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Sepp Blatter et le dictateur Biya : petits arrangements entre amis (Mondafrique)

par Patrick Juillard 10 Mai 2014, 10:07 Footafrique Sepp Blatter Paul Biya Cameroun Dictature

Blatter-Biya, petits arrangements entre amis

Par Patrick Juillard

Mondafrique

Le président de la FIFA, Sepp Blatter, était cette semaine en déplacement au Cameroun. Au-delà de son agenda officiel, le patron du football mondial a profité de cette visite pour avoir un entretien hautement politique avec le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya.

La dernière fois que le président de la FIFA avait mis les pieds au Cameroun, c’était en juillet 2003, lors des obsèques de Marc-Vivien Foé, décédé en plein match lors de la Coupe des Confédérations. Sepp Blatter a fait cette semaine un retour remarqué au pays des Lions Indomptables. Officiellement, il s’agissait pour le grand patron du football mondial d’inaugurer le Centre sportif académique de la Confédération africaine de football, complexe d’entraînement moderne situé à Mbankomo, en pleine forêt équatoriale, à 25 kilomètres au sud-ouest de Yaoundé. Ce qui fut fait, en grande pompe, sous les yeux d’un riche parterre de personnalités venues du Cameroun et de toute l’Afrique. Officieusement, le dirigeant suisse s’était surtout déplacé pour un tête-à-tête avec le président Paul Biya.

Au-delà des éléments de langage égrenés par le communiqué officiel publié après cet entretien au palais Etoudi, il a beaucoup été question de lobbying entre les deux hiérarques. Pour Sepp Blatter, il était impossible de faire étape à Yaoundé sans évoquer avec le chef de l’Etat camerounais la situation d’Iya Mohammed. Ancien président de la Fécafoot, la Fédération camerounaise de football, cet homme d’affaires est incarcéré depuis un an à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui pour des accusations relatives à sa gestion de la Société de développement du coton (Sodécoton), qu’il dirigea trois décennies durant.

Une Fédération sous tutelle

Les tensions nées des batailles électorales pour sa succession à la Fécafoot avaient ensuite conduit à la mise sous tutelle de l’instance, dirigée depuis l’été 2013 par un Comité de normalisation. Un provisoire qui dure, puisque le mandat du Comité présidé par le juriste Joseph Owona a été prorogé jusqu’au 30 novembre 2014, et n’arrange pas les affaires de l’ancien président, son successeur ayant décidé de faire toute la lumière sur sa gestion de la Fécafoot.

Pour Owona, qui n’a toujours pas eu le privilège de rencontrer Paul Biya depuis son arrivée à la tête du Comité de normalisation, la gestion Iya Mohammed se résume au « détournements des fonds, de la Fécafoot, à l’inorganisation, l’incompétence, la corruption, la gabegie, le tribalisme… », pour reprendre des termes employés devant la presse du pays au mois de janvier dernier.

Autant de mots difficiles à entendre pour Sepp Blatter, ami de longue date d’Iya Mohammed. A en croire les indiscrétions sorties du tête-à-tête, le président de la FIFA a pesé de tout son poids pour que Paul Biya s’implique dans l’affaire et joue les modérateurs en œuvrant pour la libération de l’ancien dirigeant fédéral. Les jours et semaines à venir permettront d’en savoir plus sur la capacité de persuasion du boss de la FIFA, qui a préféré, diplomatie oblige, éviter de rendre visite à son ami Iya en prison.

A lobbying, lobbying et demi

Mais le lobbying n’a pas été à sens unique. Paul Biya a lui aussi profité de l’entretien avec Sepp Blatter pour avancer ses pions, notamment en poussant le dossier de candidature du Cameroun à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2019. Le pays a prévu pour l’occasion d’édifier cinq stades modernes, une condition nécessaire mais en aucun cas suffisante à la réussite de la candidature. Car le Cameroun devra compter avec les concurrences de la Côte d’Ivoire, de l'Algérie, de la Zambie, de la Guinée et de la RD Congo. Autant de nations plus (Algérie, Zambie) ou moins (les autres) en avance sur lui en matière d’infrastructures sportives.

Prudent, Sepp Blatter s’est bien gardé de se prononcer sur les chances du Cameroun d’accueillir la phase finale de la CAN pour la première fois depuis 1972. Peut-être en aura-t-il touché deux mots à Issa Hayatou, l’inamovible président camerounais de la Confédération africaine de football, présent à ses côtés durant cette visite officielle.

Sepp Blatter et le dictateur Biya : petits arrangements entre amis (Mondafrique)

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