'Irak, où on estime que la guerre a fait plus de 500 000 morts, est suffisamment marquant.

Mais tel est l'espérance des élites occidentales visant à générer des guerres de routine, impatientes qu'elles sont d'effectuer une autre intervention. "Pour quelles raisons les Etats-Unis combattent-ils ?" a demandé plaintivement le quotidien The Economist plus tôt ce mois-ci, se faisant l'écho de la charge des Républicains au sujet de la faiblesse (de l'engagement) de la Maison Blanche (en faveur d'une politique plus belliciste, ndt). Pour le reste du monde, la réalité de ce qui s'est tramée en Libye et ses conséquences désastreuses devraient être une réponse suffisante.

Twitter: @SeumasMilne

Traduction SLT

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